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Société Publié le mardi 31 mai 2011 | L’intelligent d’Abidjan

Interview / Madou, artiste-chanteuse : ‘’Il faut le pardon et la tolérance pour que vive la Côte d’Ivoire’’

Avant de nous accorder cette interview, la Béninoise Madou, de son vrai nom, Isbath Jinadou nous convie avec enthousiasme à partager un repas. Au menu, du riz gras accompagné de quelques délicieuses darnes d’avocats. Ses anecdotes comiques, sa finesse et son élégance achèvent de convaincre sur ses talents d’ancienne actrice, de mannequin et sa grande hospitalité. Sur les thèmes réconciliation nationale, du rôle des artistes, etc. Madou invite au pardon et à un nouveau contrat social entre Ivoiriens.
Madou, artiste ivoirienne ou béninoise. Quelle formulation vous sied exactement ?
Je suis Isbath Jinadou alias Madou. Je suis artiste de la chanson. Je suis de nationalité béninoise et ivoirienne par alliance. Je suis une panafricaniste car mon pays c’est l’Afrique. La Côte d’Ivoire est ma deuxième patrie. Elle m’a tant donné.

Pourquoi ‘’Madou’’ au lieu de Jinadou ou Nadou ?
C’est un nom composé. J’ai pris mon nom de famille Jinadou ; mon petit nom (Amonkpé qui veut dire en yorouba nous savons que....). Sans oublier mon prénom qui est ‘’Isbath’’. J’ai tout formé. Les gens pensent que c’est un nom ivoirien.

Pourquoi l’artiste Madou n’a pas quitté la Côte d’Ivoire alors qu’elle aurait pu le faire ; comment avez-vous vécu la crise postélectorale ?
Ça été très dur. J’ai vécu la crise postélectorale sur tous les plans. Je rends grâce à Dieu parce qu’on dit que tout ce que Dieu fait est bon. Je demande que la réconciliation soit. Le pardon, il est divin. Que Dieu nous inspire à ce qu’on se pardonne. Car, on ne peut pas rendre le mal par le mal. La seule chose qu’il faut c’est le pardon et la tolérance pour que vive la Côte d’Ivoire, pour que vive l’Afrique. C’est vrai que j’ai eu toutes les propositions pour partir de la Côte d’Ivoire. Mais c’est par amour pour les Ivoiriens, l’amour que j’ai pour ce peuple qui m’a tant donné que je suis restée. Alors nous avons beaucoup prié pour que la Côte d’Ivoire retrouve le calme et ça commence à aller.

Qu’est-ce qui vous a marqué dans cette grave crise ivoirienne?
J’ai particulièrement vécu la crise parce que le 19 septembre 2002 était le jour de mon mariage. Ça me donne les larmes aux yeux. La Côte d’Ivoire que j’ai connue est différente de celle d’aujourd’hui. Grâce à mon mari, j’ai découvert ce pays. Après le 19 septembre 2002, il y a eu pas mal de choses. Aujourd’hui, j’ai mal. Cette crise, je l’ai vécue et très mal vécue. Je souhaite maintenant la paix. Que Dieu touche les cœurs des Ivoiriens afin qu’on se pardonne et que ce pays innove. Pour que vive l’Afrique aussi.

Après la crise postélectorale, quel doit être, selon vous, le rôle des artistes ivoiriens ?
Je ne juge pas les artistes. Chacun se bat pour son ventre. Il y a eu les élections au Bénin, je n’y suis pas allée chanter bien que j’ai été invitée. Je pouvais aller chanter sans battre campagne. Mon métier est de chanter et non faire la politique. Les artistes doivent prôner la réconciliation et la paix. Ils donnent la joie de vivre. Les fans qui achètent leurs albums ne sont pas forcément militants d’un parti politique. Chanter est un devoir pour un artiste mais véhiculer un message est noble. Il peut animer un meeting d’un parti politique mais, supporter ouvertement un parti, n’est selon moi pas conseillé. Mon parti à moi c’est mon pays et c'est mon choix.

Le 29 mai a été la commémoration de la fête des mères dans le monde. Quel message avez-vous pour toutes les mamans de Côte d’Ivoire ?
En tant que mère, je dirai merci à Dieu. Je demanderai à toutes les mères du monde de prier pour que la paix règne. En Côte d’Ivoire, je demanderai aux mamans de parler à leurs enfants, de leur dire qu’il faut vraiment qu’on se pardonne. Il faut qu’on aille à la réconciliation. Vous savez, la mère est sacrée. Quand elle dit ça se réalise. Je demande beaucoup de prières venant des mamans. Cette crise a été très pénible pour les mamans. C’est vrai qu’il y a eu beaucoup de morts d'enfants ; d’hommes, de mères, de jeunes filles, mais aussi beaucoup de jeunes hommes. Ces jeunes hommes sont les époux de nos filles. Je me demande comment les futures mères vont s’y prendre. Parce que beaucoup de jeunes filles risquent de ne pas avoir de maris.

Vous êtes femme au foyer. Comment arrivez-vous à gérer votre vie de famille ?
Je suis dans mon foyer et ce n’est pas facile de concilier la vie de l’art et celle de la femme au foyer mais il faut la volonté. Cela fait quinze ans que je vis avec mon mari. Et, je prie Dieu de vieillir avec lui parce que ce n’est pas facile. Choisir de chanter et choisir une vie de famille, ce n’est vraiment pas facile. Il faut vraiment vouloir et moi je le veux. Je l’ai d’ailleurs chanté dans une chanson.

Qu’est-ce qui s’est passé quand vous avez décidé de venir en Côte d’Ivoire ?
Au départ, les parents n’ont vraiment pas compris. Ils ont fini par accepter mon choix. Et comme mon mari était quelqu’un de très correct, les parents lui ont fait confiance. C’est très délicat parce que ce n’est pas facile. Mais, il faut savoir gérer. La femme au foyer doit se soumettre et respecter sa belle famille. Il faut aussi respecter les consignes de son mari et vice versa. C’est à ce prix qu’on aura la paix du cœur. Surtout, il faut avoir la crainte de Dieu. J’ai la chance d’avoir un mari très compréhensif et ma belle famille est très gentille avec moi.

Comment s’est faite votre rencontre avec la musique ?
Je l’ai commencé, à l’école au CEG Gbégamey. Il y avait eu un test dans les activités de l’école. Il fallait choisir entre le basket et la musique. J’avais commencé le basket et je me suis essayée à la musique. Quand j’ai été sélectionnée, j’ai commencé par danser pour les artistes qui venaient prester au Bénin, tout en allant à l’école. Réellement, j’ai commencé par la danse. Et puis, au fur et à mesure, j’ai intégré les orchestres. Je me suis forgée sur le tas. J’ai fait aussi le cinéma et le mannequinat. Après, je me suis dit : je chante et je danse pour les autres. Je souhaiterais que les autres dansent pour moi. La première fois que j’ai pris le micro, c’était au Gabon avec l’orchestre Poli Rythmo. En 1996, une chanson que j’ai composée pour les élections alors très tendues au Bénin m’a permis d’avoir le ‘’Prix de la paix’’. C’est à partir de là que j’ai choisi de rentrer en plein dans la musique.

Quel bilan pouvez-vous établir de 1996 à aujourd’hui ?
Je ne peux pas établir un bilan à cent pour cent. J’ai cinq albums aujourd’hui. Et je prépare un Dvd qui va bientôt sortir en Europe. Je pense que le vrai bilan sera établi si un jour j’arrête de faire la musique. Si j’écris un livre sur ma vie, ce serait le vrai bilan.

En 1996, vous célébrez les noces d’étain de votre carrière musicale. Qu’est-ce qui est à corriger selon vous ?
Beaucoup de choses ! Chanter c’est bien beau. Tout le monde peut chanter. Malheureusement, tout le monde ne peut pas bien chanter, chanter juste. Il y a beaucoup de choses à faire. On ne finit pas d’apprendre. Il faut toujours écouter les gens, surtout ceux qui sont expérimentés même s'ils sont plus jeunes que vous. Ce sont eux qui vous donnent des idées pour l’innovation dans votre carrière musicale.... Malheureusement, des gens ne savent pas ce que c’est que la production et la distribution. Avant, quand on sortait les albums, le distributeur donnait même une avance. Mais, aujourd’hui, c’est l’artiste qui fait tout ! Je souhaite vraiment que tout se calme et qu’on ait de vrais producteurs et distributeurs qui comprennent ce que c’est que le show-biz. C’est-à-dire, le côté show et le côté fric. Et si entre-temps les pirates nous collent la paix…

Justement, la piraterie est le fléau qui gangrène le monde des artistes. Quel commentaire ?
On ne pirate que ce qui est bon, me dira-t-on. Mais, si on pirate un artiste qu’on aime, même une copie simple d’un clip ou d’un DVD ou encore d’une chanson, c’est qu’on n’aime pas cet artiste. Il faut que cet artiste arrive à vous faire rêver. Ce dernier que vous piratez, n’arrivera pas à se soigner, à s’habiller correctement et ne pourra pas se nourrir ou se loger. C’est comme si vous l’aidez à mourir. Quand on aime quelque chose, on le protège. Or, la piraterie est le mal des artistes. Je me demande si on pourra l’éradiquer un jour. Mais je pense qu'il faut une volonté politique pour combattre ce fléau.

On reproche à tort ou à raison aux artistes des pratiques mystiques pour évoluer. Qu’est-ce que vous en savez ?
Bon ! (Rires). Je n’en pratique pas donc je ne sais pas. Mais, franchement, je pense qu’on n’a pas besoin de ça. Etre artiste, c’est un don de Dieu. L’artiste est un visionnaire. La crise ivoirienne a été préméditée par des artistes ivoiriens. Ils ont dit attention à ceci ou à cela. Moi, je ne juge pas. Le problème est qu’il n’y a pas de moyens financiers. Je pense qu’il faut se faire confiance. Si ça ne marche pas, c’est du fait d’une mauvaise organisation, un mauvais coaching autour de nous artistes. Les gens ne sont pas très professionnels en Afrique.

On se quitte…
Je voudrais dire merci à l’équipe de L’Intelligent d’Abidjan. Merci de penser aux artistes. C’est un journal politique, mais vous avez toujours trouvé un espace pour faire un clin d’œil aux artistes. On ne peut que vous dire merci. Donnez des informations d’apaisement pour le peuple ivoirien, pour qu’on retrouve la Côte d’Ivoire que mon feu père a eu la chance de connaître avant ma naissance et ma venue dans ce pays. Parce que dans les années 60, mon père a vécu en Côte d’Ivoire et il m’a tellement parlé en bien de ce pays. Je veux que mes enfants grandissent dans la paix. Je souhaite que L’Intelligent d’Abidjan soit parmi les journaux qui vont toucher le cœur des Ivoiriens pour ne pas qu’ils se haïssent pas. Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire.
Réalisée par Patrick Krou
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