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Philippe Remond, président des ressortissants européens pour la cote d’ivoire : «Le Fcfa est un outil de chantage pour la France»
Publié le lundi 17 janvier 2011   |  Le Temps




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Philippe Rémond est professeur agrégé des Sciences industrielles à l’Institut national polytechnique Houphouët-Boigny de Yamoussoukro et, par ailleurs, président des ressortissants européens pour la Côte d’Ivoire. Après ses vérités sur le complot de la France contre la Côte d’Ivoire et son Président Laurent Gbagbo sur le plateau de “Raison d’Etat’’, il est l’objet de menaces de toutes sortes. Mais l’homme persiste et signe : la France et l’Onu sont dans l’arbitraire !

Après votre passage –vérité sur le complot de la France contre le Côte d’Ivoire, à la télévision ivoirienne sur le plateau de “Raison d’Etat’’, vous êtes quotidiennement l’objet de menaces de la part de ceux qui n’ont pas aimé votre franc-parler. Comment jugez-vous cette attitude ?

C’est vrai que depuis mon passage à la télé, je suis la cible de gens qui n’ont pas aimé mes vérités sur l’attitude colonialiste de la France. Je trouve que ce n’est pas digne de se comporter comme ils le font. Chacun, dans un débat ouvert et aussi important que celle qui a lieu sur la situation en Côte d’Ivoire, est libre de ses opinions. Et force doit rester aux arguments. Mais ce ne sont pas ces menaces qui vont me détourner de la vérité. Je répète que la France, l’Onu et les autres Occidentaux se comportent de façon arbitraire en s’ingérant maladroitement dans les affaires ivoiriennes. Laurent Gbagbo a été proclamé Président de la République de Côte d’Ivoire par le Conseil constitutionnel, conformement à la Constitution ivoirienne. Et j’ai pris la décision de solliciter Sem Laurent Gbagbo pour qu’il m’accorde par sa signature, et non pas celle d’un autre qui a perdu l’élection, la nationalité ivoirienne. Cela dit, je condamne l’attitude inacceptable de la France en Côte d’Ivoire.

Comment expliquez-vous cet acharnement entêté de la France contre le Président Laurent
Gbagbo ?

Je suis scandalisé que des pays comme la France et les Usa, pour lesquels la Constitution est une loi sacro sainte, qui n’accepteront pas qu’on touche une virgule de celle-ci, se permettent de se livrer à des déclarations et des actes qui foulent aux pieds la Constitution ivoirienne. Alors qu’à partir du moment où les résultats de l’élection présidentielle ont été proclamés dans les conditions requises par le Conseil constitutionnel, personne n’a le droit de contester cette décision irrévocable. Et je dis que la France et les Usa se comportent comme des Etats voyous.

Et pourtant, ces pays sont attachés à leurs lois…
La France nous a enseigné de belles valeurs sur la démocratie, l’égalité des peuples, la souveraineté, les libertés. Mais on s’aperçoit que ces valeurs-là sont uniquement destinées à

être appliquées en France. Et dès qu’on est ailleurs, on sème la zizanie en faisant n’ importe quoi, au mépris des lois des pays qu’on veut assujettir pour l’éternité. On ne respecte pas les autres Nations qui sont des ex-colonies. On les dit pays sous- développés ou en voie de développement. Mais moi, je dis que ce sont des pays maintenus en voie de sous-développement

Qu’est-ce qui fait courir la France ?

La France ne voit que ses intérêts. La condition humaine, l’égalité des peuples sont secondaires pour elle. Même quand la France s’engage dans des actions humanitaires, c’est pour se donner bonne conscience. On sait que la France a pratiquement tous ses intérêts en Côte d’Ivoire. Sa stratégie est de piller les richesses de l’Afrique ou, à tout le moins, d’acheter à vil prix, les matières premières de l’Afrique pour les lui revendre, au prix fort.
C’est un commerce inéquitable qui se fait sur le dos de l’Afrique. C’est une exploitation post- coloniale qui, à mon sens, n’a que trop duré.

Et pourtant, le Président Laurent Gbagbo continue de traiter avec les groupes français en Côte d’Ivoire. Qu’est-ce qui ne va pas ?

C’est difficile à expliquer. On sait que juste avant les élections, Total «qui est un groupe pétrolier français» a eu de bonnes parts de marché dans des gisements au large de Grand- Bassam. Je ne comprends pas que la France en veuille autant à la Côte d’Ivoire qui continue de la traiter en pays ami. L’électricité et l’eau sont à Bouygues, le port est à Bolloré. Ce qu’il faut craindre, c’est que la France vienne à perdre tout ce qu’elle a ici, si les choses allaient trop loin. Je ne comprends pas le comportement de la France. Mais il faut bien qu’elle se décide à accepter le “partenariat gagnant-gagnant’’, dans le respect de chacun, que propose le Président Laurent Gbagbo. L’époque des relations du dominant à dominé est révolue.

Pourquoi la France ne veut-elle pas d’un partenariat équitable avec la Côte d’Ivoire ?

C’est la logique de la Françafrique. C’est la culture de l’Elysée, depuis l’époque coloniale et post-coloniale où la classe politique française manipulait les chefs d’Etat africains. Pour des intérêts que le film sur la Françafrique a diffusé sur les médias français et que à la télévision ivoirienne a largement présenté. Le bauxite de la Guinée, l’uranium du Niger, payé à 1/10e des cours mondiaux par la France, le pétrole du Gabon, du Congo et aujourd’hui, de la Côte d’Ivoire, pour ne citer que ces ressources, sont au cœur d’une immense convoitise française.

Au Niger, on a vu que lorsque le moment de renégocier ce contrat est arrivé, une rébellion surgie de nulle part est arrivée pour renverser le régime. Mais quand le France, à travers le groupe Areva, a confirmé sa position par rapport à ce marché qui intéressait aussi la Chine et bien d’autres, cette rébellion s’est volatilisée. La France veut contrôler les chefs d’Etat africains. Or, Laurent Gbagbo ne rentre pas dans ce schéma d’assujettissement. Voilà ce qui gène la France, voilà le seul tort du Président Laurent Gbagbo.

Le Président Laurent Gbagbo a demandé le départ de l’Onuci et de la force Licorne…

Il faut bien que l’Onuci parte, car elle a affiché clairement sa partialité aux côtés de la rébellion. On a vu ce que le contingent sénégalais a fait à l’Hôtel du Golf en prêtant main forte aux rebelles. On se souvient de ce que le Général de Gaulle disait de l’Onu, ce “gros machin’’. En fait, l’Onu n’est qu’un système pour cautionner les positions de puissances occidentales en leur donnant du poids, par rapport à leurs intérêts, un outil au service des puissants contre les faibles. C’est de la comédie. La preuve, l’Onu n’a jamais résolu le

moindre conflit dans le monde. Au contraire, elle ne fait que les envenimer, à dessein. On doit, par ailleurs, savoir que lorsque la France avait ses colonies, elle avait plus de poids à l’Onu. Aujourd’hui, elle pèse de moins en moins. D’où son acharnement à continuer à parler en leur nom.

Certains parlent d’option militaire contre le Président Laurent Gbagbo. Qu’en pensez- vous?

Ce serait de la folie, car déstabiliser la Côte d’Ivoire, c’est mettre la sous-région tout entière en péril. On connait le poids économique de la Côte d’Ivoire dans la sous-région. Et la France risque de perdre, gros car c’est de l’Afrique qu’elle tire les ressources dont elle a besoin pour son développement. Par ailleurs, les sanctions économiques au niveau de l’Uemoa et de la Beceao dont on parle tant ne sont en fait que des menaces destinées à faire monter les enchères. Si la Côte d’Ivoire s’écroule, ce sont la France et la sous-région tout entière qui s’écrouleront aussi.

Des voix s’élèvent de plus en plus pour dire qu’il faut quitter ces unions pour battre monnaie, afin d’échapper à toutes les tracasseries…

En réalité, le Franc Cfa est un outil d’assujettissement et de chantage à l’encontre des pays de la Zone Franc. Houphouët-Boigny avait dit : “Si on dévalue la franc Cfa, je crée ma monnaie’’. On a lâchement dévalué le Cfa à sa mort. C’est dire que la Côte d’Ivoire a suffisamment de ressources pour battre sa propre monnaie. Ce ne sont pas les intelligences qui manquent à ce pays pour le faire. Elle peut signer les accords et trouver les partenaires qu’il faut pour assumer son propre destin. Se débarrasser du joug de la France passe par les pesanteurs du Franc Cfa, qui, en fait, n’arrange que la France seule, dans cette affaire. La réflexion est ouverte à ce niveau.

Interview réalisée par K. Kouassi Maurice et Bamba Mafoumgbè


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