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Politique

Investiture d’Alassane Ouattara demain - La mort de la bombe identitaire ?
Publié le vendredi 20 mai 2011   |  Nord-Sud




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La fête qui va entourer l’investiture d’Alassane Ouattara, demain à Yamoussoukro, est sans doute la symbolique du désir ardent des Ivoiriens de tourner la page d’un mal pernicieux qui les aura rongés, 17 ans durant.


L’investiture demain, d’Alassane Ouattara, comme président de la République, ne sera pas seulement la consécration du parcours politique d’un homme. Elle sera bien plus. Cette cérémonie qui sera rehaussée par la présence d’une vingtaine de chefs d’Etat, sera également celle de la réhabilitation de ces millions d’Ivoiriens qui étaient sur le point de devenir apatrides sur leur terre natale.
En effet, la carrière politique du Premier ministre de Félix Houphouet-Boigny, se confond depuis 1994 avec la question identitaire, qui traumatise une grande partie de ses concitoyens. Cela, depuis qu’il est apparu comme un redoutable adversaire aux yeux de l’establishment du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci-Rda).
Dès son départ de la primature, ses adversaires ont cherché à empêcher son retour. Malheureusement, ils utiliseront le facteur ethnique pour arriver à leurs fins. Apeurés qu’ils étaient d’affronter dans les urnes la déferlante d’électeurs d’origine nordiste ou immigrée.
L’on peut rappeler que dès le retour du pays au multipartisme, le front populaire ivoirien(Fpi) de Laurent Gbagbo s’est positionné comme le parti qui défend les autochtones. Ce n’est pas un hasard si ce parti s’est attaqué très vite au vote des ressortissants de la Cedeao. Le virus identitaire ne quittera plus la pratique politique. La chasse à courre contre Ouattara sera alors synonyme de chasse à son électorat supposé. Le délit de patronyme sera érigé en règle de gouvernance. Une partie des Ivoiriens découvre alors qu’elle n’a pas à avoir les mêmes droits que l’autre parce que pas pure, selon les thèses officielles d’alors. Ouattara est lui frappé d’extranéité et affublé de la nationalité burkinabé, malgré ses origines kongoises (Nord de la Côte d’Ivoire).
Cette dérive identitaire qui commence en 1994, va s’accélérer avec la création du Rassemblement des républicains, un parti politique qui se réclame de l’ancien Premier ministre. Surtout que ce parti créé par Djeni Kobenan demande clairement à Ouattara de défendre ses couleurs pour la présidentielle de 1995.
Le Rdr qui apparaît comme le parti de ceux qui subissent la répression identitaire sera aussi attaqué par le pouvoir.
Le mentor de ce parti centriste cristallisera alors les espoirs de tous ces citoyens marginalisés. La carte de séjour créée temporairement par Ouattara pour renflouer les caisses de l’Etat finira par se retourner contre les ressortissants de la sous-région, de plus en plus persécutés. Et, comme il fallait s’y attendre, des conflits finissent par embrasser une partie de la zone forestière, avec une chasse aux burkinabè.
La carte d’identité divisait désormais les Ivoiriens. Ceux qui avaient un patronyme du Nord la perdaient aux barrages. Sans explications. Pour établir la carte dite verte, c’était la croix et la bannière.
La situation a été bien décrite par le socialiste belge Bénoît Schueur, dans un documentaire au titre évocateur : « Côte d’Ivoire, la bombe identitaire ».
D’une certaine manière, en luttant pour devenir candidat à la présidentielle, Ouattara portait aussi le flambeau de ces millions d’Ivoiriens qui revendiquaient leur place dans la nation.
Même quand il traversait des moments de doute, il était rattrapé par ce destin. Il ne faut pas oublier qu’en 2002, la rébellion qui a occupé la moitié nord du pays, revendiquait aussi la fin de la catégorisation des citoyens.
Pour les victimes de l’Ivoirité, la victoire de Ouattara est aussi la leur.
Si l’opposant Alassane Ouattara a cristallisé la division des Ivoiriens, le président lui détient désormais les cartes de leur réconciliation.
Quel destin !

Inspiré par Mandela
Interviewé le 12 mai dernier par RFI, Michel Camdessus, ancien directeur général du Fonds monétaire international (Fmi) n’a pas hésité à comparer son ancien adjoint, Alassane Ouattara, à l’icône sud-africaine, Nelson Mandela. M. Camdessus n’y est certainement pas allé trop fort puisque le concerné lui-même a déclaré, à plusieurs reprises, que son modèle en politique, était le fondateur du Congrès national africain (Anc). Non seulement, il s’est gardé de répliquer aux nombreux coups reçus par lui et tous ceux qui ont souffert le martyre à cause de lui, bien plus, il s’est présenté en chantre de la réconciliation. Tout au long de la campagne électorale, il a déclaré avoir pardonné toutes les offenses subies.
Le symbole de ce pardon est incontestablement le ‘’Vivre ensemble’’ qui est le slogan de son parti, le Rdr. Un vivre ensemble qu’il a prêché aux Ivoiriens, durant la campagne pour la présidentielle. D’ailleurs, avant cette échéance, le 18 mai 2005, il a pris les-devants d’une initiative de réconciliation avec Henri Konan Bédié, son grand rival d’alors. Une initiative heureuse qui démontre que le ‘’Vivre ensemble’’ peut déplacer des montagnes.
Ce qui a permis au Rhdp, de gagner à la présidentielle peut donc permettre à la Côte d’Ivoire de gagner la bataille de la construction d’une nation soudée. La mise en place d’une commission ‘’Dialogue, vérité et réconciliation’’, est un premier pas dans la bonne direction. A condition que ceux qui se sont trompés reconnaissent leurs erreurs dans la sincérité. Seulement alors, l’Ivoirité qui a fait tant de mal mourra de sa plus belle mort. Amen.

Marc Dossa

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