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Société Publié le mercredi 26 octobre 2011 | L’Inter

Printemps / Libye, Tunisie, Egypte : Le printemps arabe à l`épreuve de l`islamisme

Après le printemps arabe, place à l'automne islamiste? La volonté affichée des nouvelles autorités libyennes de fonder la Constitution sur la charia et la victoire des islamistes aux premières élections libres en Tunisie, suscitent bien des inquiétudes autant chez les citoyens de ces pays mêmes que chez les Occidentaux qui ont soutenu ces révolutions.

En proclamant la « libération » de la Libye, trois jours après la mort de Mouammar Kadhafi, le président du Conseil National de la Transition (CNT), Moustapha Abdeljalil, a aussitôt planté le décor de ce que sera la Libye de demain: un Etat dont la législation sera fondée sur la loi coranique. En guise d'exemple, il a jugé contraire à la charia, la loi qui, sous le régime de Kadhafi, fixait des conditions à la polygamie. Ce même dimanche 23 octobre 2011, les voisins tunisiens votaient pour élire les députés qui vont plancher sur la nouvelle Constitution du pays. La victoire du parti islamiste Ennahda ne fait aucun mystère au lendemain de ce scrutin. Ici aussi, les islamophobes et islamosceptiques s'interrogent sur ce que sera la Tunisie à l'ère des Islamistes, alors que ce pays a toujours vécu sous des régimes séculiers. En Egypte, l'armée qui administre provisoirement le pays depuis la chute de Hosni Moubarak, est consciente de l'imminence de la montée au pouvoir des Frères musulmans, dès que le jeu démocratique sera ouvert. L'exemple de l'Algérie est encore présent dans les esprits 20 ans après. En 1991 en effet, voyant nettement se dessiner la victoire du Front Islamique du Salut (FIS), aux législatives, les militaires algériens ont stoppé le processus, jeté en prison pour 12 ans le Numéro 2 du parti, Ali Belhadj et contraint à l'exil Abassi Madani, le co- fondateur du FIS. Deux raisons essentielles pourraient expliquer cette méfiance à l'égard des islamistes. Le règne des tristement célèbres talibans en Afghanistan jusqu'à l'intervention américaine en 2002, a été une sombre parenthèse dans l'histoire de ce pays. Sous prétexte d'appliquer la charia dans sa quintessence, ces obscurs « étudiants de la loi coranique » ont mis fin aux libertés les plus élémentaires de leurs concitoyens. La musique, le cinéma, la danse et bien d'autres divertissements étaient proscrits. Les musées et tout le riche patrimoine culturel du pays étaient systématiquement livrés à la destruction. Quant aux droits des femmes, ils étaient sans autre forme de procès, mis sous l'éteignoir. Les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats- Unis revendiqués par les islamistes du groupe terroriste Al Qaida, ont accru la psychose de l'islamisme dans le monde et plus singulièrement en Occident. Depuis lors, pour les démocraties occidentales, l'islam rime avec terrorisme , restriction des libertés individuelles. Idem pour la charia, la loi coranique taxée de rétrograde et d'antidémocratique. Après avoir activement soutenu les révolutions qui ont emporté les régimes tunisien, égyptien et libyen jugés à tort ou à raison totalitaires, les puissances occidentales redoutent aujourd'hui l'émergence de régimes islamistes dont elles ne sont pas sûres qu'ils garantiraient plus de liberté que les précédents. La France, fer de lance de l'opération internationale en Libye et les autres pays de l'OTAN, sont d'autant plus embarrassés que l'option islamiste est l'émanation de la volonté de ces mêmes peuples qui ont chassé les « dictateurs » qui les gouvernaient. C'est donc avec une certaine gêne que leurs dirigeants donnent leur avis sur les choix que font actuellement ces peuples. S'exprimant au lendemain de la sortie du président du CNT, Alain Juppé, le chef de la diplomatie française, tout en admettant que « c'est au peuple libyen qu'il appartient de choisir son destin », ne cache pas pour autant ses inquiétudes, lorsqu'ils affirme que « les printemps arabes sont un très grand espoir, mais sont aussi porteurs de risques ». Mais les nouveaux dirigeants arabes se veulent rassurants vis-à-vis de leurs partenaires occidentaux. Au lendemain de ses « envolées », Moustapha Abdeljalil, le président de la transition libyenne est revenu sur ses déclarations, en promettant que le futur régime garantirait toutes les libertés. Même assurance donnée du côté de Tunis, où le directeur du bureau exécutif du parti islamiste Ennahda, Abdelhamid Jlassi, s'est empressé de clamer: « pas de charia en Tunisie ». Peu importe la sincérité de ces professions de foi, l'après printemps arabe est plein d'incertitudes. Au plan sécuritaire, les nouveaux régimes qui se veulent démocratiques, auront fort à faire pour maintenir la stabilité que les anciens dirigeants ont imposée à ces peuples, parfois par la force des baïonnettes. Mais c'est surtout à l'aune des libertés individuelles que l'on mesurera le vrai changement dans ces pays. Lorsque ces peuples se seront rendu compte qu'ils ont lâché la proie de la stabilité politique et de la relative prospérité économique qui régnaient sous ces dictatures déchues, pour l'ombre de la démocratie, ils pourraient de nouveau sonner le tocsin.

Charles d'Almeida
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