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Vagues de révélations sur la crise ivoirienne : Les crimes de Ouattara exposés au Canada
Publié le vendredi 21 janvier 2011   |  Notre Voie




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«Qui sont Gbagbo et Ouattara». C’est sous ce titre que M. Bernard Desgagné, animateur d’un blog au Canada, a récidivé en publiant, sur son site, le troisième article d’une série de quatre productions qu’il compte consacrer à la crise ivoirienne.

En quelques heures, le premier article qu’il avait écrit sous le titre «La désinformation et la crise en Côte d’Ivoire : l’inversion de la réalité» (Notre Voie n° 3779, page 2) avait pulvérisé les records de visites des internautes (906 consultations) sur son site et l’opinion canadienne avait commencé à s’apercevoir qu’elle a été dupée sur toute la ligne sur le bienfondé de la décision du gouvernement canadien de renvoyer l’ambassadeur ivoirien. Dans le présent 3ème texte, M. Bernard Desgagné a fait monter le mercure de l’éclosion de la vérité sur la crise post-électorale en Côte d’Ivoire (3.436 visiteurs le 10 janvier, jour de la publication).

Loin d’être un dictateur implacable qui s’accroche au pouvoir, Laurent Gbagbo est un ancien syndicaliste et un docteur en histoire, diplômé de la Sorbonne. Il a été incarcéré de 1971 à 1973 pour ses activités de contestation politique pendant le règne de Félix Houphouet-Boigny. Contraint à l’exil en France, il y fonde le Front populaire ivoirien. De retour en Côte d’Ivoire, il se présente en 1990 contre Houphouet-Boigny et devient chef de l’opposition. C’est la première élection
présidentielle en 30 ans où un candidat se présente contre Houphouet-Boigny. En 1992, alors qu’ont lieu d’importantes manifestations étudiantes, Laurent Gbagbo est incarcéré de nouveau, cette fois pendant qu’Alassane Ouattara lui-même est Premier ministre dans le gouvernement Houphouet-Boigny.

Le président à vie Houphouet-Boigny meurt en 1993 et est remplacé par Henri Konan Bédié. À l’élection de 1995, boycottée par Gbagbo et ses partisans, Bédié est élu avec 96 % des suffrages. Il est renversé dans un coup d’État, en 1999, par le général Robert Guéi. Puis, Laurent Gbagbo remporte contre ce dernier l’élection d’octobre 2000. Malgré la contestation et les heurts, le général Guéi finit par reconnaître la légitimité de Laurent Gbagbo, dont le mandat s’étirera jusqu’en 2010 en raison de la guerre civile.

En 2000, les Ivoiriens souhaitaient mettre fin à l’exploitation coloniale qui s’était poursuivie après 1960, c’est-à-dire après que leur pays eut cessé théoriquement d’être une colonie et eut accédé à l’indépendance. Pendant le long règne de 35 ans de Félix Houphouet-Boigny, la Côte d’Ivoire est demeurée largement inféodée à la France. Les échanges commerciaux sont restés fortement teintés de colonialisme : la Côte d’Ivoire bradait son cacao brut au profit de la France, qui lui renvoyait du chocolat au prix fort. Les marchés publics étaient systématiquement attribués à des
entreprises françaises, qui s’enrichissaient aux dépens des Ivoiriens.

Au lieu de continuer d’accorder des contrats léonins aux Français, Laurent Gbagbo a décidé de faire jouer la concurrence. Les Chinois sont arrivés avec leurs ingénieurs et leurs bulldozeurs, prêts à faire les mêmes travaux d’infrastructure pour une fraction du prix. Cette politique d’affranchissement est probablement ce qui a valu à Laurent Gbagbo et à son peuple la guerre civile, même si on a plutôt cherché à justifier cette guerre par un prétexte, soit le mécontentement d’une partie de la population au sujet du concept d’ivoirité ou de prétendues tensions interethniques.

De nombreux chefs nationalistes africains ayant eu le malheur de chercher l’intérêt général de leur peuple ont goûté à une médecine semblable. Certains l’ont payé de leur vie.

À l’inverse, Alassane Dramane Ouattara, surnommé «ADO», est un adepte du libre marché et semble tout à fait à l’aise devant le comportement néocolonial de ses amis étatsuniens, français et onusiens. Docteur en économie diplômé aux États-Unis, où il a encore tout un réseau de relations, il a été directeur général adjoint du FMI, dont il avait appliqué les méthodes sauvages d’assainissement des finances publiques en Côte d’Ivoire. M. Ouattara est associé aux Forces nouvelles, un groupe de rebelles qui a tenté de prendre le pouvoir par les armes, qui occupe actuellement une grande partie du pays et dont l’ex-secrétaire général est nul autre que Guillaume
Soro, l’actuel Premier ministre du gouvernement d’hôtel de luxe de M. Ouattara.

Malgré son association avec une rébellion armée responsable d’un cortège de souffrances, Alassane Ouattara prétend vouloir «réconcilier son pays avec lui-même, le remettre en ordre de marche et l’ouvrir sur le monde après des années d’enfermement». M. Ouattara ne devrait-il pas parler des années d’impuissance du capital anglo-étatsunien à exploiter ce pays plutôt que des «années d’enfermement»? Les investisseurs chinois et français, eux, semblent trouver la Côte
d’Ivoire très ouverte. Les États-Unis occupent sans doute une très grande place dans le monde de M. Ouattara.

L’argent des Ouattara

Alassane Ouattara est marié à une riche femme d’affaires française née en Algérie, Dominique Nouvian, qui est arrivée en Côte d’Ivoire à l’âge de 20 ans, alors qu’elle était la conjointe d’un certain Folloroux, beaucoup plus âgé qu’elle, qui était professeur au Lycée technique d’Abidjan. M. Folloroux est décédé et Mme Nouvian s’est remariée. Le mariage de Dominique Nouvian et d’Alassane Ouattara a eu lieu en octobre 1990 à Neuilly-sur-Seine et a été célébré par le maire Nicolas Sarkozy lui-même.

Dominique Nouvian Ouattara a fait fortune dans l’immobilier. Avec l’aide du ministre Bamba Vamoussa, un ami de M. Folloroux, elle crée, en 1979, une société immobilière du nom d’Agence internationale de la commercialisation immobilière (AICI), à laquelle le président Houphouet-Boigny confie la gestion de son patrimoine.

En novembre 1990, Alassane Ouattara devient Premier ministre de la Côte d’Ivoire. Puis, au départ de Houphouet-Boigny, il est nommé directeur général adjoint du FMI. Il le sera de 1994 à 1999, années au cours desquelles il vivra principalement à Washington. Pendant ce temps, sa femme achète French Beauty Services, une importante chaîne de salons de beauté aux États-Unis. Pour sa part, Alassane Ouattara possède, entre autres biens, une vaste plantation de canne à sucre à Haïti, ainsi que des navires marchands qui lui rapportent énormément. Au Burkina Faso, il
détient une cimenterie. Mais la plupart de ses biens sont concentrés au Gabon, pays d’Omar Bongo, un homme qu’il considérait comme son parrain et qui lui faisait de nombreuses faveurs.
Les Ouattara sont très riches et mènent une vie de grand luxe. Ils possèdent
notamment des appartements à Paris et des maisons dans le sud de la France. Mais
ils ne semblent pas avoir acquis leur argent honnêtement. Certaines enquêtes leur
attribuent des manœuvres d’évasion fiscale, de détournement de biens publics et
de blanchiment d’argent, notamment au moyen de la Fondation Children of Africa,
dont Dominique Nouvian Ouattara est la présidente fondatrice. Leur homme lige, un
Israélien du nom de Simon Midale, séjourne régulièrement à Abidjan, à Genève, à

Tel-Aviv, dans les paradis fiscaux des Antilles, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis
et en Europe de l’est.
On accuse Alassane Ouattara d’avoir financé les coups d’État et la guerre civile en
Côte d’Ivoire. Il se serait servi notamment d’une société-écran, l’International Institute
for Africa, constituée aux États-Unis. Le siège social de cette société se trouve au
Maryland, en banlieue de Washington, où travaillait Alassane Ouattara lorsqu’il était
au FMI. Une enquête a révélé notamment qu’en 1999, alors que se préparait le coup
d’État contre le président Bédié, en Côte d’Ivoire, les Ouattara ont transféré, dans
une banque suisse, la totalité de l’avoir bancaire qu’ils avaient conservé jusque-là en
France, soit 14 milliards de francs CFA (environ 27 millions de dollars canadiens au
taux d’aujourd’hui).
En somme, celui qui est censé être le bon gars aujourd’hui, en Côte d’Ivoire, si
l’on en croit les marionnettes onusiennes de l’Empire et le cartel médiatique
occidental, semble avoir trempé dans beaucoup d’affaires louches. Une tendance
lourde se dessine lorsqu’on étudie le comportement d’Alassane Ouattara : en 1999,
en 2002 et en 2010, il a fait usage de la force pour tenter de prendre le pouvoir, avec
l’aide tantôt du général Guéi, tantôt des Forces nouvelles, tantôt des Casques bleus
et de l’opération Licorne. On l’entend brandir à mots couverts la menace d’une
intervention armée pour le débarrasser de Laurent Gbagbo, intervention dont il
essaie de minimiser les conséquences sur la population ivoirienne. Le
16 décembre 2010, son chef militaire et faux Premier ministre, Guillaume Soro, a
organisé une supposée marche pacifique pour prendre d’assaut la radio et la
télévision ivoiriennes. Or, cette marche a plutôt pris l’allure d’un affrontement armé,
auquel les mercenaires onusiens ont participé aux côtés des rebelles de Ouattara,
contre les Forces de défense et de sécurité ivoiriennes. Il y a eu une dizaine de morts
dans chaque camp.

La stigmatisation du camp Gbagbo

À l’inverse, le gros méchant de la mise en scène du cartel médiatique, Laurent Gbagbo, n’a jamais eu recours ni à un coup d’État, ni à la violence pour prendre le pouvoir. Il défend la primauté du droit, les institutions démocratiques ivoiriennes et la souveraineté du peuple ivoirien, comme il le disait à Euronews, fin décembre 2010.

Les accusations contre lui sont sans fondement. Des journalistes occidentaux agressifs prennent nettement parti au lieu de rapporter les faits. On parle, sans fournir de preuves, de miliciens et de mercenaires qui seraient à sa solde et qui auraient commis des atrocités. On parle aussi de charniers, mais les accusations demeurent très vagues. Elles ont manifestement pour but de flétrir Laurent Gbagbo et de manipuler l’opinion publique. Ce que le cartel médiatique oublie de rappeler aux gens, c’est que, selon les accords conclus, les rebelles devaient déposer les armes
avant la tenue de l’élection, ce qu’ils n’ont jamais fait. Il est certain que, dans un pays où circulent un peu partout des rebelles armés, il peut se produire toutes sortes d’incidents violents. Est-ce la faute de l’État agressé ou des rebelles qui ont pris les armes gratuitement ? Nous y reviendrons dans le quatrième article de la présente série, où il sera question de la guerre civile qui sévit depuis 2002.

Laurent Gbagbo a fait une proposition concrète et pacifique pour mettre fin à la crise, soit la mise sur pied d’une commission internationale. Évidemment, Alassane Ouattara ne veut rien savoir d’un tel arbitrage et se montre intransigeant, puisqu’il sait qu’il ment effrontément quant aux résultats de l’élection. La manipulation a été grossière, mais le cartel médiatique occidental a présenté de manière tellement malhonnête les évènements qui se sont déroulés immédiatement après le scrutin
du 28 novembre, que bien des gens s’y sont laissé prendre, y compris au moins un
lecteur de Vigile ayant commenté mon premier article.

Le cartel médiatique a présenté sans explications, à la télévision, la scène du mardi 30 novembre 2010 où Damana Pickas arrache des feuilles des mains de Bamba Yacouba, alors que ce dernier, qui est porte-parole de la Commission électorale indépendante, s’apprête à annoncer les résultats sans l’assentiment de la Commission. Or, c’est Damana Pickas qui avait indubitablement raison. M. Yacouba avait complètement tort. Les lecteurs de Vigile seront heureux de prendre
connaissance des explications limpides de M. Pickas que le cartel médiatique occidental n’a, bien évidemment, jamais retransmises au public.

Les lecteurs de Vigile seront également heureux de prendre connaissance d’une preuve flagrante de fraude électorale au profit de M. Ouattara, du rapport du chef de
la mission d’observation de l’Union africaine, des réponses aux médias de l’avocat
Jacques Vergès et de l’ancien président du Conseil constitutionnel français, Roland
Dumas, ainsi que des dossiers sur la Côte d’Ivoire de l’hebdomadaire burkinabé
San Finna et du site breton Kernews. Tous ces documents montrent bien que
la «communauté internationale» est loin d’être aussi unanime que Radio-Canada le
laisse entendre. Je précise, au passage, que la Russie ne reconnaîtra Ouattara que
lorsque le Conseil constitutionnel l’aura déclaré élu, ce qui, en langage diplomatique,
signifie «pas avant la prochaine élection».
À l’usurpation de M. Yacouba, s’est ajoutée l’immorale proclamation des résultats
frauduleux par Youssouf Bakayoko, au QG du camp Ouattara. M. Bakayoko s’est
fait promettre, en échange de sa collaboration, une évacuation rapide vers la France
(et sans doute d’autres avantages en plus). S’est ajouté également le déni de
souveraineté commis par le représentant de l’ONU, Young-Jin Choï, qui a décidé que
c’était à lui, et non au Conseil constitutionnel, d’apposer son sceau d’approbation
pour officialiser les résultats, ce qui est une nette violation de l’article 2 de la Charte
des Nations unies.
Nous sommes en présence — je ne le dirai jamais assez — d’un scandaleux
vol de démocratie qui est l’équivalent d’une tentative de coup d’État parrainée par
les puissances occidentales. Les Ivoiriens et les Africains ont toutes les raisons
d’être en colère. D’ailleurs, cette colère est de plus en plus palpable, comme nous
l’a bien fait bien sentir l’écrivain français d’origine camerounaise Gaston Kelman,
au cours de l’excellent débat diffusé à l’émission de télévision «Toutes les France»,
le 5 janvier 2011. (Merci à ma bonne amie Solange de me l’avoir signalé depuis
la Martinique). Il est de plus en plus certain que l’entreprise funeste de Sarkozy et
Obama est vouée à l’échec, car aucun pays africain ne voudra faire la sale et cruelle
besogne que les serviteurs néocoloniaux de la ploutocratie leur demandent pour
installer leur homme au pouvoir par la force.

Bernard Desgagné
(In Chronique du lundi 10 janvier 2011, 3436 visiteurs ce jour)


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