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Nappy attitude: Back to the roots !
Publié le vendredi 7 octobre 2011   |  News&Co


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© Autre presse par new&co
Mode : Nappy attitude , Back to the roots !


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Néologisme anglais associant les mots « natural » et « happy », le terme « nappy » est utilisé pour désigner ces femmes noires, souvent jeunes, qui décident d’opérer un retour aux sources capillaire. À savoir : refuser le diktat des cheveux lisses, des perruques, des rajouts et des mèches, pour assumer pleinement leur chevelure crépue et revendiquer une africanité qui passe nécessairement par le « porter naturel ».
Par Elodie vermeil

Le mouvement nappy, d’origine afro-américaine, a commencé à se répandre au sein de la communauté « afropéenne » vers le milieu des années 2000. « Happy to be nappy », slogan de toute « nappy girl » qui se respecte, revendique fièrement sa lointaine parenté avec les « Black is beautiful » et autres « I’m black I’m proud » de la fin des sixties américaines, quand, aux Jeux olympiques d’été de 1968, les athlètes noirs-américains Tommie Smith et John Carlos levaient le poing en l’air en hommage aux Black Panthers.

Autres temps autres mœurs, c’est aujourd’hui sur la toile que le militantisme trouve son expression la plus aboutie. Car la nappy girl est souvent jeune, branchée, et très présente dans la blogosphère et sur les forums beauté et people. D’ailleurs, de nombreux blogs fleurissent sur le net, retraçant le parcours de ces « capillutionnaires », depuis leur big chop (« grande coupe », où l’on rase tous les cheveux abîmés par des années de pratique intensive du défrisage) à l’afro : silence, ça pousse !

Cette petite communauté de résistantes, bien que relativement marginale, a développé un ensemble de codes qui lui sont propres. Les nappy girls ont ainsi un vocabulaire bien à elles (big chop, no poo, lace wig, weave, vanilles, twist out, tortilles, etc.), des égéries (Solange Knowles, Erykah Badu), un gourou (la sociologue martiniquaise Juliette Smeralda, auteur de Peau noire, cheveu crépu, l’histoire d’une aliénation), une bible (ouvrage précédemment mentionné) et même un Salon des cheveux crépus, Boucles d’ébène, qui se tient une fois l’an en région parisienne.

Selon Juliette Smeralda, grande spécialiste de la question, « le retour au cheveu naturel s’inscrit dans un processus de revalorisation. On a pendant longtemps interdit aux Afro-américains d’accéder à des fonctions où ils pouvaient être en contact avec le public à cause de leurs cheveux crépus. On les a donc contraints à défriser et rejeter leur chevelure naturelle ». C’est sur la base de cette réalité que certaines nappy girls ont érigé le défrisage en mal absolu, quand ce n’est pas carrément en stigmatisation de la domination du blanc sur le noir. Pour d’autres, comme cette jeune blogueuse, « on n’est pas obligée de… subir sa coupe 365j/365, sachant que nous les femmes noires sommes reconnues pour être de vrais caméléons, ce qui fait d’ailleurs tout notre charme ».

Dans une lettre ouverte à celles qu’elle qualifie de « nappex » (nappy + extrémistes), la consultante et chroniqueuse mode indépendante Maybach Carter fustige ironiquement ces Afropéennes et Afro-descendantes qui militent contre le néocolonialisme derrière l’écran de leur ordinateur alors même qu’elles vivent en banlieue parisienne et que leur principale préoccupation est d’aller voir le dernier blockbuster dont tout le monde parle : « Je lutte contre l’occidentalisation de la beauté noire à mon échelle en rejetant tout défrisant, toute mèche, tout artifice. Désormais j’écouterai uniquement de la soul, des chanteuses comme India, Arie, Jill Scott, Erykah Badu, Leela James ; je me renseignerai sur Angela Davis, je lirai les discours de Malcolm X, je changerai mon prénom chrétien, honteux héritage de nos maîtres d’esclavage, et je prendrai un prénom typiquement bantou, moi descendante directe et sans escale de la reine Makeda ». Et d’ajouter : « Pourquoi ne pourrait-on pas avoir tout bêtement envie de changer de tête ou ne pas aimer les vanilles, sans que ces “néo-évangélistes du cuir chevelu” n’y voient systématiquement l’empreinte du néo-colonialisme ? ».
Il est vrai que les crèmes défrisantes, si l’on en abuse, peuvent se révéler très nocives pour le cuir chevelu. Si elles ne contiennent (normalement) plus de soude caustique (accessoirement un produit utilisé pour… déboucher les canalisations), leur principal composant reste un agent chimique. Idem pour les tissages et les mèches, qui à terme étouffent et cassent le cheveu et représentent de plus un budget conséquent. Par exemple, il faut compter au moins 25 000 FCFA pour un postiche que l’on gardera tout au plus deux semaines, tandis qu’un paquet de mèches, en fonction de leur qualité, peut coûter jusqu’à 150 000 FCFA. D’un autre côté, la coupe afro nécessite un entretien de tous les instants pour lequel la citadine ayant une vie active n’aura pas forcément toujours le temps, persuadée qu’elle est en plus de cela, de posséder une nature de cheveux trop fragile et trop longue à la repousse.
L’afro, c’est aussi parfois cette petite touche vintage qui procède d’un certain snobisme. On pourra se permettre de porter ses cheveux naturels si l’on travaille dans le milieu de la mode, du cinéma, ou dans un milieu underground. Mais ne comptez pas croiser une secrétaire, une banquière ou une notaire aux allures de Foxy Brown. « Je dois avouer que la période où j’ai galéré pour trouver un job coïncide étrangement avec la période où j’ai libéré mes cheveux crépus. Avec mes rajouts lisses, j’ai trouvé tout de suite », confie Irène. Mais ces déconvenues ne s’appliquent pas qu’aux noirs. Elles relèvent davantage de préjugés sociétaux quant à toute forme d’originalité et d’émancipation physiquement revendiquée.

Et au pays on en dit quoi ?

« Oui, c’est vrai qu’il y a 2-3 ans, la coupe naturelle est revenue à la mode… mais sous forme de perruques. Les cheveux portés comme ça, c’est trop de peignage, trop d’entretien, bref, c’est trop compliqué. Une perruque au moins, on peut la changer en fonction de son humeur et de sa garde-robe du moment. »
Clémence, 28 ans, secrétaire de direction

« Je pense que c’est un concept très afro-américain. Ici le big chop n’est pas vraiment une révolution : chez les Akan, on se rase systématiquement la tête quand on perd un être cher. Et dans les collèges, pour éviter de perdre du temps en futilités et chamailleries, les petites filles portent l’uniforme et les cheveux courts dès l’entrée en 6è. Je ne sais pas si ce mouvement est vraiment récupérable en Afrique, car les femmes prendront plus en compte le prix et la tonne de produits nécessaires à l’entretien des cheveux naturels ainsi que la perte de temps que cela occasionne, que la prétendue noblesse d’une revendication identitaire »
Christelle, 32 ans, agent commercial

« Les filles comme moi ici, on les appelle des « Béyoncé Coulibaly » : on n’a tellement plus l’habitude de me voir avec mes vrais cheveux sur la tête que quand je porte naturel, mes amis me touchent le crâne pour vérifier que ce ne sont pas des tissages. »
Fatou, 26 ans, gérante d’un salon de beauté

« Vraiment, qu’est-ce qu’on en a à faire que nos cheveux soient naturels ou pas ?!

Ce genre de préoccupation, c’est bon pour les personnes qui ont déjà tout et qui s’ennuient. Ici où la pauvreté est partout, qui se préoccupe de défendre son africanité par les cheveux ? Franchement on a autre chose à faire! »
Gloria, 22 ans, étudiante en droit

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