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Politique Publié le mardi 1 février 2011 | Le Mandat

Ally Coulibaly, Ambassadeur de Côte d’Ivoire en France : “Nous avons épuisé les recours diplomatiques... Il ne faut pas laisser Gbagbo continuer de tuer les Ivoiriens”

© Le Mandat Par DR
Diplomatie : Le nouvel ambassadeur de Côte d`Ivoire à Paris nommé par le Président Ouattara, SEM Ally Coulibaly a pris fonction
Aly Coulibaly, Ivory Coast`s newly-named ambassador to France, stands at his desk at the embassy in Paris January 25, 2011. Coulibaly, appointed by presidential claimant Alassane Ouattara, takes up his post after his nomination was approved at the weekly ministers meeting.
Le nouvel Ambassadeur de la Côte d’Ivoire en France, Ally Coulibaly, a été, le samedi dernier, l’invité de l’émission ‘’Parlons net’’ sur France Info. A cette occasion, il a dit sa part de vérité sur la crise ivoirienne tout en réaffirmant sa volonté de voir Laurent Gbagbo partir du pouvoir dans les plus brefs délais. Nous vous proposons un large extrait de cette rencontre avec les journalistes français.

Ce face-à-face Laurent Gbagbo-Alassane Ouattara à votre avis va durer pendant combien de temps ?

Il est clair qu’il n’y a pas deux têtes, il y a le Président Ouattara, qui a gagné les élections avec 54,10 % des voix des Ivoiriens. Donc, le Président de la République, c’est Alassane Dramane Ouattara. Pour répondre à votre question, je dirais que nous avons perdu assez de temps. En effet, les choses sont claires et il n’y a pas d’ambigüité. La communauté internationale a demandé que Laurent Gbagbo se plie à la volonté du peuple ivoirien. Cela n’est pas fait depuis fort longtemps, il continue de s’accrocher indûment au pouvoir. Il doit partir. Il a eu suffisamment de temps pour s’armer, pour tuer et le décompte macabre fait état d’un peu moins de 300 tués aujourd’hui. On ne peut pas passer cela par pertes et profits. Il y a donc un danger. Il faut choisir. Ou nous voulons entrer dans l’histoire et nous acceptons les résultats du verdict des Ivoiriens ou nous acceptons de reculer. Voilà l’enjeu.

Monsieur Coulibaly, qu’est-ce que vous faites de la décision du Conseil constitutionnel ivoirien ?

C’est un Conseil constitutionnel aux ordres, qui a pris une décision erronée parce qu’il a tout
simplement annulé les résultats de sept départements en Côte d’Ivoire, soit près de 600 mille voix.
Ce chiffre équivaut à 13% du corps électoral. Ce ne sont pas les chiffres qui sont en cause. Les chiffres que nous avons, qui ont été communiqués par la Commission Electorale Indépendante sont avec toutes les structures qui se sont occupées des élections, y compris l’organisation des Nations Unies représentée par M. Choi, l’émissaire du Secrétaire général des Nations Unies. Donc, ce que le Conseil constitutionnel a fait, c’est un hold-up, un cambriolage électoral, un de démocratie. Il a simplement inversé les résultats, voilà ce qui s’est passé.


Il y a quand même un comportement surréaliste. Vous représentez à Paris avec tous les statuts
officiels l’Hôtel du Golf, mais la réalité sur le terrain, c’est que Monsieur Gbagbo est au contrôle.
Comment sortir de cette impasse ?

Je ne vous laisserez pas dire cela, parce que c’est de l’illusion. C’est une apparence. Les Ivoiriens ont peur. Si vous exprimez une opinion différente de celle de Laurent Gbagbo vous êtes un homme mort.
Beaucoup d’Ivoiriens sont en sursis. Ils se sont terrés, parce que c’est un système totalitaire qui a été mis en place pour la privation des libertés. A travers le recrutement des mercenaires qui tuent à tout vent. C’est cela, la réalité aujourd’hui en Côte d’Ivoire. Laurent Gbagbo ne maîtrise rien du tout, il sème la terreur. Il sévit grâce à la terreur. Il est arrivé au pouvoir par un bain de sang et il continue dans le sang. Là encore, on est dans une stratégie de terreur et d’assassinat tous les jours.

Faudra-t-il un nouveau bain de sang pour en sortir, parce qu’il reste malgré tout sur le terrain ?

Laurent Gbagbo a choisi la politique du pire. Il a du sang sur les mains, il doit répondre de cela. Il y a une réalité qui est là, on est en train d’adouber un dictateur, un usurpateur. Rien n’autorise qu’on
puisse tuer des innocents aux mains nues, qu’on puisse tirer sur les Casques Bleus qui représentent la communauté internationale. Il ne faut pas faire preuve d’une faiblesse coupable vis-à-vis de Laurent Gbagbo. C’est ce risque que nous prenons, c’est un danger. Si nous ne trouvons pas de solution rapidement et bien, c’en est fini des élections en Afrique, parce que Laurent Gbagbo a vraiment perdu les élections, l’écart est là. Cela atteste de la défaite qu’il y a 8 points d’écart entre le Président Ouattara et lui. Il n’y a plus de débat et d’ambigüité. C’est un résultat sans appel.

Quand on est en Côte d’Ivoire, à Abidjan notamment, on a nettement l’impression que Monsieur
Ouattara n’existe que dans les médias occidentaux, internationaux. C’est-à-dire qu’il n’existe que par ses soutiens internationaux mais qui n’a pas de prise et qu’il ne peut pas s’adresser directement à la population.

Ce n’est pas vrai ! Nous avions une radio et une télévision depuis quelques jours. Nous avons une
prise sur l’opinion. Laurent Gbagbo a confisqué tous les médias, qu’est-ce que vous voulez qu’on
fasse ? Il a une soldatesque qui règne sur le pays, qui sème la terreur et les Ivoiriens ont peur. Tous les jours, quand ils se réveillent le matin, ils sont surpris. Est-ce que vous savez aussi que Laurent Gbagbo a mis en place un début de génocide ? Dans les différents quartiers, sur des maisons il y a des initiales. B, ça veut dire Baoulé et D, dioula. Et le lendemain on te trouve mort dans un caniveau quelque part. C’est cela la réalité en Côte d’Ivoire aujourd’hui. Est-ce qu’il faut passer cela par pertes et profits ?

Y a-t-il donc un risque de guerre civile?

Non ! Je vous ai dit un début de génocide. Il y a eu des réactions au plan mondial. C’est vrai, il y a
une baisse dans les exécutions massives auxquelles nous avons assisté grâce aux protestations de la communauté internationale. Mais vous avez lu le rapport de Human Right il y a quelques jours
qui montre bien qu’il y a des violations flagrantes des Droits de l’Homme. Est-ce que savez qu’il y
a 1000 personnes qui sont détenues dans les geôles de Laurent Gbagbo ? Savez-vous qu’il y a au moins 2000 personnes qui ne peuvent pas sortir du pays parce qu’elles ont leurs noms à fichés à l’aéroport ? Elles sont recherchées parce qu’elles n’ont pas voté pour Laurent Gbagbo. Est-ce cela la démocratie ? La Démocratie, c’est le respect de la différence, le respect de l’autre. Il y a un délit de démocratie en Côte d’Ivoire. Si véritablement on n’en tient pas compte pour sanctionner Laurent Gbagbo et qu’on tourne en rond, il ne faudra plus organiser d’élections en Côte d’Ivoire. Le problème de Laurent Gbagbo ce sont les élections. Il est resté 10 ans au pouvoir, 5 ans dans des conditions que vous savez. Lui-même a dit qu’il est arrivé au pouvoir de manière calamiteuse. Il a reporté les élections 7 fois au moins avant qu’on organise le scrutin présidentiel de 2010. Il y a eu un processus électoral qui a été suivi de fond en comble par la communauté internationale (…)

L’intervention armée dans la gestion de la crise promise par la Cedeao on ne la voit pas venir. Est-ce que c’est la seule solution ou est-ce que des compromis sont possibles?

Nous avons épuisé les recours diplomatiques. Vous ne mentionnez même pas ce que Laurent
Gbagbo fait actuellement. Il réquisitionne la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest qu’il
a fait braquer. Il veut désorganiser tout le système monétaire et financier du continent. Créer des
problèmes au Mali, au Burkina, est-ce, ce qu’on veut ? Mais diantre ! La Cedeao a parlé de cette
solution ultime qui est le recours légitime à la force dès le moment où Laurent Gbagbo ne veut pas
se plier à la volonté populaire. Mais qu’est-ce que vous voulez ? Qu’il continue de tuer les Ivoiriens et qu’on ne dise rien ?

Le Ghana par exemple refuse de venir intervenir en Côte d’Ivoire.

Non vous exagérez. Le Ghana a un contingent au sein de l’Onuci et cela vous le savez. Quand il y a un problème en Afrique de l’Ouest, qui est mieux indiqué pour le résoudre ? C’est bien la Cedeao.
(…) Il y a des pays qui ont une mauvaise appréciation de la réalité ivoirienne tel que l’Afrique du
Sud. Donc, la Cedeao, c’est elle qui vit la situation. C’est elle qui est en mesure de proposer des
solutions. Il y a eu quand même des émissaires en Côte d’Ivoire. On a tout dit à Laurent Gbagbo. M.
Ouattara lui a offert les garanties de sécurité et de dignité mais il ne veut pas céder. Il compte sur
quoi ? Alors, cette affaire a une dimension religieuse. Car, il paraît que Laurent Gbagbo dit qu’il a
une mission divine et que c’est Dieu qui lui dit de ne pas céder et de rester au pouvoir. C’est cela le
couple infernal de la Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo et Simone qui estiment tous deux, que Dieu leur
dit à l’oreille tous les jours « vous pouvez tout faire, vous pouvez continuer de tuer mais l’opinion va se retourner ».

Pensez-vous que le départ d’une manière ou d’une autre de Laurent Gbagbo du pouvoir va régler
cette crise ?

Ce sera un grand soulagement, puisqu’il est lui-même l’obstacle. Il faut extirper le mal. Il ne s’agit
pas de déclarer une guerre à la Côte d’Ivoire. Nous Ivoiriens, aimons notre pays autant que les
autres. Nous ne recherchons pas une guerre civile. Nous voulons que Laurent Gbagbo soit délogé de la Présidence. C’est tout ce qu’on demande. Mais beaucoup d’Ivoiriens aujourd’hui souhaite que
Laurent Gbagbo soit délogé. Ne vous contentez pas de ce que vous entendez, de la désinformation qui se fait, la manipulation. Il est vrai que Laurent Gbagbo fait beaucoup de lobbying pour faire croire le contraire de la réalité. Mais à quel moment vous allez vous rendre compte que qu’il vous trompe.
Il vous trompe tout le temps. Il vous a trompés pendant 10 ans et il continue de vous tromper tout le
temps. Il est même fier de dire qu’il est ‘’le boulanger’’, celui qui roule tout le monde dans la farine.


Est-ce que vous niez le fait que Laurent Gbagbo a un soutien populaire ?

Il n’a pas de soutien populaire. Pour mesurer le soutien populaire, il y a quel autre moyen que les
élections ? Dites le moi. Ces élections devraient permettre de sceller la réconciliation des Ivoiriens,
mais voilà que par la faute de Laurent Gbagbo, on se trouve dans une crise pire que celle que nous avions connue. Les Ivoiriens ont voté à 84% au premier tour et à 81% au second tour. Cela veut dire que les Ivoiriens veulent le changement. Laurent Gbagbo est un usurpateur. Il ne va pas dans le sens de l’histoire. Il va être très mal jugé par le tribunal de l’histoire. Vous savez et je reviens là-dessus, on ne peut pas passer par pertes de profit ces morts innocents. C’est affligeant et je voulais qu’on s’en inquiète un peu. Malheureusement, on n’en parle pas beaucoup. On se contente des apparences.


Y aura-t-il une enquête lancée par la Cour Pénale Internationale ?

Oui, il y aura une enquête. Nous avons toutes les preuves des exactions, des tueries massives qu’il y a. Est-ce que vous savez que l’Onuci ne peut même pas avoir accès aux sites des charniers qui ont été découverts à travers la ville d’Abidjan. (…) Vous vous souvenez que cet homme est dangereux.
En novembre 2004, il a quand même tué des soldats français à Bouaké. Il a voulu provoquer une
situation irréversible avec la France. Il n’a jamais revêtu les habits des hommes d’Etat. Laurent
Gbagbo est un tueur. (…)

Propos retranscrits par Lance Touré
sur France Info
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