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Après la déportation de Laurent Gbagbo : Alassane Ouattara rit jaune
Publié le mercredi 7 decembre 2011   |  Le Temps




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Le procès du prisonnier politique de la France, Laurent Gbagbo, a certes commencé avec l’«audience technique» au cours de laquelle il était question de lui signifier à nouveau qu’il est «soupçonné» (par ceux qui l’ont arrêté le 11 avril 2011) d’avoir commis des «crimes contre l’humanité», des «meurtres» et des «viols»… Mais les choses, nous dit-on, ne se sont pas passées comme les partisans Ouattara l’avaient prévu, au regard de ce qu’on leur a fait croire. Effet, alors qu’ils s’apprêtaient à célébrer l’«heureux» évènement attendu par le Rhdp avec tambour et trompette, leur joie a été amèrement édulcorée par la tournure que la première comparution du président Gbagbo a prise. Il faut dire que Ouattara paye une fois encore le prix de ses manœuvres de manipulation, de l’intoxication et de la désinformation qui finissent toujours par le rattraper. Le régime avait convaincu ses partisans que dès l’entame du procès, Laurent Gbagbo serait accablé sous les accusations et aussitôt lourdement condamné, «sans appel» à «la prison vie», voire à «la peine de mort». Si bien que pour les militants du Rdr –rébellion, la journée du 5 décembre 2011 signifiait l’anéantissement total du père fondateur du Front populaire ivoirien (Fpi), la disparition définitive de l’homme Gbagbo et de ses idées qui dérangent tant. Ainsi, dans l’esprit de ceux-ci, la sentence que devait prononcer systématiquement la Cpi, le jour même était la «solution finale» au problème Gbagbo. De sorte qu’on n’entendrait plus jamais parler de lui. Voici décrit l’état d’esprit des partisans de Ouattara qui s’étaient massés devant leurs téléviseurs, pour assister au «dernier jour» en quelque sorte de l’illustre prisonnier politique. Mais ils ont dû rapidement revenir de leurs illusions quand ils ont compris que la Cpi se limiterait à lui rappeler les chefs d’accusation et à l’interroger sur les conditions de sa détention. Une brèche qui lui a d’ailleurs permis de revenir, de façon inattendue, sur les conditions de son arrestation pour rappeler que c’est l’armée française qui a exécuté sur le terrain tout le «travail» qui a conduit à son renversement. Au grand dam du camp Ouattara qui, non seulement déçu de ne pas voir les juges de la Cpi sermonner vertement Gbagbo à la barre comme il s’y attendait, a dû souffrir de constater que l’accusé a eu l’occasion de se défendre et l’a fait avec intelligence. Et que les choses sont loin d’être terminées, avec la fixation de sa seconde comparution en juin 2012. Surtout qu’en Côte d’Ivoire, l’on ne sait jamais ce que le lendemain nous réserve. Mais passe encore pour les vainqueurs de n’avoir pas pu brandir le trophée de guerre pour célébrer en grandes pompes leur exploit. La déportation de Laurent Gbagbo à la Haye leur enlève un faux prétexte que le pouvoir a souvent utilisé pour justifier son incapacité à remettre le pays debout et à tenir les promesses des «pluies de milliards» que les pays d’Europe étaient censés déverser sur la Côte d’Ivoire. «C’est parce que Gbagbo est encore en Côte d’Ivoire que Ouattara ne peut pas travailler. Le jour où on va le déporter à la Cpi, tout sera normal», ne cessaient dire les lieutenants du nouvel occupant du palais à leurs militants. On espère donc que Ouattara et ses relais médiatiques vont enfin arrêter de faire de Laurent Gbagbo leur tasse de thé tous les matins, pour que le régime se mette «au travail». Les Ivoiriens attendent toujours les solutions aux problèmes de la pauvreté grandissante, du chômage, de la cherté de la vie, de l’école et en particulier de l’Université… Assurément, la déportation de Gbagbo à la Haye a ses revers pour de dictateur d’Abidjan. Car les partisans de Ouattara, à l’instar des populations du pays, seraient eux-mêmes vraiment déçus que le pouvoir continue de parler de Laurent Gbagbo à longueur de journée, plutôt que de sortir la Côte d’Ivoire du bourbier où il l’a plongé.
K. Kouassi Maurice

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