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Interview / Obed Blondé Doua (président de la fédération des producteurs de café cacao de l’ouest) : “Nous allons créer un village des planteurs à la cérémonie”
Publié le mercredi 18 mai 2011   |  Le Patriote




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Le patriote : Il y aurait un comité de restructuration et de relance de la filière café cacao en Côte d’Ivoire qui aurait été créé cette fin de semaine à Yamoussoukro. Est-ce que vous producteurs de l’ouest avez été associés à cette initiative ?
Obed Blondé Doua : Nous ne sommes pas du tout informés. Nous allons nous renseigner davantage pour être mieux informés.

LP : Ce qui suppose que les producteurs de la filière ne parlent pas toujours d’une même voix?
OBD : C’est bien malheureux. En CI on n’a jamais réussi à créer une instance suprême dans la filière café cacao, c'est-à-dire une structure nationale à même de fédérer toutes les organisations professionnelles agricoles qui existent de façon légale et légitime au nom des planteurs de Côte d’Ivoire. Auparavant, l’Anaproci qui n’est qu’une association de planteurs agissait au nom de l’ensemble des producteurs de café-cacao de ce pays. Mais elle ne respectait pas l’avis de ces derniers. La vie de l’Anaproci s’est soldée par un bicéphalisme qui ne dit pas son nom. L’Anaproci en tant que tel aujourd’hui est en contradiction grave avec ses textes. Elle n’a pas fait de congrès depuis sa création. Nous ne comprenons pas que les choses aillent de cette façon jusqu'à ce qu’ils essaient de couronner leur incompétence par le scandale financier que nous avons connu même si les gens cherchent à se défendre en disant que cela n’a pas été de leur faute. Mais c’est regrettable. L’Anaproci n’a jamais profité aux planteurs. Nous allons tout faire pour interpeller la classe politique pour que grâce au soutien de la volonté politique, nous puissions obtenir la restitution totale et générale du secteur pour aboutir à la première fédération nationale des producteurs de café-cacao de Côte d’Ivoire qui va se faire sur la base d’une consultation participative depuis la base, c’est-à-dire à partir des villages pour qu’au niveau des départements et de chaque région on puisse avoir une fédération des producteurs.

LP : Il existe déjà une Chambre nationale d’Agriculture.
OBD : Effectivement mais je vous dis que la Chambre d’agriculture n’est même pas un produit sorti de la volonté des producteurs. C’est une reforme que l’Etat a institué et les producteurs ont considéré par moment comme un pouvoir, comme des titres honorifiques. Et ce poste n’est jamais revenu aux producteurs, mais plutôt à des cadres influents dans les régions productrices ou des politiques. Ce n’est pas une consultation faite à la base avec les petits producteurs qui font de la Côte d’Ivoire ce qu’elle est aujourd’hui en matière de rang mondial.

LP : Vous venez de dire tantôt que l’Anaproci auparavant existait, l’Anaproci existe toujours avec à sa tête le président Boti Bi Zoua qui, dans une récente sortie de presse a laissé entendre que le producteur ivoirien vit de son labeur. Aujourd’hui, vous producteurs de l’ouest qui avez connu les pires moments de la guerre, est-ce que vous êtes en parfaite harmonie avec le président de l’Anaproci sur ce point ?
OBD : Je ne connais pas Boti Bi Zoua. C’est bien surprenant pour moi. Pour parler de la vie de l’Anaproci, j’ai déjà vu environ trois présidents qui se sont autoproclamés à sa tête, notamment l’ex-président Henri Amouzou, Séry Gervais et Boti Bi Zoua. Tout cela démontre qu’il y a un désordre au niveau de l’Anaproci. Et je pense que l’Etat doit nous aider à nous défaire de ce cafouillage pour réussir une consultation participative pour tous les acteurs de la filière à la base. Il faut qu’on cherche l’avis de tous les producteurs dans les villages. Concernant les déclarations de Boti Bi Zoua, je crois que je peux interpeller ce frère. S’il veut faire carrière à la tête de la filière café-cacao, qu’il prenne le temps de bien comprendre le secteur, c’est-à-dire de se renseigner. Nous sommes surpris que Boti Bi Zoua qui se réclame à la tête de l’Anaproci ne connaisse pas la fédération des producteurs de café-cacao de l’ouest qui est d’ailleurs une zone sinistrée. (…) Nous ne sommes pas une structure cachée. Les responsables de la filière cacao qui viennent de partir nous connaissent bien. Ils ont été à Man nous visiter. Donc que Boti Bi Zoua prenne le temps de connaître les zones de productions et accepte de collaborer avec nous. Je ne connais pas son curriculum vitae (CV) mais à l’écouter on a l’impression qu’il ne sait rien du milieu de la filière café-cacao, il ne connaît rien de la souffrance des paysans.

LP : A vous entendre, les producteurs de l’ouest ne vivent pas de leur labeur. Et vous êtes très amer ?
OBD : Non, non, dire aujourd’hui sur les antennes ou dans la presse que les producteurs sont à l’aise, c’est être en porte-à-faux avec la réalité. Aujourd’hui, les Occidentaux qui sont les consommateurs ont créé des schémas pour permettre aux planteurs de se réaliser, notamment par le système de marché équitable et le système de certification. Ce sont des processus qu’ils ont mis en place parce qu’on a constaté que le producteur ivoirien ne vit pas du fruit de son labeur et que le producteur souffre énormément.
Il est important qu’on ne contredise pas la Banque Mondiale qui a aujourd’hui en vue de grands projets pour aider les producteurs à sortir du gouffre. Nous avons des difficultés qui sont entre autres l’inexistence d’infrastructures sociales dans les zones de production. Vous êtes dans les campements aujourd’hui, il y a des centaines d’enfants en âge d’aller à l’école mais qui, pour y aller, doivent parcourir plus de 50 km. Ce qui est pratiquement impossible. Il faut construire des infrastructures auprès des paysans dans les zones de production. Il y a le problème d’eau potable. Il est clair aujourd’hui que peut-être 90 paysans sur 100 n’ont pas accès à l’eau potable. Ce sont là des réalités. En matière de santé, les centres de santé les plus proches des paysans se trouvent quelque fois à 40 ou 50 km sur des pistes où on ne trouve même pas de véhicule. Il faut attendre un camion de ramassage de cacao pour pouvoir évacuer un malade. Ce sont des réalités que nous vivons dans les hameaux, les zones de productions. Les femmes enceintes doivent parfois marcher sur 40 ou 50 kilomètres pour atteindre un centre de santé les plus proches. Non, il y a des difficultés. Beaucoup de ponts dans les campements sont défectueux, des ponts qu’on peut réaliser à un coût de 1 million ou 1.5 million de francs de façon artisanale, nous les paysans sommes souvent obligés de transporter le cacao sur la tête sur des dizaines de kilomètre. Il est donc inacceptable que celui qui entend incarner les producteurs de Côte d’Ivoire ne soit pas vraiment au courant de toutes ces difficultés et qu’il dise automatiquement que les planteurs se retrouvent. C’est pour cela je dis qu’il faut peut-être revoir le CV de Boti Bi Zoua pour voir combien de temps il a passé avec les paysans. Si lui-même est paysan, je ne pense pas qu’il puisse raisonner comme cela. On a beau fait confiance à des intellectuels pour venir conduire la destinée des petits planteurs que nous sommes, mais ça n’a jamais été possible parce qu’ils ne vivent pas les mêmes difficultés que nous. Je ne connais pas particulièrement Boti Bi Zoua, mais vu ses derniers propos nous allons faire en sorte de l’écouter et surtout de l’interpeller pour qu’il arrête de dire ce qui n’est pas acceptable pour nous.

LP : Ces difficultés ont été dénoncées en son temps par le président Alassane Dramane Ouattara. Il souhaite une restructuration de la filière pour permettre au producteur ivoirien de vivre de son travail.
OBD : Je crois qu’après avoir lu le programme agricole du Dr ADO, nous avons constaté plusieurs choses. D’abord, il a parlé d’une structure unique qui va gérer la filière café-cacao. En réalité, dans le schéma actuel, il y a vraiment une pléthore de structures qui opèrent dans ce secteur et il n’y a aucun système de régulation qui puisse protéger le petit planteur face aux multinationales qui arrivent avec beaucoup de moyens, avec beaucoup de stratégies, qui écrasent à tout moment les petits planteurs. Aujourd’hui il y a encore possibilité de protection de prix. On a souvent parlé du BCC ou bien du FDPCC qui a fixé les prix. Mais quand on fixe un prix sans mesure d’accompagnement, sans aucune forme de régulation pour protéger le planteur et qu’on dise que c’est vous qui devez faire en sorte que ce prix soit appliqué ; non, non. J’ai l’impression que ceux qui mettaient ce mécanisme en place ne savaient pas à qui ils avaient affaire. En Côte d’Ivoire, on a affaire à de petits planteurs dans les villages qui ont donc de faibles revenus, qui ne peuvent même pas aujourd’hui s’organiser solidement pour syndiquer contre des multinationales. A moins que le gouvernement ne décide d’apporter un minimum de régulation, des mesures contraignantes et même pour nous les producteurs et aussi pour les multinationales qui sont là, qui opèrent à tous les niveaux. C’est de cela qu’il s’agit. Ça c’est la première remarque dans le programme d’ADO : faire en sorte que le circuit de commercialisation soit véritablement réglementé par un système de régulation total qui protège les planteurs, qui leur permet de discuter et de vendre dans un système très large leur production. Voilà. Mais il faut aussi qu’en matière de fixation des prix bords champ, on arrive à stabiliser les choses en disant clairement qu’on tiendra compte du marché international du prix du jour. Je pense que c’est précis, c’est concis. (…) J’avoue que chaque fois que le prix est fixé à 1000 fcfa nous les paysans on ne reçoit que 500 à 600 f, parce que ceux qui sont en face de nous disent qu’ils tiennent compte de leurs charges, ils paient trop de taxes à l’Etat, les routes sont mauvaises. Donc ils fixent le prix qu’ils veulent nous imposer. Pourtant dans ce nouveau programme, je crois qu’on tiendra compte du marché mondial. C’est une forme de stabilisation moderne qu’il faut vraiment saluer. Voilà deux choses pertinentes. Le président ADO va plus loin en promettant une couverture sociale surtout l’assurance santé universelle aux planteurs. C’est une bonne chose. Nous, nous avons des propositions, nous sommes en train de frapper aux portes pour que l’Etat nous écoute. Nous avons des propositions qui peuvent véritablement accompagner ce programme ambitieux pour nous les producteurs.

LP : L’investiture du président ADO c’est pour le 21 mai. Vous, producteurs de café cacao de l’ouest, qu’est-ce que vous prévoyez ?
OBD : Nous avons déjà commencé les cotisations. Parce que pour nous, nous n’attendons pas que l’Etat nous envoie les moyens de déplacement pour qu’on aille à Yamoussoukro. Pour nous qui avons voté de façon libre, en toute quiétude et qui avons choisi un candidat, celui du Rhdp, on n’a pas besoin de se faire prier pour aller à Yamoussoukro. Ce candidat là est aujourd’hui, avec toutes les difficultés que nous avons connues, a pu avoir la plénitude de son pouvoir. Nous allons monter sur Yamoussoukro massivement, célébrer la victoire du Dr Alassane Ouattara. Nous allons créer un quartier des planteurs de Man à Yamoussoukro. Nous savons que la salle est petite. Nous n’allons pas nous plaindre si nous n’avons pas eu droit à la salle. Mais nous allons nous faire remarquer, à Yamoussoukro, nous allons créer un quartier des planteurs de Man là-bas. Par conséquent, nous demandons au comité d’organisation de prévoir au moins un écran géant quelque part là-bas au quartier de Man pour que nous puissions suivre les événements en direct. Nous allons nous déplacer de Sémien, Zouan-hounien, Sipilou, en passant par Kouibly et Bangolo. Les cotisations sont en cours. Nous allons mobiliser les cars s’il y en a, et nous serons à Yamoussoukro pour soutenir et saluer l’investiture du Dr ADO.
Info : Celcom FPCCO

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