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Politique Publié le vendredi 14 janvier 2011 | Le Mandat

Abobo / Après l’affrontement armé et l’instauration du Couvre –feu : Ecole, santé, vie professionnelle et transport au point mort

Les populations de la Commune d’Abobo vivent dans l’angoisse depuis le mardi dernier. Date à laquelle a démarré un affrontement armé entre les Fds et des hommes en armes non identifiés. Le couvre feu qui a été instauré de 19 heures à 6 heures du matin accentue cette angoisse.
Les affrontements meurtriers d’Abobo et le couvre feu qui s’en est suivi ont créé d’énormes préjudices à la population qui vit dans la terreur. Que ce soit au niveau de l’école comme la santé et le transport, tout est au point mort. La quasi-totalité des établissements scolaires publics et privés sont fermés ou fonctionnent avec moins du tiers de leur effectif. Car les parents d’élèves craigant une reprise des hostilités, ne permettent plus à leurs enfants de s’éloigner de leur domicile. Au nombre de ceux-ci, il y a M. Kouassi Brou Donatien, fonctionnaire à la retraite. « Pas question pour mon fils d’aller à l’école avec cette situation précaire. Il a fallu de peu qu’il soit tué le mardi matin alors qu’il essayait de rejoindre le domicile » a-t-il dit. M. Armel, étudiant en deuxième année de Bts dans une grande école au Plateau a pour sa part refusé de se rendre au cours. « J’ai failli tomber sous le coup du couvre feu qui a été instauré alors que nous étions à l’école. Heureusement que j’avais quitté plutôt mon école. Mais j’ai trois amis qui ont été obligés de dormir chez des voisins de classe à Yopougon. Je me demande comment nous allons composer aux examens de fin d’année dont les dates se profilent à l’horizon. C’est vraiment dommage », a-t-il déploré. Tout comme lui, dame Cécile, s’est voulue encore plus amère : « Ma fille doit affronter le concours d’entrée en sixième cette année. Mais depuis la rentrée des classes, son cahier de leçon est désespérément vide. Ils n’ont même pas eu droit à des examens blancs devant les permettre d’appréhender ce qui les attend à la fin de l’année. C’est dommage que, pour un pouvoir, l’on puisse sacrifier la vie d’innocents enfants. Gbagbo doit nous libérer en quittant le pouvoir ». Au niveau des directions de certains établissements scolaires dont les classes sont vides au 3/4, l’on refuse, à cause certainement des représailles, de se prononcer sur la situation. Néanmoins, sous le couvert de l’anonymat, la grande majorité plaide pour un programme scolaire révisé pour leur établissement respectif. « Nous avons perdu plusieurs semaines de cours. Abobo est à chaque fois au centre de troubles depuis que le pays compte deux présidents. Plusieurs professeurs ne viennent plus au cours. Quand aux élèves, ils sont retenus à la maison par leurs parents qui craignent le pire. Si rien n’est fait, nous courrons tout droit vers un échec cuisant aux examens de fin d’année ».

Des accouchements à domicile
Le moins que l’on puisse dire, c’est que tous les signaux sont au rouge dans la commune d’Abobo, notamment dans le quartier d’Abobo Pk18. au cours de la première nuit du couvre feu nocturne instauré depuis le mercredi dernier, trois familles ont enregistré l’arrivée de bébé en leur sein. Il s’agit des familles Touré, Tra Bi et Kouakou. Le drame, c’est que ces enfants ont été accueillis par des matrones de fortune. « Avec le couvre feu, il est impossible de sortir pour se rendre à l’hôpital. Le seul centre de santé du quartier proche de notre domicile est situé à quelques mètres de la voie principale. Ma femme a donc accouché à la maison » a expliqué M. Touré. La sexagénaire qui s’est mu en sage femme de circonstance, a laissé attendre qu’elle était à sa première expérience en la matière. « J’ai eu la chance d’assister ma mère quand elle assurait cette fonction au village. Mais jamais je n’ai été au cœur de l’action comme hier nuit (Ndlr mercredi nuit) », a-t-elle relaté. Si par la grâce de Dieu, les choses se sont bien deroulées pour la famille Touré, il n’en a pas été le cas pour la pauvre Virginie qui a failli passé de vie à trépas avec son foetus. « Malgré les efforts, l’enfant n’arrivait pas à sortir. Après une heure de travail, j’ai appelé un ami chauffeur de taxi pour qu’il nous accompagne à l’hôpital. Il a refusé poliment à cause du couvre feu. C’est après plusieurs heures que ma femme a pu accoucher», a révélé avec beaucoup d’émotions son mari. Très épuisée, elle nous a explique qu’elle était à sa première grossesse. « Il a fallu de peu que je rende l’âme. Je rends grâce au seigneur Jésus Christ qui m’a permis de rester en vie avec mon bébé. Je vais me rendre à Yopougon avec mon bébé. Sinon, ici c’est la peur qui va me tuer. Il parait que l’armé s’apprête à investir le quartier. Or, qui dit l’armée, dit gaz lacrymogène, tirs d’armes à feu» a-t-elle relaté en sanglots. En plus de ces cas d’accouchement, il y a de graves cas de maladies qui n’ont pu être acheminés vers des centres de santé qu’à partir de 7 heures 30 minutes.

Le transport fortement perturbé
Le transport est également au ralenti dans la quasi-totalité de la commune d’Abobo. Les sociétés de transport d’Abidjan vers les villes de l’intérieur via la commune d’Abobo où le carrefour de N’dotré, ont revu les horaires de départ de leurs véhicules. « Nous faisons les lignes Abidjan-Adzopé, Abidjan-Agboville, Abidjan-Akoupé, Abidjan-Abengourou… A cause du couvre feu, tous les horaires de départ et d’arrivée ont été révisés. Dans la journée de mercredi dernier, nous n’avons pas enregistré de départ. Voilà encore que nous sommes contraints de réviser notre planning de travail. Tous les derniers départs sont prévus pour 17 heures. Alors que nous allions jusqu’à 20 heures. C’est un manque à gagner que nous enregistrons » déplore un syndicaliste. Pour les travailleurs du public et de secteur privé, c’est également un casse-tête chinois. Faute de véhicule de transport beaucoup sont contraints à rester à la maison. « Pour les fonctionnaires, c’est encore plus facile. Mais nous du privé, c’est beaucoup plus compliqué. Les travailleurs des autres communes arrivent à se rendre au travail pendant que nous qui sommes dans la commune d’Abobo sommes contraints de rester à la maison. A un moment donné, l’employeur peut se débarrasser de toi » craint Kobenan Jacques employé dans une entreprise privée au port de Treichville. Pour certains transporteurs que nous avons pu rencontrer notamment Moussa Dembélé, c’est la crainte de la destruction de leurs véhicules qui les poussent à ne pas travailler. « On n’est pas à l’abri de vandales qui peuvent vous prendre à partie. Pour nous qui nous nous nourrissons au jour le jour, c’est difficile. Mais que faire. Vivement que la situation se régularise » a-t-il imploré.
Aboubakar Sangaré
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