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Formation par compétence/Philippe Jonnaert, titulaire de la chaire Unesco en Développement curriculaire à Montréal : « Un recadrage de la Formation par compétence est nécessaire»
Publié le jeudi 2 fevrier 2012   |  L'expression




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Professeur à l’Université du Québec à Montréal et titulaire de la Chaire Unesco (Organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture) en Développement curriculaire à Montréal, Jonnaert Philippe est spécialiste dans l’appui des systèmes éducatifs. Il lève dans cette interview un coin du voile sur la Formation par compétence (Fpc).

Quel est le but de votre mission, la troisième, en Côte d’Ivoire?
Après une évaluation interne de la formation par compétence, une évaluation externe et une évaluation internationale, un certain nombre de difficultés liées à la formation par compétence ont été mises en évidence. Un recadrage de celle-ci s’est avéré nécessaire. Notre mission consiste à appuyer le ministère de l’Education nationale dans cette entreprise de recadrage.

Quelles sont les difficultés qui ont été relevées?
La complexité de l’approche et de sa terminologie, la multiplication des documents de référence, l’exclusivité de cette approche par rapport à toute autre démarche, ont pour résultat que cette approche n’est pas réellement généralisée. De nombreux enseignants éprouvent des difficultés à en comprendre son application, sa logique et ses fondements. On retrouve des situations diverses dans les écoles où cette approche est partiellement appliquée dans certaines classes et pas du tout dans d’autres. Cette grande variabilité dans la mise en œuvre de la Fpc a pour corollaire que les évaluations lors des concours de fin d’études ne peuvent correspondre à ce qui se passe réellement dans les classes. Cette situation crée un écart entre les épreuves d’évaluation et les apprentissages qu’ont réalisés les élèves et, par là, génère un taux élevé d’échecs.

Quelles solutions idoines proposez-vous?

Je ne pense pas qu’il existe de solutions idoines. Nous avons proposé de simplifier les programmes et de dégager des terminologies complexes. Nous ne proposons pas une nouvelle réforme, mais une clarification des concepts et une simplification des programmes afin que ceux-ci atteignent réellement leur finalité : faire en sorte que les élèves et les étudiants construisent réellement des connaissances et bâtissent effectivement des compétences.

Vous avez également parlé de recadrage de la Fpc. Comment cela peut et doit se faire?

L’évaluation doit être plus proche de ce qui a été réellement enseigné. Autrement, elle risque de n’être qu’un indicateur de ce qui n’a pas été enseigné. Il y a un travail à réaliser sur l’évaluation pour arriver à mieux l’articuler aux programmes et aux réalités des écoles et des apprentissages des élèves. Alors que le développement des compétences est simple. Il s’agit de traiter convenablement la situation à laquelle on est confronté. Par exemple, un boulanger ne peut être déclaré compétent que si le pain qu’il a fabriqué est acheté, mangé et jugé bon, voire excellent, par ceux qui l’ont mangé. Mais pour en arriver là, il a dû traiter une série de situations, de la préparation de la pâte au contrôle du temps de cuisson, etc. De même, développer des compétences dans les salles de classe, c’est simplement proposer aux enfants des situations qu’ils ont à traiter. Simplifier la Fpc, c’est d’abord en revenir à ses fondements, et la faire sortir du jargon dans lequel elle s’est isolée et surtout éloignée des apprentissages des élèves.

Quel regard portez-vous sur le système éducatif en Côte d’Ivoire ?

Il est difficile de poser un jugement unique sur tout un système éducatif, tant celui-ci offre des visages variés. Par ailleurs, des phénomènes particuliers comme le déplacement des populations au cours de l’histoire récente, ont complexifié l’image du système éducatif ivoirien. Certaines difficultés sont structurelles comme la surpopulation des classes. Sur ces points, il ne m’appartient pas de porter un regard critique. Par contre, les taux d’échecs sont un symptôme de différentes difficultés qu’il est nécessaire d’analyser avec attention. Par exemple, que mesurent réellement ces évaluations des acquis des élèves ? Que contiennent les programmes d’études ? Comment enseignent les enseignants ?

Qu’apprennent réellement les élèves ? etc. On constate des réalités différentes entre les régions et les établissements scolaires. Les programmes n’ont pas été implantés partout de la même manière, et là où ils devraient l’être. Ils ne le sont que partiellement. Ces programmes présentent une certaine complexité que les enseignants n’interprètent pas nécessairement dans l’esprit du programme. Pour réaliser leurs activités, les enseignants doivent consulter un trop grand nombre de documents. Un faisceau de difficultés apparaissent, plusieurs d’entre elles sont liées à la complexité des approches proposées par la Fpc.

Qu’entendez-vous par « complexité des approches de la Fpc » ?

La Fpc s’appuie sur une terminologie compliquée (compétence transversale, compétence disciplinaire, compétence de base, thème, situation-problème, activité d’intégration, savoirs, savoir-faire, savoir-être, centre d’intérêt, critères minimaux, critères de perfectionnement, indicateurs, domaines, sens de la compétence, capacités, habiletés, énoncé de la compétence, déclinaison de la compétence, etc.) avec laquelle l’enseignant doit jongler pour organiser ses activités. Cette complexité s’est traduite en Côte d’Ivoire par la multiplication de documents pour expliquer aux enseignants comment implanter cette Fpc. Les enseignants se trouvent parfois devant la nécessité de consulter plus d’une dizaine de documents pour arriver à comprendre ce qu’ils ont à réaliser. Cette situation provoque d’abord un stress et suscite ensuite un rejet bien compréhensible par les enseignants.

Quelles réformes doivent être faites selon vous ?

Il n’y a pas de nouvelles réformes à faire, mais seulement un recadrage pour une meilleure adaptation des programmes à la situation actuelle de l’école ivoirienne, et ce, en s’appuyant sur les acquis des réformes antérieures.

Réalisée par Napargalè Marie

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