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L`axe Abidjan-Ouagadougou : Le phénix renaîtra de ses cendres
Publié le vendredi 20 mai 2011   |  Nouveau Réveil




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Lorsque Laurent Gbagbo remporte le scrutin d`Octobre 2000 et accède ainsi à la Présidence de la République, le jugement est unanime ; il est mal élu et les conditions " calamiteuses " qui entourent sa victoire imposent un silence gêné. Les principaux candidats avaient en effet été écartés par le pouvoir de Robert GUEI, la fraude et les manipulations étaient partout, le Président élu n`en est pas moins reconnu tandis que les Ivoiriens et la communauté internationale ont malgré tout rêvé que le pays allait retrouver le chemin de la paix et de la démocratie, en balayant les démons ethniques qui, depuis trop longtemps, avaient obscurci le paysage politique.

La majorité des ivoiriens toutefois ressentait vite qu`on lui avait volé son destin. Dés le début de sa mandature, le pouvoir de Laurent Gbagbo était donc instable. Le Forum de réconciliation nationale organisé dès le mois d`octobre 2001 en atteste. Il réunissait tous les ténors politiques du pays. Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié, Robert Gueï . L`espoir à peine éclos était pourtant rapidement déçu. Rien n`avançait. La société était bloquée.

La tentative de coup d`Etat de 2002 traduisait la coupure de fait entre le Nord et le Sud du pays. Dès lors la crise allait s`installer.

Les multiples médiations étaient en apparence autant de coups d`épée dans l`eau et son comportement valait à Laurent Gbagbo le surnom de " boulanger ", en hommage appuyé à celui qui roule sans cesse dans la farine ses adversaires. Le temps donné au temps permet aujourd`hui d`observer que ces médiations n`étaient pourtant pas sans effet, malgré les apparences. Il devenait clair que lorsque des élections auraient lieu elles devraient être irréprochables. Les efforts répétés mis en œuvre imposaient ces dividendes, encore lointains mais déjà partagés.

Le principe de la certification par les Nations Unies adopté à Pretoria en 2005 est essentiel. Il faut noter à ce niveau que Laurent Gbagbo n`avait pas confiance dans la composition de la Commission Electorale Indépendante (CEI), qui élit son président et qu`il ne maitrise pas, contrairement au Conseil Constitutionnel, carrément aux ordres.

Laurent Gbagbo a accepté le principe de la certification dans l`espoir qu`il parviendrait à contrôler la CEI. En fait avec la certification, les Nations Unies vont se révéler être une barrière d`intégrité infranchissable. Le processus a sauvé le pays du désastre. Malgré un accord, il réussira à changer le Président de la CEI, en nommant à ce poste Monsieur Youssouf Bakayoko en raison de sa proximité avec sa deuxième épouse. Il accentuera son emprise sur le Conseil Constitutionnel en nommant à sa tête Monsieur Yao-N`dré, membre fondateur du FPI et ancien Ministre de l`intérieur.

Il faut donc observer, à travers ces diverses contributions, que l`Afrique tout entière tenait à s`impliquer dans la résolution d`une crise apparemment sans fin.

Mais avec les Accords Politiques de Ouagadougou signés le 4 mars 2007, un son nouveau s`est mis à résonner. Le mouvement semblait tellement novateur que chacun sentit vibrer l`espoir d`un avenir différent avec la résolution d`un problème africain par les africains. Il s`agissait clairement de ramener la paix et de réunifier le pays.

La méthode appliquée par le Président du Faso pour sortir de la crise avec l`introduction des négociations directes donnait le sentiment qu`un nouvel élixir était administré, que tout était possible et la proximité des acteurs rendait " évidente " l`adoption prochaine d`un chronogramme reconnu par chacun.

Il y eut bien sûr encore de nombreux points à solutionner, mais après que Laurent Gbagbo eut proposé à Guillaume Soro, ennemi pourtant juré, de devenir son Premier ministre, la voie était à priori tracée. La mission dévolue au nouveau Premier Ministre était clairement d`organiser des élections libres et transparentes. Tant d`eau avait coulé sous les ponts avant qu`on en arrive là qu`il semblait impossible de revenir en arrière. Et cette certitude habitait tant les acteurs de bonne foi qu`ils ne pouvaient pas imaginer que l`un d`eux simule et dissimule. Et pourtant c`était le cas. Mais sa vérité, Laurent Gbagbo savait qu`elle était inavouable alors il la cachait. Le Président du Faso, quant à lui, arbitre suprême, était là pour garantir un devoir d`Etat : un combat impartial et des règles du jeu propres. C`était aux yeux des sages les acquis de l`avenir.

Il faut d`ailleurs préciser ici, pour éclairer ce qui va suivre, que lorsqu`un peu auparavant, Guillaume Soro avait été nommé Premier Ministre, il le fut non pas à la demande du Président du Faso, mais en fonction du choix calculé de Laurent Gbagbo qui estimait - ce furent les analyses ensuite- que Guillaume Soro représenterait une option de manipulation stratégique, le cas échéant, car Laurent Gbagbo pensait alors - encore et toujours- que s`il le fallait, il roulerait tout le monde et que pour cela, Soro ,serait le moment venu un atout.

Laurent Gbagbo aimait parler de ses premières visites à Ouagadougou, évoquant le soutien que lui avait apporté Monsieur Blaise Compaoré durant ses fréquents séjours au pays des hommes intègres. Il se souvenait très bien que Blaise Compaoré lui avait alors apporté une contribution de 20 000 000 FCFA et que c`était le premier chef d`Etat à le faire. Avec cette contribution, il avait lancé son journal , clôturé sa maison et payé les premiers acomptes du siège du FPI. Evoquer la densité du souvenir était peut-être aussi pour lui un calcul de plus.

La présence de Laurent Gbagbo à l`hôtel Indépendance était d`ailleurs fréquente et cela se savait suffisamment pour rendre furieux le Président Houphouët qui le fit savoir à Blaise Compaoré.

Le rappel fréquent de ces souvenirs était , pour Laurent Gbagbo, une manière d`exposer des bases de confiance . Car son esprit était en mouvement et les élections étaient sa préoccupation majeure. Il irait à la bataille, c`était certain ,il ne s`en cachait pas , mais tout de même remarquait-il, des obstacles demeuraient.

De nombreux observateurs racontent ainsi que Laurent Gbagbo estimait que " Soro ne l`aidait pas ", contrairement à ses attentes. Il avait besoin que le Président Blaise Compaoré lui donne un coup de main. D`après lui les commandants des " COMZONES " devaient être remplacés par ses préfets. D`ailleurs, il saurait être généreux avec eux, soit en les rémunérant avec de bonnes gratifications à la clef, soit en leur accordant des postes diplomatiques. Lorsque ces " suggestions " sont parvenues aux oreilles du Président du Faso, la position du Président Blaise Compaoré fut sans ambiguïté, car dit-il :

"Ce que pense Laurent Gbagbo est tout simplement un projet impossible, car le rôle de la médiation exige une neutralité absolue. Il y a des accords qui tracent la route et qui ont tout prévu et ceci n`en fait pas partie."

Pour le Président Compaoré, il était clair que de telles interventions seraient de nature à compromettre le bon déroulement du processus électoral et à créer des dissensions au sein des Forces Nouvelles. Une autre guerre civile éclaterait, rejetant alors la paix aux calendes grecques. Et cela détruirait en outre les chances d`Alassane Ouattara. Cette question fut réglée lors d`une réunion de concertation et toujours avec le souci du dialogue.

Mais en réalité, tout ceci était lourd de sens.

Il était clair que la rigueur du Président Burkinabè était indiscutable et que l`éthique exprimée sonnait le glas de méthodes d`un autre âge. Il était tout aussi clair pourtant que l`esprit de Laurent Gbagbo était en permanence à la recherche de chemins détournés qui lui assureraient une victoire officielle. Il n`envisageait pas la défaite et pour cela il était prêt à tout, même à la guerre civile comme cela allait advenir.

Il faut d`ailleurs rappeler ici une conversation -connue- qui eut lieu entre les deux Présidents de la France et du Burkina. Le Président Sarkozy fit remarquer au Président Compaoré qu`il ne croyait pas, qu`en cas de défaite, Laurent Gbagbo s`effacerait. Blaise Compaoré était d`un avis contraire, persuadé par les assurances exprimées et répétées à l`envi par l`intéressé. Il reconnut par la suite avoir été abusé par Laurent Gbagbo.

Il est clair aujourd`hui que l`homme avait décidé alors de ne respecter le verdict populaire que s`il lui était favorable.

Et cahin caha nous sommes allés aux élections parce qu`il n`était plus possible à Laurent Gbagbo de faire machine arrière, le train de l`Histoire s`était mis en route. Le débat télévisé qui opposa les deux hommes pour le second tour fait ressortir la différence d`éthique entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara. Alors que Monsieur Ouattara déclarait de lui-même que s`il était battu il féliciterait aussitôt son vainqueur - dans la pure tradition des démocrates convaincus - Laurent Gbagbo fut réticent à s`exprimer quand bien même il le fit. Les mots lui restaient pratiquement dans la gorge.

Rarement une élection n`aura été surveillée de si près par la communauté internationale et au niveau de la sincérité des chiffres le résultat était indiscutable. S`il y eut des irrégularités elles furent limitées et sans doute s`annulèrent-elles , personne ne peut le contredire. Les sommes engagées par la Communauté Internationale étaient à cet effet colossales et disaient bien l`importance accordée à un scrutin attendu depuis plus de dix ans.

Les résultats de ce fait furent unanimement reconnus. La qualité de ces résultats était en fait la meilleure conclusion qu`il soit possible d`apporter au travail fourni par le facilitateur qui ne poursuivait qu`un objectif d`élections démocratiques avec des résultats certifiés. Ce sera cette qualité qui aura conduit l`Union Africaine, la CEDEAO, l`ONU et la quasi totalité de la Communauté Internationale à se montrer inflexibles. Le Président Blaise Compaoré a fait front, et il est clair que dans le cas contraire la démocratie en Afrique aurait subi un revers terrible . Désormais au contraire il sera difficile de s`imposer par la fraude. Des règles de rigueur ont commencé à s`inscrire dans le marbre.

La défaite de Laurent Gbagbo était consommée mais il refusait de le reconnaitre. Il refusait d`ailleurs qu`on annonce des résultats provisoires. Il avait connaissance des chiffres et il savait qu`il avait perdu. A moins qu`il ne puisse tricher car Gbagbo avait le Conseil Constitutionnel dans la poche , et disposer à sa guise de la plus haute instance juridique du pays peut ouvrir bien des portes. Il n`était pas parvenu à récupérer la CEI comme il l`avait voulu. Les résultats sont en fait clairs, connus et reconnus. Il a le dos au mur et il le sait. Dès le lendemain des élections, les chiffres avaient parlé. Le temps presse. Les résultats doivent être communiqués dans un délai de trois jours. Il envoie donc deux jours avant cette échéance légale, à Ouagadougou, Monsieur Désiré Tagro et sa deuxième épouse Madame Nadiana Bamba pour tenter de convaincre le Président Burkinabè de l`aider à inverser les résultats des élections. C`est là une de ses dernières cartes.Cette rencontre a lieu en présence de "l`infatigable" M. Bourema Badini, Représentant spécial du Président du Faso chargé du suivi de ce dossier.

Car Laurent Gbagbo est convaincu que la clef du problème est à Ouagadougou et entre les mains du facilitateur. Il croit en son pouvoir et tente un dernier coup, persuadé que le changement d`avis de Blaise Compaoré serait suivi par les autres chefs d`Etat.

L`heure n`est plus aux circonlocutions et le langage est direct et peut se résumer ainsi : "Nous sommes venus ici pour dire au Président du Faso que nous ne pouvons pas accepter la victoire d`Alassane Dramane Ouattara et c`est pour cette raison qu`il convient d`empêcher la proclamation des résultats provisoires. Il faut invalider le vote du Nord. Les votes doivent être annulés".

Blaise Compaoré est inflexible. Il est comptable des 600 000 voix du Nord de la Côte d`Ivoire comme de chacune des voix de ce scrutin présidentiel. La démocratie est en jeu et il sait que la sous région ne se bâtira pas sans des avancées politiques notables. Le Président du Faso demande fraternellement à Laurent Gbagbo d`accepter les résultats des élections et souligne qu`en agissant ainsi il se grandira. Il l`avertit également alors que toute tentative de confiscation du pouvoir échouerait.

Au 4ème jour suivant les élections, le Président de la CEI, Monsieur Bakayoko ,menacé de mort proclame les résultats à l`hôtel du Golf, le seul endroit sécurisé d`Abidjan pour la CEI.

Parallèlement, Monsieur Yun-Jin- Choï, envoyé spécial du Secrétaire Général des Nations Unies Monsieur Ban Ki Moon, annonçait la certification des résultats avec 54% pour Alassane Ouattara et 46% pour Laurent Gbagbo.

Dès sa victoire reconnue par la Communauté des chefs d`Etats au sein de la Commission de Paix et de Sécurité, le Président Alassane Ouattara a pris une décision capitale pour l`avenir en créant les Forces Républicaines de Côte d`Ivoire( FRCI). Il fallait en effet constituer une organisation militaire légitime sur laquelle s`appuyer car toute coopération avec les Forces Nouvelles était délicate pour la communauté Internationale. Cette décision marquait une nouvelle ère.

De son côté Guillaume Soro a condamné sans réserve le comportement de Laurent Gbagbo qui cherchait à inverser les résultats par le truchement de la Cour Constitutionnelle et en se rangeant derrière le Président élu il donnait un avertissement supplémentaire à Laurent Gbagbo.

Le Président du Faso a considéré que sa mission ne serait pleinement remplie que lorsque la volonté des urnes se serait traduite dans les faits et lorsque le Président fantoche céderait la place au Président légitime. Pour cela, il fut appuyé sans réserve par la CEDEAO et plus particulièrement par les Présidents Goodluck Jonathan et Maitre Abdoulaye Wade.

L`action fut immédiate. Il fallait priver Laurent Gbagbo désormais illégale d`un accès à des ressources financières, les mesures du Conseil de Sécurité de l`ONU y contribuaient déjà, mais le coup de grâce fut porté par la décision de l`UEMOA de ne plus reconnaitre la signature de Laurent Gbagbo. Ce fut un coup très dur que la fermeture des banques accentua et que les velléités aberrantes de création d`une monnaie ivoirienne viennent encore souligner. La décision de démettre de ses fonctions le Président de la BCEAO, Monsieur Dakoury Tabley fut prise à Bamako par les chefs d`Etat le 22 Janvier 2011 à l`occasion du sommet de l`UEMOA.L`homme en effet avait refusé d`appliquer les sanctions décidées par le Conseil des Ministres des Finances ,tenu en Guinée Bissau,et qui avait pour but d`annuler la signature de Laurent Gbagbo.

La situation devenait chaque jour un peu plus dramatique. Le caractère sacré de la vie avait disparu. Laurent Gbagbo faisait tirer sur des femmes désarmées dont le seul tort était de défiler pacifiquement. La nuit venue ses milices et celles de Charles Blé Goudé partaient à l`assaut pour tuer, violer, détruire, voler. Le désordre annonçait un désastre humanitaire imminent aux relents de crimes contre l`humanité.

Le risque d`enlisement était inacceptable. Laurent Gbagbo avait " distribué " tellement d`armes et d`argent que ses relais étaient multiples et tout était à craindre. Des voix autorisées ont commencé à s`exprimer pour suggérer des solutions insensées comme le partage de la Côte d`Ivoire entre le Nord et le Sud évoqué un temps par Axel Poniatowski, Président de la Commission des Affaires Etrangères de l`Assemblée Nationale Française. La déstructuration du pays pouvait donc être envisagée par certains comme un fait naturel. Des relais pouvaient à tout moment jouer des partitions égarées, mais heureusement certains hommes, comme le Secrétaire Général de l`ONU , Monsieur Ban Ki-moon et son représentant en Côte d`Ivoire Monsieur Young-Jin Choi , n`ont pas relâché la pression ni ménagé leurs efforts pour garder le cap car l`adversaire était prêt à tout, il avait préparé ses arrières et avait des moyens de destruction inimaginables.

La confusion régnait et l`on doit se louer que dans cet imbroglio accentué par les violences quotidiennes ,l`action des chefs d`Etat de la sous région ait été constante et immuable.

Jusqu`au dernier moment, les chefs d`Etat ont multiplié les tentatives pour ramener Gbagbo à la raison. Le dernier assaut pour faire prévaloir la raison impliquait toutes les zones d`influence africaine. La réunion des chefs d`Etat de l`Afrique du Sud, de la Tanzanie, du Nigeria, de la Mauritanie et du Burkina auraient dû ouvrir les yeux de Gbagbo. Le monde entier avait les yeux rivés sur la Côte d`Ivoire et l`unanimité ne permettait plus d`attendre pour sauver des vies de ce qui était devenu la folie meurtrière d`un homme. Cette commission avait pour objectif d`annoncer à Gbagbo que des mesures contraignantes seraient prises s`il n`acceptait pas de céder la place au Président élu et reconnu par l`Union Africaine. Gbagbo une nouvelle fois rejeta les résolutions de l`Union Africaine. Il fermait de ce fait la porte à toute négociation ultérieure pour son départ du pouvoir. L`usage de la force devenait légitime. Pourtant une dernière tentative fut faite à la demande du Président sud africain Jacob Zuma ,il a demandé au Président Compaoré de tenter de convaincre Laurent Gbagbo de quitter le pouvoir. Le Président Blaise Compaoré a pris l`initiative d`appeler l`homme en le priant une dernière fois de se ressaisir et de quitter le pouvoir. Après s`être concerté avec sa première épouse Simone , ses conseillers ainsi que les pasteurs qui l`entouraient, il a une nouvelle fois exprimé une fin de non recevoir.

Il est par ailleurs impossible de ne pas condamner Laurent Gbagbo pour les détournements financiers considérables dont il s`est rendu coupable. Il est effrayant de constater que la cupidité n`avait pas de limites lorsque les capitaux ont continué à disparaitre sans justification au plus fort de la guerre.

Durant cette période, Laurent Gbagbo qui avait mûri longuement son affaire a fait appel à des mercenaires, notamment libériens, il se savait perdu et ne craignait pas d`affecter toute la sous région d`une folie meurtrière. Avec le temps son ressentiment à l`égard du Président du Faso ne cesse de croître. Il le rend responsable de sa chute annoncée, car il sait que ses jours sont comptés et le choix d`une politique de destruction massive ne lui donne pas d`états d`âme. Au contraire il cherche à provoquer des chocs en retour pour déstabiliser celui qui a refusé les compromissions, il finance des mouvements calculés de contestation qui doivent déstabiliser le Burkina Faso.

Durant cette crise certaines élites africaines se sont parfois rangées derrières les positions de Laurent Gbagbo au motif que l`Occident soutenait militairement Alassane Ouattara et que c`était inacceptable. Il ne faut jamais se tromper d`adversaire. Les chemins qu`empruntent les combats doivent être respectables et non pas tyranniques. Les principes s`imposent toujours par leur nature. Le combat pour la Justice et le respect des élections en Côte d`Ivoire était d`abord celui des ivoiriens. Les massacres perpétrés par les milices organisées de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé ne faisaient pas dans la dentelle. Il fallait agir. Il fallait que soufflent les forces et l`esprit de liberté et de justice.

De grands intellectuels comme Pierre Sané, ancien Président d`Amnesty International et ancien Directeur Adjoint de l`UNESCO se sont rangés derrière Laurent Gbagbo, appelant à le soutenir, au mépris du droit et de l`évidence. A leurs yeux Gbagbo était devenu le symbole du nationalisme africain et son combat était presqu`un combat souverain.

Il faut dénoncer et condamner cette vision égarée, surtout lorsqu`on observe que dans le même temps, les meilleurs soutiens du tyran étaient les multinationales qui n`ont d`état d`âme que ceux de leurs intérêts ! Le divorce des mots et des actes est inadmissible quand il y a mort d`homme et tromperie constante. Les cautions des élites étaient de nature à accentuer le sentiment de confusion.

Lorsque les élites rejettent les élections, acceptent l`ethnocentrisme elles perdent leur âme et c`est inacceptable .Gbagbo était un mystificateur et non l`incarnation du panafricanisme et de l`anti-impérialisme.

Il faut reconnaitre que la Chambre de Commerce Ivoirienne a toujours gardé une conscience claire des réalités. En revanche il sera souhaitable à l`avenir que les multinationales s`interrogent sur leur devoir d`Etat et intègrent l`éthique dans leur action.

Et c`est pourquoi, maintenant le calme doit revenir, alors que l`investiture du nouveau Président intervient. Les blessures sont cruelles, les morts trop nombreuses. Il n`est pas possible de les passer sous silence et Laurent Gbagbo doit être jugé.

Mais il doit être jugé de préférence en Côte d`Ivoire. Il n`est pas souhaitable que l`Afrique voit ses fils jugés à la Haye. La Cour Pénale Internationale ne nous apporte pas les progrès juridiques et humains dont de tels procès seraient porteurs, s`ils se tenaient sur le sol du continent, et cela est possible.

Certains "médiateurs" comme Raïla Odinga se sont égarés. Après avoir constaté les crimes commis, le premier ministre Kenyan, a déclaré qu`il n`était pas nécessaire de juger Gbagbo, son départ suffisait. Ceci n`est pas acceptable. Les morts et la réconciliation nationale exigent un procès.

Le lundi 16 mai dernier, le Président Alassane Ouattara s`est rendu à Ouagadougou pour exprimer sa reconnaissance au Président Compaoré pour le rôle qu`il a joué dans la résolution de la crise ivoirienne. C`est un acte majeur auquel chacun doit être sensible. Sans la détermination du Président Blaise Compaoré, son action constante aussi bien en conclave qu`au vu et au su de tous, il est probable que le Président Alassane Ouattara ne serait pas au poste qui est le sien aujourd`hui. Liés par l`Histoire, les deux pays le sont désormais par un présent commun. La Côte d`Ivoire est un poids lourd économique de la sous région. Pour les pays de l`Hinterland en général et le Faso en particulier le port d`Abidjan demeure un partenaire stratégique. L`axe Abidjan- Ouagadougou sera la cheville ouvrière du développement du pays et il rejaillira sur l`ensemble économique de la CEDEAO. La crise régionale avait amplifié pour le Burkina Faso, les effets négatifs de la crise mondiale avec des conséquences humaines insupportables. Il faut y remédier.

" Il n`est de vent favorable que pour celui qui sait où il va " écrivait Sénèque et la construction et le renforcement de l`axe Abidjan -Ouagadougou tous azimuts sera une donnée constante de la politique burkinabè.. Le rôle du Président Compaoré s`est toujours inscrit dans cette perspective qui constitue un fondement économique majeur du développement.

Les relations économiques doivent s`exprimer demain dans un paysage apaisé, elles exigent des infrastructures, des cadres institutionnels forts et des règles de gouvernance et de rapports inter états établis .

Le Président Obama, dans son discours d`Accra, a exposé quelques principes qui doivent nous guider. Les hommes meurent et remplissent les cimetières tandis que les institutions, fortes et respectées, permettent l`épanouissement quotidien de chacun.

Qu`il me soit permis ici de rappeler à la Communauté Internationale le rôle essentiel joué par le Faso dans ce combat pour la démocratie. Le prix payé est lourd pour le pays. Le renchérissement des produits de base est insupportable dans un pays enclavé et dépourvu de richesses naturelles. Les difficultés récentes en apportent une démonstration. La Communauté Internationale doit prendre en compte ces réalités pour renforcer son action au Faso un pays dont chacun reconnait les avancées.

La commission mise en place sous l`autorité du Premier Ministre Charles Konan Banny qui va rechercher la vérité dans une optique de réconciliation dit bien les objectifs du Président Ouattara .C`est une politique de concorde qui insufflera le développement pour tous et permettra l`épanouissement général dans le cadre d`une intégration régionale réussie. La messe est dite, il faut songer aux hommes.

Filippe SAVADOGO

Ancien Ministre

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