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Charles Blé Goudé, depuis sa cachette : ‘’La réconciliation doit se traduire en actes concrets’’
Publié le mercredi 1 juin 2011   |  L'intelligent d'Abidjan




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*Le président du Cojep, Charles Blé Goudé, parle pour la première fois, depuis sa cachette. Dans cette déclaration, il fait des révélations. Il parle surtout de la réconciliation entre les Ivoiriens eux-mêmes d’abord, puis avec les voisins.

Mes chers compatriotes,
Je suis vivant! Si certains ont souhaité ma disparition physique, d’autres, plus nombreux certainement, aimeraient me voir en vie afin que je puisse participer au débat politique dans notre pays, la Côte d’Ivoire. Dans tous les cas, cette situation m`aura permis d’expérimenter la symbolique des funérailles du vivant dont me parlait souvent mon grand-père. En effet, vivant, j’ai assisté à mes funérailles à plusieurs reprises. Je sais que toutes les tentatives des uns et des autres pour me tuer sinon physiquement, à tout le moins médiatiquement, sont la preuve de l’intérêt qu’ils portent à ma personne et à notre combat. A ceux qui ont jubilé à l’annonce de ma prétendue mort, je souhaite longue vie. La vie humaine est sacrée. Toutes nos croyances ne nous enseignent- elles pas que nul ne doit ni souhaiter ni fêter la mort de son prochain, fût-il son pire ennemi ? Et dire que parmi ceux qui ont jubilé à l’annonce de ma « mort » se trouvent certains individus se targuant d’avoir été mes collaborateurs(?) Je voudrais inviter ces papillons politiques toujours à la recherche du nectar à méditer les paroles suivantes: » ce sont les abeilles qui produisent le miel ». A vous qui, jusqu’ à cette adresse, portiez dans la tristesse et le silence le ‘’deuil’’, soyez rassurés, je suis bel et bien vivant!
Mes chers compatriotes,
Je sais tout ce que nous subissons dans nos quartiers, nos villages, nos campements, nos différents lieux de travail…
Je sais que des villages entiers ont été incendiés, obligeant de nombreuses populations paysannes à trouver refuge en brousse.
Je sais que, invitées à reprendre le service, les forces de l’ordre formées par l’Etat de Côte d’Ivoire sont traquées, humiliées voire assassinées. La dernière trouvaille serait de payer leurs salaires désormais de la main à la main. Du jamais vu!
Je sais que pour échapper à la furie des tortionnaires, de nombreux Ivoiriens sont aujourd’hui refugiés dans des pays voisins sans le moindre sou. Le fait d’avoir battu campagne pour La Majorité Présidentielle (LMP) étant désormais considéré comme un crime dans notre pays, nous continuons de subir des exactions de tout genre.
Chaque jour, d’honnêtes citoyens sont pris en otage. Les plus chanceux sont libérés moyennant une rançon dont le montant varie selon les humeurs de leurs bourreaux. Il ne se passe un seul jour sans que nous ne soyons dépossédés de nos biens. Les véhicules, les appareils électroménagers, les fauteuils sont emportés au nom de la démocratie. Même les casseroles, les verres, les cuillères n`échappent pas à leur appétit. Je sais aussi que certains Ivoiriens, malgré leur appartenance au RHDP, ont vu leurs biens, fruits de plusieurs années de durs labeurs, emportés; d`autres ont même été tués.
Sous le fallacieux prétexte de recherche de caches d’armes, ils tuent, violent et traumatisent impunément.
Mes chers compatriotes,
Voici autant d’actes qui sont en total déphasage avec l’esprit de réconciliation dont notre pays a plus que jamais besoin; réconciliation dont j`avais déjà ouvert les chantiers à travers plusieurs actions pour tenter de réduire la fracture sociale déjà trop profonde. Souvenons-nous de la Caravane de la Paix. En clair, au-delà des slogans, la réconciliation doit se traduire en actes concrets surtout quand l’on sait que le président Gbagbo et plusieurs de ses compagnons sont illégalement incarcérés et isolés dans le nord de la Côte d’Ivoire.
En outre, notre pays, atteint du syndrome de l’allégeance et de la ‘’postophilie’’, enregistre le retour de caméléons politiques qui se vantent d’avoir prédit ce que nous vivons aujourd’hui.
Ces nomades politiques sans conviction accusent aujourd’hui le président Gbagbo de tous les maux d’Israël. Comme vous le savez, chers concitoyens, quelle que soit la virulence d`une épidémie elle ne contamine jamais tout le monde. C’est pourquoi, je voudrais rassurer mes frères Ivoiriens et Africains que dans ce capharnaüm, je demeure lucide.
Mes chers compatriotes,
Dans cette douloureuse épreuve, sachons rester dignes et solidaires. A ce stade de mon propos, je voudrais remercier tous ces Africains et Africaines pour leur soutien à cet autre virage dans l’histoire de notre continent. Point n`est besoin de douter car dans cette montagne de désespoir doit nécessairement se creuser un véritable tunnel d`espérance pour le bonheur des générations futures.
En ce qui concerne les sujets qui engagent la vie et l’avenir de notre pays, la COTE D`IVOIRE, je me prononcerai prochainement.
Je suis vivant!

Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire.
Charles Blé GOUDE.

Encadré
Blé Goudé assume tout ce qu’il a fait

Le leader des jeunes pro-Gbagbo n'aborde pas les questions qui fâchent trop: la légitimité de Ouattara, l'entrée au gouvernement. Blé Goudé parle de son sort, des exactions subies; il a une pensée pour des militants RHDP victimes des forces pro-Ouattara sans citer nommément ces autres militants RHDP victimes passées des forces pro-Gbagbo. De façon générale, Blé Goudé dénonce le camp Ouattara sans jamais le citer nommément, ni faire allusion aux nouvelles autorités, fait un clin d’œil aux FDS comme s'il voulait passer un message, donner un signal. Blé Goudé reste fidèle à son combat, salue l'engagement des Africains et Africaines. Même s’il rappelle sa volonté passée de réconciliation, le leader pro-Gbagbo n'a pas encore mis l’eau dans son vin. Pourquoi une telle posture deux mois environ après la chute de Gbagbo? Une posture qui ne peut pas faciliter le retour au pays et un dialogue avec les autorités du pays? Blé Goudé s'est-il senti marginalisé? A-t-il tenté des amorces de dialogue qui ont été rejetées par le camp Ouattara, comme le dit la rumeur? Blé Goudé a-t-il choisi le meilleur chemin pour se positionner dans une perspective de vie politique démocratique dans le pays? Parle-t-il, parce qu'il se trouve enfin à l’abri en Angola ou en Afrique du Sud? Quid alors des sanctions internationales? Les autorités vont-elles le banaliser et dire qu'il ne représente rien ou bien et essayer de le mettre à la disposition de la justice ? Avant l'adresse de Blé Goudé parue hier sur internet, le président du Cojep s'était vu attribuer déjà deux déclarations appelant à la paix et au dialogue. Sur le terrain, à Yopougon, l'appel n'a pas été entendu. Avant le 11 Avril 2011, la paix et le dialogue pouvaient se faire aux conditions de Laurent Gbagbo. Depuis cette date, elles ne peuvent se faire qu'aux conditions d'Alassane Ouattara. Avec les déclarations qui leur sont attribuées, Laurent Gbagbo et Blé Goudé semblent marquer leur désaccord avec cette réalité. Mais en même temps, en tenant de tels propos, ils se mettent en situation d'assumer pleinement tout ce qui a été fait par eux, ou en leur nom. On ne peut pas continuer d'accuser la France, le camp Ouattara, on ne peut pas penser que Ouattara a tort, n'a pas gagné et refuser d’assumer cela. Laurent Gbagbo et Blé Goudé sont prêts à tout assumer. Le bien qu'ils ont fait comme le mal qu'ils auraient commis. Bon à savoir
CK

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