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Contrôlé par le mystérieux commando - Au cœur d’Abobo, la République assiégée
Publié le mardi 22 mars 2011   |  Nord-Sud


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La commune d’Abobo est aux mains du mystérieux commando. Malgré les nombreux excès des forces de Laurent Gbagbo qui contraignent des habitants à partir, il y a toujours de la vie à ‘’Bagdad’’. Au cœur de la République assiégée.

Dis-moi où tu habites, je te dirai dans quelle République tu es. A Abidjan, il y a désormais deux parties : l’une est aux mains de la rébellion de Laurent Gbagbo. Et, l’autre est sous le contrôle d’un mystérieux commando : c’est Abobo ou encore ‘’Bagdad City’’. En provenance de Cocody ou d’Adjamé via le zoo, le territoire dirigé par la rébellion pro-Gbagbo se limite à la pharmacie Azur qui tient un check point quelques mètres plus loin, à hauteur d’une station d’essence.

De là au siège de la Sodeci, une centaine de mètres représente une sorte de zone tampon. Cette voie qui grouillait de monde dans le passé est déserte. Des tables, des bancs et des sacs pleins de sable occupent la chaussée. Les éclats de voix et autres vrombissements de moteurs qui animaient la place ont été remplacés par le silence. Un silence lourd, inquiétant, troublant que viennent rompre, de façon sporadique, les tirs de mitraillette de la force pro-Gbagbo. Et, les bruits de moteurs de quelques véhicules qui passent d’une zone à l’autre.

A hauteur de la Sodeci, il suffit de continuer sur une dizaine de mètres ou de traverser la route en allant à gauche pour entrer dans la République aux mains du mystérieux commando. Pour se défendre contre la rébellion de ‘’l’enfant de Mama’’, Abobo matérialise d’une certaine façon la République. Toutefois, il y règne une atmosphère de zone assiégée du fait des départs massifs de la population. Et, des fréquents bombardements à l’arme lourde qui endeuillent les familles. En effet, ce qui frappe en premier lieu, c’est la rareté de la présence humaine. Bien qu’à l’abri des exactions directes de la soldatesque du mauvais perdant d’Abidjan, les populations fuient massivement la zone pour échapper à ses bombardements au mortier. Chaque jour, plusieurs familles sortent d’Abobo de peur de recevoir un obus. « Les gens partent parce que Gbagbo a décidé de réduire Abobo en miettes », explique une femme âgée à son interlocutrice qui semble inquiète par ces mouvements.

On vit malgré tout

Abobo se vide. Mais il y a encore des gens qui y vivent. Soit parce qu’ils n’ont nulle part où aller, soit parce qu’ils refusent de céder face à « la barbarie » de Laurent Gbagbo. « Ce serait comme si je permettais au mensonge de prendre le dessus sur la vérité », confie Serge (prénom d’emprunt) pour justifier son refus de partir. Assis avec un groupe de jeunes non loin du secteur Coco service, ils parlent de la crise et de leur espoir quant à un dénouement rapide. « Nous ne sommes pas encore morts », plaisante Serge qui échange avec un ami au téléphone.

La progression se poursuit. A la casse, marché informel de pièces détachées d’engins d’occasion, le spectacle est désolant. Les quelques travailleurs viennent là plus par réflexe, pour passer le temps, que parce qu’ils espèrent faire une bonne affaire. Leur commerce est au point mort. Des tonnes d’ordures ménagères s’élèvent du côté de la route, à proximité de la plaque Anador. De petits filets de fumée s’échappent de ce tas d’immondices. Un peu plus loin, les restes de baraques et de containers calcinés. Notre visite intervient deux jours après le passage des soldats de l’ex-chef d’Etat. Ils ont incendié les magasins et calciné les voitures stationnées en bordure de route.

Tournevis et marteaux en main, des hommes essaient d’extraire des carcasses les pièces encore récupérables. De la fumée continue encore de s’échapper de containers à côté. « C’est nous qui sommes venus éteindre le feu. Il était deux heures du matin. Ces containers servaient à vendre des fournitures scolaires », confie O.B., un riverain. Notre interlocuteur explique comment il a été possible aux hommes de M. Gbagbo d’avoir accès à cette zone. « Un premier char est venu. Il a été repoussé par le commando qui montait la garde. L’engin blindé a replié pour revenir en compagnie d’un autre char et de plusieurs pick-up surmontés de mitraillettes. La garde a donné l’alerte et il lui a été demandé de les laisser passer. C’est ainsi que les assaillants sont rentrés pour bombarder. Quatre des leurs étaient descendus du char pour marcher dans les rues du quartier. Leur mission était de tirer sur ceux que les incendies feraient sortir des maisons. Ces rebelles ont été tués par des membres du commando », révèle notre interlocuteur. Qui ajoute qu’il y a deux jours, un Libérien a été arrêté par les forces républicaines : « il portait des vêtements de fou. Son attitude suspecte a attiré l’attention sur lui ».

Enfants, soldats passifs

Notre ami du moment habite de l’autre côté de la route. Il ne faut surtout pas traîner pendant la traversée. Et, éviter surtout de marcher au milieu de la voie. « Le bon réflexe c’est d’être sur le côté afin d’avoir un mur comme bouclier », soutient-il. Devant sa cour, des enfants jouent aux billes. Victimes innocentes et inconscientes de la crise, ils jouent sans se soucier de ce qui se passe. « Les armes ne font plus peur à ces enfants. Quand ils entendent une détonation ou un crépitement, ils se mettent à commenter. Je les ai plusieurs fois entendu dire : ça c’est le bruit d’une kalach, c’est un P.A. qui vient de raisonner. Et, quand c’est un obus, ils disent : mon cher, ça ce n’est pas un jeu d’enfants, hein ! », relate-t-il.

Kouakou Liza


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