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Réconciliation nationale : Ouattara tend un piège à Banny
Publié le jeudi 28 juillet 2011   |  Le Temps


A
© Abidjan.net par Emma
A la mémoire des victimes de la crise post-électorale: le Président Alassane Ouattara lance la Journée nationale des Martyrs
Jeudi 12 mai 2011. Abidjan. Palais présidentiel du Plateau. Le chef de l`Etat décrète le 12 mai, Journée nationale des martyrs. Pendant trois jours, du 12 au 14 mai, les drapeaux seront en berne sur toute la Côte d`Ivoire pour marquer le deuil. Photo: le Président Ouattara (D) saluant le président de la Commission vérité-réconciliation, Charles Konan Banny


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En confiant la présidence de la commission nationale de réconciliation nationale à son «collègue» Charles Konan Banny Ouattara semble avoir remis à son collègue un «colis piégé», en rendant lui-même l’objectif impossible à atteindre. En politique, parfois, la meilleure façon de discréditer et frustrer quelqu’un, c’est de lui confier une mission dont l’objectif est impossible à atteindre. C’est apparemment le cas de figure en ce qui concerne la commission de réconciliation nationale dont Ouattara a confié la présidence à Charles Konan Banny, banquier, ex-gouverneur de la Bceao et ex-Premier ministre ivoirien. Son «collègue» donc, en quelque sorte. Les deux ayant eu une certaine similitude de parcours pour entrer en politique. C’est à ce collègue dont certains disent beaucoup de bien que le nouveau tenant du pouvoir a confié la mission de réconcilier les Ivoiriens que la Charte du Nord, la rébellion et la guerre, dont on connaît les commanditaires ont divisé, profondément. En fait, Ouattara, après avoir causé les dégâts qui ont divisé les Ivoiriens et le pays en deux (camps), charge son très cher collègue de faire le ménage. Une fois de plus, le mentor du Rassemblement des républicains va réussir, comme il sait si bien le faire, à faire assumer les conséquences de ses actes à quelqu’un d’autre. Il n’aime pas se salir les mains, on le sait. Aussi, son régime, occupé à humilier la Côte d’Ivoire en quémandant de capitale en capitale et en suppliant la France de payer les fonctionnaires ivoiriens chaque fin de mois, laisse-t-il le soin à l’autre banquier de réparer le désastre qu’il a causé. Hélas, pour la Nation et pour le réconciliateur en chef, l’affaire est vraisemblablement mal engagée. Mais ce n’est pas que la noble idée, a priori, de réconcilier les Ivoiriens, après une si longue crise armée, soit en elle-même une mission impossible à réaliser. Sous d’autres cieux, en Afrique du Sud par exemple, le défi à été relevé par la « commission vérité et réconciliation », après plusieurs décennies d’apartheid. Les Noirs victimes d’une longue ségrégation sanglante et leurs bourreaux Blancs sont parvenus, au terme d’un débat franc et sincère, à vivre enfin en frères. En faisant cesser les injustices, les exactions, les poursuites de tous ordres et les brimades. Et surtout, en libérant Nelson Mandala, dont Ouattara et Banny connaissent bien la carrure et l’histoire. Nous ne faisons pas de la comparaison une raison à notre démarche.
L’exemple de Laurent Gbagbo
Mais Banny ne va probablement pas inventer le concept de la «réconciliation». Les grands axes d’une action de réconciliation dans toute société humaine fonctionnent comme des «fondamentaux» qui posent les prédispositions de chacun à aller sincèrement à la paix. Les Sud-Africains l’ont montré. Ici, Laurent Gbagbo l’a fait, en 2011, à travers la Commission nationale de réconciliation. En mettant notamment fin aux poursuites engagées contre Ouattara par le régime Bédié qui avait lancé contre lui un mandat d’arrêt international dans le cadre de leur guerre sur la «nationalité» du second. Avant de faire revenir le premier de son exil parisien, après le coup d’Etat qui l’a renversé le 24 décembre 1999. Mais que nous propose Ouattara au menu de la réconciliation que Banny doit servir au peuple ivoirien ?
Un contexte qui ne se prête pas…
Laurent Gbagbo, sa famille, ses proches et partisans en prison, en exil, pourchassés, traqués, persécutés, torturés, humiliés, tués, dépouillés de leurs biens et avoirs… Son parti et La majorité présidentielle «interdits» de fait de prendre part aux prochaines élections législatives qui précéderont les scrutins municipal et départemental. Des villages à feu et à sang, pour un simple tee-shirt à l’effigie de Laurent Gbagbo. Des Ivoiriens sous la menace quotidienne des armes. Des soldats soupçonnés d’être des pro-Gbagbo poursuivis et jetés en prison ou retrouvés morts lorsqu’ ils ne sont pas en fuite. Des personnes passées à tabac et séquestrées dans les villes et villages du pays, leurs parents rançonnés. Des innocents abattus à bout portant à la kalache par les «forces pro Ouattara» dites aujourd’hui Frci, des victimes achevées au couteau ou à la machette pour leur sympathie à Laurent Gbagbo. Tous ces disparus dont les familles pleurent. Ces gens sommairement exécutés en silence et loin des regards, dont on ne connaîtra jamais le nombre. Des crimes impunis ! Voilà le décor, le «théâtre des opérations» de Banny. Sous les yeux de Ouattara qui ne fait rien pour apaiser les cœurs. Mais qui promet plutôt le Tpi et la prison à vie au camp Gbagbo. Bref, le contexte que Ouattara crée à dessein, même pour le plus grand négociateur ou réconciliateur à la réconciliation. Un confrère proche du pouvoir faisait bien de se demander : «réconcilier qui avec qui ?». Et comment.
Certainement pas des victimes en prison avec des bourreaux en liberté qui n’ont pas l’intention de les libérer pour aller à la paix. Certainement pas des exilés aux trousses de qui on a lancé Interpol avec ceux qui n’entendent pas cesser de les traquer. Sûrement pas des affamés dont on a gelé les avoirs avec des gens qui se sont partagé le gâteau et les privilèges, et dont la table est par conséquent bien fournie. Sans doute pas des Frci qui tuent et qui rackettent avec leurs victimes de tous les jours.
La vérité affranchira le… réconciliateur en chef
Face à ce sombre tableau que lui offre Ouattara, comment Banny s’y prendra t-il pour réconcilier les Ivoiriens ? Des observateurs pensent que Banny pourrait y arriver en demandant à l’homme qui l’a mis en mission de poser des actes de réconciliation. En disant la vérité à Ouattara. En lui suggérant les pistes à suivre dans le sens de la paix vraie. En lui demandant de donner un signal fort pour ramener la confiance entre Ivoiriens. Il ne suffira probablement pas de dégeler au compte-goutte quelques avoirs et de trôner sur un plateau de télévision pour parler du sujet, en accordant de longues interviews à des relais médiatiques, après avoir occupé pendant une journée la voie publique et dansé avec des grelots sous une bâche. Surtout qu’on vient de réhabiliter et de visiter fièrement la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan qui, dorénavant, est censée n’accueillir que Gbagbo et les siens. Tout un programme pour opprimer la majeure partie de la population qui ne croit pas en Ouattara, au moment où l’on parle de réconciliation. Banny, pour réussir sa noble mission, doit regarder Ouattara droit dans les yeux pour lui exiger de créer les conditions du pardon et de la réconciliation. Mais Banny aura-t-il le courage, devant les dérives dictatoriales du nouveau régime et pour « sa propre sécurité », de demander à Ouattara de mettre fin à la traque du camp de Lmp en commençant par libérer Laurent Gbagbo et ses proches ? That is the question.

K. Kouassi Maurice

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