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Reportage : Lacs de Yamoussoukro, Ce que deviennent les caïmans d’Houphouët-Boigny
Publié le vendredi 23 septembre 2011   |  Soir Info




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On avait prédit le pire pour les caïmans d’Houphouët-Boigny quand ce dernier décédait, il y a 18 ans. Notre équipe de reportage a suivi leurs traces, à Yamoussoukro, dans « les lacs aux caïmans »

Il est 16 h ce mardi 30 août 2011, quand nous arrivons au bord du « Lac aux caïmans » de Yamoussoukro. Au fur et à mesure qu’on avance vers la clôture faite de grilles peintes en vert, on aperçoit nettement des sauriens sortis de l’eau et couchés sur des blocs de granit qui émergent du lac. Ils sont de toutes les tailles et de toutes les formes. On trouve aussi des crocodiles bien qu'on les assimile abusivement aux caïmans vice versa. Les caïmans du « vieux » sont bien là, exposés à la vue de tous ces touristes et visiteurs, venus ce jour-là les admirer ou leur apporter à manger. Certaines bêtes offrent du spectacle en se couchant de tout leur long sur d’autres, sans que celles-ci ne réagissent. L’image est tout simplement saisissante. Une folle envie de voir de plus près ces sauriens s’empare de nous. Mais nous sommes freinés dans notre élan par un homme de petite taille et filiforme. Il veut savoir qui nous sommes avant de nous laisser descendre dans l’étang. D’autant plus qu’il doit pour cela, prendre des dispositions sécuritaires. Nous saurons que c’est le maître des lieux. Dico Toké, c’est son nom, s’occupe depuis 1981 (30 ans) des caïmans du premier président de la République de Côte d’Ivoire. Nous sommes rejoints, quelques minutes après, par Cissé Souleymane. Agé d’une trentaine d’années, l’homme fait, depuis près de 5 ans, ses armes aux côtés de Dico Toké en vue de le remplacer. Le doyen est appelé à faire valoir ses droits à la retraite, à la fin de l’année 2011. Une machette à la main, Dico Toké nous fait signe de le suivre. Devant l’étang, le surveillant principal fait observer que les lacs sont ‘’administrés’’. Comme dans une armée, il y a le chef, les sous-chefs et les subalternes. Dans les trois lacs qui jouxtent la résidence privée du premier président ivoirien, « Commandant », un crocodile pesant plus d’une tonne et mesurant près de 5 mètres, règne en maître. « Vous avez de la chance. Il est sorti aujourd’hui. Regardez sur votre droite. C’est lui là-bas. Il est le plus gros et sa couleur jaune est plus foncée que celle des autres crocodiles. Formulez une prière. Sa sortie, à l’air libre, présage d’un bonheur », se réjouit le surveillant des caïmans. Sans perdre de temps, Dico Toké se met à genoux et se laisse aller à un marmonnement. Une fois sa prière terminée, son visage s’illumine comme s’il venait de parler à un « dieu ». Une joie soudaine le traverse. Il se propose de descendre dans le lac pour ouvrir la gueule de « Commandant », afin de nous faire admirer sa puissante mâchoire et ses crocs. Proposition que nous refusons, de peur d’avoir sa mort sur la conscience. « N’ayez par peur, il a l’habitude de jouer avec les crocodiles. Ce sont ses enfants. Il les attrape pas la queue ou les caresse. Il est très fort, mon patron. Il maîtrise ces bêtes féroces », nous rassure Cissé Souleymane.

Pouvoirs de guérison

Malgré les assurances, nous demandons à Dico Toké de remettre son numéro pour le lendemain. Entre-temps, son attention est attirée par « Capitaine » l’ ‘’administrateur’’ du premier site. Venu attendre le seul repas du jour, le saurien hésite à se mettre en évidence sur la berge. Selon le surveillant principal, « Capitaine » n’a pas le choix. Quand « Commandant » sort de sa tanière après une longue absence, « Capitaine » se doit de se tenir loin du mâle dominant, de peur d’être humilié devant les nombreuses femelles sur lesquelles il exerce un pouvoir de séduction pendant la longue absence du maître des lacs. « Capitaine » n’est pas le seul à adopter cette posture. D’autres mâles baptisés affectueusement Dery, Dardjé et N’Doumbou par Dico Toké, en pôle position pour succéder à « Commandant » et à « Capitaine », observent également une certaine prudence. Ils sortent de l’eau et repartent aussitôt pour éviter tout incident. En effet, ils ne veulent pas connaître le même sort que « Bob le manchot ». A en croire le surveillant des bêtes, le caïman dénommé ainsi a voulu contester l’autorité de « Capitaine ». Mal lui en prit. Il s’est vu couper une patte dans une bagarre. Pendant notre visite des lieux, seules les femelles et « Commandant » sont visibles sur la berge, attendant le repas du jour. Ce mardi 30 août 2011, les sauriens ont attendu longtemps avant de passer à table. La livraison en viande fraîche constituant leur ration journalière ayant accusé du retard. Angoissé par cette situation, Dico Toké fait des va-et-vient devant l’étang tout en parlant aux sauriens. Il est tendu. La preuve, le geste maladroit d’un agent de l’Onuci qui ouvre le portail de l’étang le fait exploser de colère. « Qu’est-ce que vous faites comme ça ? Qui vous a donné l’autorisation de descendre ici ? Remontez immédiatement. Les caïmans ont actuellement faim. Ils peuvent vous dévorer là où vous êtes, en sautant », crie Dico Toké. Et il n’a pas tort. Dotés d’un odorat très développé, les sauriens ne tardent pas à converger vers l’agent de l’Onuci. « Vous avez la chance. Sinon vous auriez servi de nourriture aux crocodiles. Deux personnes ont été dévorées par les sauriens depuis la construction du lac », révèle Cissé Souleymane, qui souligne que le lac contient une centaine de caïmans et de crocodiles. Depuis la mort du président Félix Houphouët-Boigny, c’est le palais de Yamoussoukro qui a la charge des bêtes. Chaque jour, le palais met à la disposition des surveillants 30 Kg de bœuf pour la nourriture des animaux qui se nourrissent aussi des poissons et des tortues contenus dans les 3 sites du lac. Il arrive que des touristes et des visiteurs offrent des poulets pour la consommation des caïmans et des crocodiles. « Malgré cela, il y a des jours où les bêtes mangent leurs propres petits quand la ration journalière n’est pas livrée », explique Dico Toké. Mais une solution a été trouvée à cette situation. Pour éviter un triste sort aux bébés crocodiliens (ordre de gros reptiles comprenant les crocodiles, les alligators et les caïmans) et pour pérenniser ces deux espèces vivant dans le lac, le surveillant et son adjoint les cachent dans des trous tout en prenant le soin de les nourrir auparavant. Sur le plan sanitaire, il n’y a pas grand chose à faire. Selon Dico Toké, les sauriens ne tombent presque jamais malades. Toutefois, quand l’un vient à l'être, il guérit avec l’aide des autres. « Ces bêtes détiennent des pouvoirs de guérison. Depuis 30 ans que je m’occupe des lacs, c’est un seul et vieux caïman qui est mort », révèle le surveillant principal. Il ne se pose donc pas de problème de pérennisation de ces bêtes. Le véritable problème se situe au niveau des moyens. Kéita Sambaly, du service entretien des lacs, fait savoir que ses hommes et lui ont besoin de pirogues pour effectuer des rondes sur les trois sites du lac en vue d’une meilleure prise en charge des sauriens. Il urge donc que les autorités y pensent. Et à Yamoussoukro, on espère que le nouveau pouvoir en place, qui se réclame de la doctrine du « grand baobab » de Yamoussoukro, mettra en place une véritable politique de prise en charge des crocodiliens du « Vieux ». Car le lac aux caïmans, s’il bénéficie d’un bon programme managérial, peut constituer un site touristique d’envergure pour la Côte d’Ivoire.

Encadré 1

L’histoire d’un cadeau très spécial

Les premiers crocodiliens, des caïmans principalement, ont été, selon Dico Toké, offerts au président Félix Houphouët-Boigny, en 1967, par Modibo Kéita, l’ancien chef malien. Certains, et particulièrement les crocodiles, ont été acquis par le « Vieux » dans la région de Touba. D’autres proviennent des rivières ivoiriennes. Aujourd’hui, plus d’une centaine de caïmans et de crocodiles vivent dans deux des lacs sur les trois qui jouxtent la résidence privée du premier président de la République de Côte d’Ivoire. Sur cette centaine de sauriens, on dénombre, au dire de Kéita Sambaly, très peu de crocodiles. De plus, ce sont les bêtes vivant dans ces deux lacs qui bénéficient de l’assistance du Palais. Pour leur alimentation, elles ont droit à 30 kg de viande de bœuf par jour. Elles reçoivent cette ration journalière chaque jour à 17 heures. Mais, il se raconte que, du vivant du « Vieux », le repas quotidien des sauriens était constitué de trois bœufs. Une politique que le président Henri Konan Bédié a poursuivie quand il était aux affaires. Hélas, les crises successives qu’a connues la Côte d’Ivoire ont drastiquement réduit le repas journalier des caïmans du « père de la nation ».

Encadré 2

Crocodiles et caïmans se côtoient

Contrairement à ce qui se raconte, le lac aux caïmans ne renferme pas d’alligators. Il est peuplé uniquement de caïmans et de crocodiles. Les caïmans sont généralement de couleur noire. Ils connaissent une croissance très rapide. C’est tout le contraire des crocodiles dont la croissance se fait de façon lente. Leur particularité réside au niveau de la couleur jaune qu’ils portent le long de l’abdomen. Les caïmans et les crocodiles se reproduisent chaque année aux mois de janvier et de février. Ils pondent des dizaines d’œufs dans des trous, qu’ils prennent la peine de creuser en bordure du lac.

Elysée YAO
Envoyée spéciale à Yamoussoukro

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