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Politique Publié le mercredi 27 juillet 2011 | L’Inter

CONSEIL CONSTITUTIONNEL/ Quelle crédibilité après le contentieux électoral ?

© L’Inter Par FN
Conseil constitutionnel: Le Président Ouattara nomme Francis Wodié
Lundi 25 juillet 2011. Abidjan. Palais présidentiel du Plateau. Le chef de l`Etat procède à la nomination du Pr Francis Wodié en qualité de nouveau président du Conseil constitutionnel
Paul Yao N`dré débarqué, c`est désormais Francis Wodié qui prend les rênes du Conseil constitutionnel. L`éminent professeur de droit a été nommé lundi 25 juillet dernier par Alassane Ouattara. Le successeur de Laurent Gbagbo s`est finalement résolu à dégommer le président en exercice, moins de deux ans après sa prise de fonction. Du coup, les partisans de l`ancien régime crient au viol de la loi, le sortant n`ayant pas épuisé ses six années de mandat. On l`aura compris, le limogeage de Yao N`dré, du reste prévisible, est à mettre en rapport avec sa gestion calamiteuse du contentieux électoral ayant opposé l`actuel chef de l`Etat à son prédécesseur. Ce pro-Gbagbo paie donc le prix du jeu trouble auquel il s`est livré au lendemain des résultats du second tour de la présidentielle de 2010. Paul Yao N`dré, on s`en souvient, avait inversé au profit de Laurent Gbagbo, les résultats proclamés par la Commission électorale indépendante (Cei) donnant gagnant Alassane Ouattara. Déclaré président élu, celui-ci sera investi le 4 décembre 2010 par Yao N`dré. Commence alors une longue et tragique crise post-électorale qui a conduit à la récente guerre ayant fait des milliers de morts. Dès la chute du régime Gbagbo, le même Yao est revenu proclamer élu celui qu`il avait déclaré défait cinq mois plus tôt. Par une alchimie juridique dont il a seul le secret, l`agrégé de droit a retourné la situation en faveur du perdant d`hier, qui, au fond, était le vrai vainqueur de ces élections, comme en témoignent les confessions des proches de Gbagbo, dont le président de l`Assemblée nationale, Mamadou Koulibaly. Le 6 mai, devant une assistance médusée, Yao N`dré est revenu sur son arrêt du 3 décembre 2010: il a dépouillé Gbagbo des attributs de président de la République pour habiller Ouattara. Achevant ainsi de jeter le discrédit sur le Conseil constitutionnel, dont les verdicts sont pourtant supposés insusceptibles de recours. Ce tango juridique auquel s`est livré cet expert du droit aura gravement entaché la crédibilité de l`institution. La nomination d`un nouvel homme à sa tête suffit-elle à lui faire retrouver sa crédibilité perdue ? Le prestige intellectuel dont jouit Francis Wodié suffit-il à restaurer cette confiance que les Ivoiriens ont perdue en leur Conseil constitutionnel après sa gestion chaotique du contentieux électoral ? D`ailleurs, le successeur de Yao N`dré est conscient de ce défaut de crédibilité dont souffre l`institution. « S`agissant du Conseil constitutionnel de manière particulière, je dois dire que nous devons nous attacher à lui restituer son honneur et sa crédibilité », s`est-il engagé. C`est assurément un défi herculéen, d`autant que, selon un analyste, « l`image du Conseil constitutionnel s`est brouillée dans la perception que les Ivoiriens s`en font désormais ». En d`autres termes, l`institution reste désormais victime du regard que les Ivoiriens portent sur elle après le tournant mal négocié du contentieux électoral. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, Wodié fera-t-il mieux que Yao N`dré ? Quoique brillant homme de droit, ne va-t-il pas lui aussi succomber au péché de reconnaissance envers celui qui lui a offert cette « récompense politique » ? La nomination de l`ancien président du Parti ivoirien des travailleurs (Pit) est en effet perçue comme une rétribution pour avoir engagé son parti aux côtés du candidat Ouattara au second tour de la présidentielle. C`est donc un allié politique qui se voit bombardé à la tête d`une institution capitale dans le processus électoral. Les mauvaises langues y verront un remake de la méthode Gbagbo, qui y avait parachuté Yao N`dré, son ami et ancien directeur de campagne à Divo. L`allié politique récompensé aura-t-il un devoir d`ingratitude envers son bienfaiteur ? Le fâcheux précédent sous l`ère Yao N`dré incline à la suspicion légitime. Wodié devra donc montrer patte blanche s`il veut faire mentir tous ceux qui persistent à penser que le problème du Conseil constitutionnel, ce sont les hommes qui l`animent; ceux-ci se croyant prisonniers du devoir de reconnaissance envers celui qui les a faits. Pour sa part, Ouattara a laissé entendre lors de sa prestation de serment le 6 mai, qu`il n`attendait pas du président du Conseil constitutionnel qu`il lui soit redevable. Reste que le mode de fonctionnement de l`institution, notamment la nomination de son président par l`exécutif, ne laisse pas à celui-ci une grande marge de manoeuvre. Certes, cette façon de faire est héritée de l`Occident, mais peut-être faut-il revoir la formule si l`on est soucieux de libérer le président du Conseil constitutionnel de la reconnaissance du ventre, qui a biaisé ses précédentes délibérations.

Assane NIADA
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