Accueil    Shopping    Sports    Business    News    Annonces    Cuisine    Nécrologie    Publicité
class=logo NEWS



Comment

Dernières dépêches



Politique

Interview / Dr Adolphe Saraka (Membre du Bureau politique du Pdci) formel : "Le Pdci-Rda n’a pas voté Ouattara"
Publié le lundi 30 mai 2011   |  Soir Info




Vos outils
height=28

PARTAGEZ


Dr Adolphe Konan Saraka est membre du Bureau politique du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci) et ex-député maire de Béoumi. Dans cette interview, il revient sur la dernière présidentielle en Côte d’Ivoire et critique, de façon acerbe, son parti.


Dr Adolphe Konan Saraka, au premier tour de l’élection présidentielle, vous vous êtes investi dans la campagne du candidat Bédié à Vavoua commune et à Béoumi, mais pourquoi votre candidat n’a pas gagné ?
Adolphe Konan Saraka : La Direction de campagne du Pdci-Rda doit faire son autocritique, assumer dignement sa responsabilité et tirer les leçons de son échec cuisant. Du rang de premier parti politique, le vieil homme est relégué au rang de troisième parti politique de Côte d’Ivoire. A l’analyse, nous constatons une organisation subtilement coupable de la direction de campagne et un manque d’enthousiasme des gestionnaires de la campagne. Mais pire, l’électorat du Pdci n’a pas voté son candidat. Il est important de le souligner et de le répéter. Ce n’est que seulement les Baoulé qui ont voté Bédié et lui seul. C’est malheureux, mais c’est cela la réalité. Sans le peuple Baoulé, le président Bédié aurait subi une autre grande humiliation inutile. Cette donnée est importante pour permettre au président Bédié de revenir à la réalité cruelle du terrain politique actuel. Même ses beaux- parents pour lesquels il s’est souvent investi en y promouvant beaucoup de cadres l’ont abandonné.
Il nous est revenu qu’au deuxième tour de cette élection, vous vous êtes encore plus investi dans la campagne du candidat Ouattara dans les villages et campements baoulé à Vavoua, San Pedro, Duékoué et Béoumi pour le faire gagner. Quels commentaires faites-vous de son arrivée au pouvoir?
A.K.S : Vous êtes bien informé, car j’ai parcouru beaucoup de hameaux et campements baoulé pour mobiliser mes parents afin de les persuader du bien- fondé du vote en faveur du candidat Ouattara. Je l’ai fait à Vavoua au nom de l’Association des cadres du grand centre, mais à Globonou Dan (San Pédro), Duékoué et Béoumi. Et il s’agit d’une initiative personnelle. Je suis donc très heureux d’avoir contribué fortement à sa victoire. La nuance est que j’ai le triomphe modeste à cause de la suite malheureuse des évènements. Dieu merci nous sommes arrivés au bout du rouleau.

Pourquoi la collaboration n’a pas été facile à Béoumi entre vous, Directeur départemental de campagne adjoint (Ddca) et votre Directeur départemental de campagne (Ddc), Bandama N’Gatta?
A.K.S : Quand votre Directeur départemental de campagne (Ddc) vous dit qu’il ne se reconnaît pas dans le Rhdp, qu’il préfère le candidat adverse de Lmp à celui du Rhdp pour qui vous vous battez, qu’il ne se rend nulle part pour battre campagne pour votre candidat et que le Ddc adverse de Lmp convoque les notabilités de votre localité pour leur dire qu’il est en phase avec votre Ddc sans que celui-ci ne réagisse, alors il y a de quoi s’inquiéter et ne pas cautionner un tel comportement. En effet, comment peut-on accepter qu’un Ddc rame à contre courant ? Malheureusement, malgré les duplicités, ce n’est pas le mérite qui est souvent récompensé.

Etes-vous d’avis avec ceux qui soutiennent que c’est grâce au Pdci qu’Alassane Ouattara est arrivé au pouvoir ?
A.K.S : Sur cette question, je réponds catégoriquement non ! Car, je reste convaincu que le Pdci-Rda n’a pas soutenu au premier tour Bédié qui est son propre candidat. C’est dommage mais, c’est cela la triste réalité. Au deuxième tour, le Pdci-Rda n’a pas, une fois encore, suivi les consignes de vote de Bédié en faveur d’Alassane Ouattara.

Soyez plus explicite ?
A.K.S : Le Pdci-Rda n’a pas voté Ouattara, ce sont les Baoulé et quelques exceptions qui ont suivi les consignes de vote de Bédié. Il ne faut donc pas confondre l’électorat baoulé et celui du Pdci-Rda. Les Baoulé ont été fidèles à leur fils qui est Bédié. Il est honteux de voir aujourd’hui beaucoup de ‘’ouattaraphobes’’ se bomber la poitrine et se prendre plus ‘’ouattaraphiles’’ que ceux qui le soutiennent depuis des années. Leur esprit n’est d’ailleurs plus au Pdci-Rda et ils se promènent avec leur curriculum vitae sous les aisselles en quête de ce qu’ils ne méritent pas.

Vous affirmez donc que ce sont pas les Baoulé principalement qui ont fait gagner M. Ouattara ?
A.K.S : Cela crève les yeux. Les Baoulé ont effectivement soutenu l’appel de Bédié. Il faut reconnaître que les Baoulé ont été sensibles à l’appel de Bédié après les années de dures souffrances qu’ils ont endurées sous les refondateurs au cours desquelles ils ont été exclus de tout. Il est donc bon de reconnaitre qu’en vertu de l’alliance ancienne tissée entre le patriarche Gbon Coulibaly et le président Houphouët-Boigny, le peuple baoulé a soutenu dans sa quasi-totalité le candidat Ouattara.

Vous êtes Prince du royaume Baoulé puisque descendant du Prince Abraha Akpo, frère cadet de la reine Abraha Pokou. Quel a été, selon vous, le rôle de l’Association des cadres du Grand Centre au cours de la campagne du second tour ?
A.K.S : L’Association des cadres du grand centre est une structure informelle du Pdci-Rda qui, voyant que la campagne du président Bédié était mal menée, s’est investie à l’ouest pour mobiliser l’électorat baoulé. Mais cette population baoulé des forêts reste marginale par rapport à la grande population baoulé. Trois faits importants sont à noter. Le premier est le refus des notabilités baoulé aux notabilités Agni qui ont demandé de voter pour le candidat de Lmp. C’était au cours d’une rencontre qui a eu lieu à l’hôtel Président de Yamoussoukro. Le deuxième a eu lieu le 15 novembre 2010 à Yamoussoukro où les chefs baoulé ont fait le serment sur le tombeau de Félix Houphouët-Boigny de voter pour le candidat Alassane Ouattara dit Allah Gnissan. Enfin, le troisième c’est à Sakassou où les notabilités Baoulé, par la voix du Prince Abraha Akpo III, ont signifié de vive voix à Laurent Gbagbo lui-même, qu’ils ne pouvaient pas donner de consignes de vote en sa faveur car le chef Baoulé se doit d’être neutre. Il s’agissait-là d’une décision courageuse qui est manifestement un refus subtile et poli. En effet, une décision contraire de nos chefs baoulé aurait fortement perturbé cet électorat et compromis la victoire d’Alassane Ouattara. Cette décision courageuse et capitale est à l’actif des dignitaires baoulé qu’il convient de rappeler et saluer souvent. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il ne faut pas frustrer les chefs baoulé et les populations baoulé.
Si selon vous, ce sont les Baoulé qui ont permis l’arrivée d’Alassane Ouattara au pouvoir, que doit donc attendre ce peuple de lui ?
A.K.S : Les Baoulé sont des hommes de parole, dignes et honorables. Ils ne sont donc demandeurs. Toutefois, dans une alliance politique, un juste retour du témoin est révélateur des prémices d’un bon accompagnement ou d’une bonne alliance. C’est pourquoi, le président Ouattara doit veiller à des nominations équilibrées et harmonieuses afin d’éviter des concentrations géographiquement localisées qui risquent de frustrer les Baoulé. Il ne sert à rien de retrouver les hauts cadres de l’Etat, originaires de la même région.

Comment réagissez-vous au fait que la Primature continue d’être occupée par Soro Guillaume, alors que le président Ouattara l’a promise à votre parti, le Pdci ?
A.K.S : Pour l’instant, le choix de M. Soro en cette période sensible et délicate est compréhensible et justifié. Aussi, est-il bon de reconnaître que l’électorat du Pdci, par son comportement ethnique, a affaibli le parti. En effet, presque la quasi-totalité des autres peuples ou groupes ethniques, pourtant militants du Pdci-Rda, ont voté pour le candidat de Lmp et se sont détournés du candidat de leur parti au premier tour et de celui du Rhdp au deuxième tour. Ce n’est que le « V Baoulé » qui s’est mobilisé pour soutenir Bédié et par la suite, faire élire Alassane Ouattara. Tout le monde se rend compte aujourd’hui de l’importance du peuple baoulé qui, s’il n’est pas roi, est faiseur de roi. En réalité, c’est donc l’électorat baoulé qui est fondé à prétendre à la Primature, mais pas le Pdci-Rda, ce qui est totalement différent, même en période de réconciliation nationale.

Pourquoi vous êtes aussi dur avec le Pdci-Rda, votre parti ?
A.K.S : Les temps ont changé et la direction du Pdci ne semble toujours pas voir que le chronomètre a beaucoup tourné. Je ne suis pas dur avec le Pdci mais, qui aime bien châtie bien. Pour prétendre à des postes politiques importants, il faut être un homme de valeur mais, cela ne suffit pas si on n’est pas un homme de terrain et de résultats. On doit être compétent, populaire et capable de mobiliser pour la victoire de son parti. Malheureusement, beaucoup sont des inconnus notoires dans leurs zones et ils viennent chercher des postes politiques pour se donner une popularité. En réalité, la promotion politique devrait être pour un militant, la consécration ou la reconnaissance du mérite en faveur du travail constant et bien accompli.

Réalisée par SYLLA A.

LIENS PROMOTIONNELS