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Politique Publié le lundi 9 mai 2011 | Le Mandat

Ratissage, perquisitions et exécutions sommaires à Yopougon

© Le Mandat Par Emma
Le dernier bastion des partisans de Gbagbo tombe: soldats, miliciens et mercenaires libériens déposent les armes aux pieds des Forces républicaines, à Yopougon
Vendredi 29 avril 2011. Abidjan, commune de Yopougon. Photo: parmi les miliciens, des jeunes filles, et même des enfants soldats
Après avoir délogé les miliciens et les mercenaires des dernières poches de résistance dans la commune de Yopougon, les Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) continuent de ratisser pour garantir la sécurité et rassurer les Ivoiriens pour le retour à leurs domiciles respectifs. Malheureusement, certaines personnes en tenues militaires floquées FRCI se livrent à des perquisitions de domiciles et à des exécutions sommaires dans les quartiers sous le contrôle des hommes du Premier ministre, ministre de la Défense, Guillaume Soro. On parle même de la chasse aux Guéré et aux Bété. Voici ce qu’il nous a été donné de constater par nous-mêmes, dans le sous-quartier Koweit, aux Toits Rouges.
Le samedi 7 mai dernier, 4è jour de mise sous le contrôle des FRCI des quartiers comme Locodjro, Abobo-Doumé, Koweït, Camp Militaires, Toits rouges et autres derniers bastions des résistants mercenaires et miliciens à la solde de l’ex-président Laurent Gbagbo, ceux qui avaient fui ces quartiers à cause de la terreur des tueurs de LMP tentent de retrouver leurs maisons après des mois d’absence. Mais en même temps, certains habitants quittaient les quartiers pour se refugier ailleurs. Ce qui paraissait bizarre. Comment pouvaient-ils fuir la sécurité revenue dans leur quartier ?
Nous approchons une dame prénommée Stéphanie qui avait son baluchon sur la tête. A la question de savoir pourquoi elle quittait le quartier alors que les FRCI en étaient désormais maîtres ? Elle répond : "Nous ne pouvons plus rester ici. Vous-mêmes, vous devez quitter aussi le quartier, parce qu’on recherche les Guéré et les Bété pour les tuer. On dit que les miliciens étaient des Guéré et les Bété les ont aidés". Plus loin, nous constatons un attroupement de femmes en majorité nordistes. Une parmi elle disait : "Les Guéré ont tué mon fils, il faut qu’ils paient tous". Alors intervient un homme d’un certain âge, M. Péhé. "Mais, madame, ce que vous dites-là est très grave. Pensez-vous que toute une ethnie doit payer pour les agissements de quelques uns ? Moi-même, je suis Guéré mais je ne suis pas pro-Gbagbo (Ndlr : il montre sa carte de membre du RDR)", a-t-il dit avant d’ajouter : "Si vous voulez déclarer la guerre aux Guéré, commencez par Anne Ouloto et tous les autres Guéré collaborateurs d’ADO. Vous connaissez tous ceux qui ont commis des actes de tuerie dans ce quartier. Il ne faut pas se tromper d’adversaire et mélanger tout le monde". La dame s’est excusée parce qu’elle n’a pas été suivie par tous ceux qui étaient présents et qui l’ont très vite ramenée à la raison.
Après quelques heures dans le quartier, des véhicules de type 4x4 arrivent. Des éléments des FRCI ? On pourrait le croire, car sur tous ces véhicules, il était floqué avec du papier et des stylos à bille : FRCI. Sur indication d’un jeune homme du quartier, les hommes en tenues se rendent dans une cour commune de 3 appartements. Et on entend le jeune indic dire : "C’est lui. C’est lui qui distribuait des armes aux miliciens". Un homme dans la cinquantaine était assis devant sa porte sur une chaise en plastique. M. Talé, un Bété de Gagnoa. Sans l’interroger, deux éléments en armes se dirigent vers sa maison, fracturent la porte à la recherche d’armes, quand un autre saisit l’homme et donne des coups violents. Son voisin qui se prénomme Darius (un autre Bété) avait l’oreille en sang après avoir lui aussi reçu des coups de cross de fusil. "Embarquez-les", crie celui qui semblait être le chef du groupe. C’est alors qu’interviennent les populations qui connaissaient bien les deux hommes. "Nous les connaissons. Ils ne sont pas liés aux miliciens. Ils ont même fui le quartier quand les Libériens et les miliciens ont pris le quartier pour en faire leur base. Cela fait plus de deux mois qu’ils ne sont pas ici au quartier. C’est aujourd’hui (Ndlr : samedi 7 mai) qu’ils sont revenus voir l’état de leurs maisons et chercher à revenir y habiter", a dit une dame. Ce qui a été renchéri par les autres habitants présents. La dame a alors, après le départ des hommes en armes, conseillé à M. Talé et à Darius de quitter momentanément le quartier. Cependant, aucune arme n’a été retrouvée chez ces personnes, mais leurs téléphones portables leur ont été confisqués par un élément.
Ces éléments FRCI (?) ont entrepris des fouilles des maisons en l’absence des propriétaires, toujours sur indications des jeunes. Comme quoi, des armes seraient stockées dans ces maisons. Toutefois, aucune arme n’a été trouvée. Mais ces maisons, sont restées ouvertes et pillées par des jeunes gens du quartier.
A côté de ces faits, des ex-miliciens et bien d’autres supposés en rapport avec eux ont été exécutés le jeudi et le vendredi, dont les corps (au moins 6) sont encore visibles dans les rues, des jours après le contrôle du secteur par les FRCI. Aujourd’hui, il n’y a plus de combat, donc les ratissages devraient permettre d’arrêter les ex-combattants pour qu’ils répondent de leurs actes au lieu de les exécuter systématiquement sur indications ou simple délation.
C’est donc le lieu d’interpeller les responsables des FRCI dont le travail louable risque d’être terni par les agissements d’hommes en armes et se faisant passer pour des éléments des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) qui devraient, par leurs agissements rassurer les populations à retourner chez elles. Surtout que des perquisitions ne sont pas encore autorisées par la hiérarchie militaire. Vigilance, vigilance, vigilance !!!

GUY TRESSIA
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