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Économie Publié le lundi 27 février 2012 | La Tribune de l’Economie

Dr. Vaflahi MEITE, Chef du Département des Opérations du CDE : « …6,8 milliards pour appuyer les PME »

À la faveur de la mission conjointe conduite par le Centre pour le Développement de l’Entreprise (CDE) et l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) à Abidjan les 16 et 17 février 2012, nous avons rencontré le Dr. Vaflahi MEITE, Chef du Département des Opérations du CDE pour nous présenter le « Programme d’Actions pour la Promotion et le Financement des PME dans l’UEMOA » ….. Entretien

Dr MEITE, pouvez-vous expliquer à nos lecteurs le contexte et les objectifs de la « mission circulaire » que vous effectuez ensemble avec le Commissaire en charge du Département du Développement de l'Entreprise, des Télécommunications et de l'Energie (DDE) de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) ?

Cette Mission Circulaire constitue le point de lancement du « Programme d’Actions pour la Promotion et le Financement des PME dans l’UEMOA » (PAPF-PME). Il s’agit d’informer et de sensibiliser les Autorités publiques et privées en charge des Petites et Moyennes Entreprises (PME) sur la mise en œuvre. Ainsi, la délégation a été reçue pour des visites de travail par le Ministre des PME et de l’Artisanat, le Ministre de l’Industrie, le Ministre de l’Economie et des Finances, le Directeur de l’agence nationale de le la BCEAO et le Chef de Délégation de l’Union européenne en Côte d’Ivoire.
Une réunion plénière a ensuite eu lieu le 17 février 2012 avec les responsables et les représentants des organisations et structures publiques et privées dédiées à la PME. Cette réunion a été l’occasion de présenter le programme et de répondre aux pertinentes questions que les uns et les autres se posaient. Enfin, une séance de travail a eu lieu avec le Comité national de suivi du Programme mis en place dans chaque Etat membre.
Qu’il me soit permis ici de remercier toutes les Autorités et toutes les bonnes volontés qui nous ont accordé un peu de leur temps au nom de l’UEMOA et de l’Institution que je représente (le CDE).

De nombreuses initiatives et programmes sont en cours d’exécution et/ou à l’étude. Quelle est la spécificité du présent programme PAPF-PME ?
Effectivement, il peut y avoir de nombreux programmes en cours dans l’espace UEMOA. Il y a certainement des complémentarités et des synergies à trouver entre tous ces programmes. Signalons aussi qu’au regard des indicateurs de développement, les besoins de nos pays dans des domaines variés et plus particulièrement le développement du secteur privé restent énormes. La multiplicité de programmes serait plutôt salutaire ; pour autant qu’il y ait cohérence dans ce qui se fait. L’UEMOA a d’ailleurs deux autres programmes actuellement en cours d’exécution :
- le Programme Qualité II qui s’adresse plus aux organismes chargés de gérer la qualité.
- le Programme de Restructuration et de Mise à Niveau de l’industrie des Etats membres de l’UEMOA (PRMN) qui vise plus les entreprises individuelles que les grappes ou les associations.
Cela dit, le Programme d’actions pour la Promotion et le Financement des PME dans l’UEMOA (pour lequel nous sommes ici à Abidjan) est une déclinaison du Programme de développement des PME-PMI, l’un des six programmes de la Politique Industrielle Commune de l’UEMOA. Le budget total du programme est estimé à 6.8 Milliards de F CFA sur une période de 36 mois principalement financé par l’UEMOA. Le CDE apporte son appui technique et une contribution financière destiné à couvrir certains frais de l’Unité de gestion de Programme.
L’objectif global de ce Programme est de contribuer à la promotion et au développement des Petites et Moyennes Entreprises (PME) dans les pays de l’Union. De façon spécifique, le Programme PAPF-PME devra permettre :
1) la mise en place d’un environnement global incitatif et cohérent pour la PME, notamment par la valorisation du statut d’entrepreneur et le soutien aux PME ;
2) la mise en place d’un dispositif d’appui direct pour la PME, cohérent et adapté à ses besoins ;
3) la création d’un environnement financier, de structures, d’outils et d’instruments de financement adaptés à la PME.

Pour la conduite de l’étude de formulation, la Commission de l’UEMOA a obtenu du CDE un soutien financier. Cette étude a permis :
- de définir les priorités et les activités du Programme, de manière détaillée au niveau régional (UEMOA) et des déclinaisons au niveau des Etats membres ;
- d’examiner le mode et les conditions de gestion du Programme ;
- de déterminer de manière détaillée les budgets des opérations du Programme et de fonctionnement des structures de gestion ainsi que les procédures de mise en œuvre.

Par la suite, les deux institutions ont signé une convention d’assistance relative à l’exécution du plan de mise en œuvre de programme.

Comment les entreprises ciblées peuvent-elles effectivement bénéficier du Programme PAPF-PME ?
Signalons avant tout que dans ce programme il s’agit d’appui non financier, c’est à dire d’assistance de diverses natures (Assistance Technique, Coaching, Etudes, Formation etc.) par des consultants sélectionnés selon les procédures de passation de marché, fortement inspirées de celles du Fonds Européen de Développement (FED). Selon la convention d’assistance UEMOA/CDE, la mise en œuvre opérationnelle sera confiée à une Unité de Gestion de Programme (UGP) sous la supervision du CDE et relayée par des Cellules Relais Nationales (CRN) qui sont les correspondants techniques de l’UGP dans chaque Etat membre. De plus, le CDE a, dans la quasi-totalité des pays de l’UEMOA, une antenne locale appelée Bureau Technique d’Intervention (BTI). Dans les termes de références des BTI, il y a, entre autres l’identification et la préparation des demandes d’assistance aux entreprises et aux organismes intermédiaires qui sollicitent les services du CDE. Les BTI sont également chargés d’assurer l’interface entre le CDE et les autorités locales, les gouvernements, les administrations publiques et organisations intermédiaires. Nous sommes en train de peaufiner le processus opérationnel. Toutefois, les porteurs de projets devront s’adresser au CNR et aux BTI dont les contacts précis seront communiqués par voie de presse dans les meilleurs délais.

D’autre part, des critères d’éligibilités qui sont plus ou moins ceux du CDE seront appliqués. Sachant que tous les états membres ne sont pas au même niveau de développement économique, ces critères seront à adapter en fonction des pays. Toutefois, pour donner des ordres de grandeurs, il s’agit de PME d’au moins cinq salariés, disposant d’actifs supérieurs à 50 Millions de Francs CFA et/ou d’un chiffre d’affaire annuel d’au moins 30 Millions de Francs CFA. Notons aussi qu’une contribution dont le niveau reste à être validé, est exigée à l’entreprise ou l’organisme qui bénéficiera des activités prévues dans ce Programme.

Pouvez-vous nous donner une idée des principales composantes du programme ?
Le programme comprend quatre (04) composantes principales :
- Approche «grappes» : Il s’agit d’apport en appuis multiformes à des grappes d’entreprises, des clusters et/ou filières dans des secteurs pré-identifiés tels que le tourisme, les technologies de l’information et de la communication (TIC), le bâtiment et les travaux publics et l’aquaculture. D’autres secteurs (oléagineux, transports, céréales locales, services, etc.) peuvent être pris en compte.
- Approche «Individuelle» : Il s’agit d’apporter une assistance technique aux PME et aux structures d’appui (Centres de Gestion Agréés, Chambres de Commerce et d’Industrie, organismes de formation,.. etc.).
- Appui au financement : Il ne s’agit pas de se substituer aux institutions de financement mais d’apporter une assistance technique aux PME demandeuses de financement en amont et d’assurer le suivi post-financement en aval. Une assistance technique est également prévue pour les fonds de garantie, les fonds de capital-risque et autres sources de financements telles que le ‘’crédit bail’’ ou les sociétés de caution mutuelle.
- Etudes particulières : Elles concernent notamment la réalisation des études sur les structures d’appui à la PME et les intermédiaires financiers et le passage des entreprises du statut d’informel au formel.

Comme vous l’avez mentionné, le Programme ne prévoit pas de financer l’investissement des entreprises. Il est supposé intervenir en amont et être un « facilitateur » plutôt qu’un fonds de capital-risque. Il n’en demeure pas moins que l’accès aux financements des PME ACP reste un problème. Ne pensez-vous pas qu’il y a un maillon de la chaine qui manque à ce Programme ?
Je ne pense pas qu’il faille parler d’un chainon manquant. En effet, les établissements de financement ont leur rôle et un Programme ne peut, d’aucune façon leur faire une « concurrence » déloyale. Un Programme ne doit et ne peut se substituer aux institutions de financement. Une étude approfondie sur ce sujet a été aussi menée par l’UEMOA pour affiner l’approche qui sera suivie. Toutefois, en attendant la restitution et la validation des conclusions de cette étude, nous pouvons dire que le PAPF-PME prévoit des appuis non financiers aux niveaux de la demande (les entreprises) et de l’offre (les fournisseurs de services financiers).

- Au niveau des entreprises : Sans faire le procès des banques et organismes de crédit, nous pouvons dire que le principal obstacle au financement des PME provient aussi de leurs structures. Les PME manquent souvent d’organisation, de techniques de gestion et de comptabilité fiable. Une amélioration du financement des PME passe par une amélioration de la structuration et de la transparence de leur gestion. Plusieurs méthodes sont envisagées et utilisées simultanément dans ce Programme: le renforcement des capacités en gestion et en comptabilité des PME et la mise en place d’une infrastructure partagée pour la tenue de la comptabilité (les Centres de Gestion Agréés qui existent déjà dans certains pays et ne demandent qu’à être renforcés).

- Au niveau des organismes financiers : plusieurs actions sont prévues. Le renforcement des organismes de garantie de crédit et les sociétés de caution mutuelle ; la mise en place d’outils de suivi des performances PME de façon à déceler rapidement et à temps, les risques de non-paiement (Ceci est une demande récurrente des organismes de crédit) ; l’amélioration de la capacité de certaines banques à faire du financement de projets ; le financement d’une partie des études pour les sociétés de capital-risque; des formations appropriées pour les cadres d’établissement financiers, etc.

Pour revenir au Programme UEMOA, voyez-vous l’opportunité d’un programme de cette nature dans notre pays la Côte d’Ivoire ?

Oui, certainement. Personne ne pourra affirmer qu’il n’y a pas de besoin de développement de capacité, d’amélioration et de renforcement de la compétitivité d’entreprise en Côte d’Ivoire. Comme je l’ai dit précédemment, il s’agit de trouver des complémentarités et des synergies entre les différents programmes de développement. Le programme UEMOA est limité aux quatre composantes mentionnées et à des secteurs de concentration déterminés. Il en résulte que les secteurs et thématiques non couverts peuvent être supportés par d’autres programmes.

Ceci dit, le CDE et le Gouvernement de la Côte d’Ivoire ont signé en 2009, une convention de partenariat dans laquelle le gouvernement de la Côte d’Ivoire a confié au CDE la gestion de l’Unité de Gestion du Programme d’Appui au Développement du Secteur Privé de Côte d’Ivoire (PASDP-CI) Brièvement, il s’agissait d’améliorer la structuration et la compétitivité du secteur privé par :
- Le renforcement des capacités et de la compétitivité des PME/PMI,
- Le renforcement des capacités des organisations intermédiaires du secteur privé (associations professionnelles, chambres consulaires, organismes d’appui, etc.) du pays,
- L’amélioration du climat et de l’environnement des affaires,
- Le soutien du dialogue et/ou partenariat secteur privé/secteur public,
- L’amélioration de l’accès aux financements par les PME/PMI.

Malheureusement la crise sociopolitique que nous avons connue et d’autres situations imprévues que chacune des deux parties ont rencontrées ont empêché la mise en œuvre effective de ce programme. Nos services prendront attaches avec les autorités compétentes ivoiriennes pour une relance éventuelle du Programme susmentionné. Dans cette période post-crise, il est de notre humble avis que le développement des PME du secteur privé est plus que nécessaire. C’est un « MUST ».

En effet, il est démontré à travers le Monde que les PME sont le moteur de la croissance économique étant donné leur capacité à créer des emplois et à fournir de meilleures perspectives économiques pour réduire la pauvreté. Cependant, dans nos pays, ces PME doivent relever de nombreux défis qui sont entre autres un difficile accès au financement, des marchés nationaux et/ou régionaux étroits et de nombreuses difficultés à pénétrer les marchés européens et/ou américains, des contraintes structurelles qui affectent leur compétitivité et la productivité des outils de productions et/de service, la faiblesse, voire l’inexistence de structures d’appui à leur développement et j’en passe.

Si j’ai bien compris, vous n’êtes pas de l’UEMOA mais du Centre pour le Développement de l’Entreprise (CDE). Pouvez-vous nous dire quelques mots sur le CDE et quelle est son implication dans ce programme ?
Le Centre pour le Développement de l’Entreprise (CDE) est une Institution conjointe du Groupe des Etats ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et de l’Union européenne, dans le cadre de l’Accord de partenariat de Cotonou. Le Centre est financé principalement par le Fonds Européen de Développement (FED). Son objectif est d’accompagner le développement des entreprises du secteur privé ACP.

A cette fin, le Centre fournit des services non financiers aux entreprises ACP et à des initiatives conjointes d’opérateurs économiques des ACP et de l’UE dans divers secteurs économiques, avec pour objectif principal d’accroître la compétitivité des entreprises ACP.

Les objectifs plus spécifiques du CDE sont :

1) faciliter les partenariats entre entreprises ACP et UE;
2) aider au développement des services d’appui aux entreprises dans les pays ACP (renforcement des capacités des organisations du secteur privé et des prestataires de services);
3) appuyer les activités et les organisations de promotion des investissements;
4) permettre le transfert de technologies et les capacités de gestion.

L’une des particularités du CDE est d’intervenir directement auprès des petites et moyennes entreprises dans les pays ACP en vue de les aider à définir et évaluer leurs projets d’extension, de leur fournir des conseils en marketing, gestion, formation du personnel, normalisation, protection de l’environnement et, enfin, de leur faciliter l’accès aux financements, aux technologies modernes et aux partenaires étrangers.

D’une façon générale, avec la fin programmée (OMC oblige), des préférences commerciales unilatérales de l’UE en faveur des exportations Afrique Caraïbes Pacifique (ACP), tout le monde s’inquiète de la capacité des PME ACP de se « mettre à niveau ». Partagez-vous cette inquiétude et n’y a-t-il pas des motifs d’espoir ?
Il y a certainement des raisons d’inquiétude mais aussi des opportunités dont il faudra profiter.

Permettez-moi d’abord de faire quelques brefs commentaires personnels et qui n’engagent en rien l’Institution que je représente. Comme on peut l’imaginer, il y a diverses écoles de pensées sur les règles de l’OMC: ceux qui dénoncent l’apologie du libre-échange et ses incohérences ; ceux qui soutiennent que le libre-échange est un moyen de réduire la pauvreté et atteindre la sécurité alimentaire avec l’OMC et enfin ceux qui croient à la libéralisation des échanges comme un moyen de réduire la pauvreté mais pas dans le cadre de l’OMC telle que conçue actuellement. Sans vouloir trancher en faveur d’une position, dans les pays ACP l’on est en droit de se poser la question suivante : « Les structures de production de biens et services des pays pauvres et l’environnement des affaires de ces pays permettent-ils aux entreprises de compétir à armes égales avec ceux des pays développés et/ou dits émergents ? » D’un autre côté, reconnaissons aussi que sans forum multilatéral de négociations, les pays pauvres sans poids économiques, politiques et stratégiques, devraient marchander individuellement face à des superpuissances comme les Etats-Unis ou l'Union Européenne (UE). Ce ne sera jamais «un combat à armes égales».

C’est dans ce contexte, que les « accords de partenariat économique » ou APE sont prévus entre l’Union européenne et les pays ACP. Ce sont des accords commerciaux qui visent aussi à développer le libre échange entre les deux blocs. Sauf erreur de ma part, les négociations sont toujours en cours avec certains pays, mais d'autres ont signé des accords intérimaires (Côte d’Ivoire, Cameroun, Botswana, Swaziland, Lesotho et Mozambique) ou complets (la région des Caraïbes en 2009). Ici aussi, beaucoup de voix s’élèvent pour dénoncer les termes des APE. Plusieurs organisations soutiennent également que cette ouverture serait néfaste pour des pays dont l'économie dépend largement de l'agriculture, tels que les pays d'Afrique de l'Ouest (la Côte d’Ivoire y compris). Des exemples venant de pays connaissant des accords de libre échange depuis plusieurs années montrent la destruction complète de filières agricoles autrefois rentables et l'appauvrissement conséquent des producteurs et des populations rurales.

À notre avis, l’on peut donc critiquer ad vitam aeternam les règles de l’OMC (et les APE) que cela ne changera malheureusement pas grand-chose à cette nouvelle donne du libre-échange au niveau mondial. Nos pays doivent chercher à profiter des opportunités aussi minimes qu’elles soient de ces nouvelles règles. Pour faire face à ces changements, les entreprises des pays ACP ne doivent plus se contenter de vivre en circuit fermé. Elles doivent dorénavant prendre en compte la dimension régionale et mondiale des échanges. Pour cela, ces entreprises doivent améliorer leur compétitivité au sens large, améliorer les outils de gestion et s’engager dans un large processus de modernisation de leurs outils de travail.

C’est donc à juste titre que les programmes dont nous avons parlés sont pertinents et doivent être accompagnés par d’autres initiatives en faveur des PME. L’implication des pouvoirs publics sera nécessaire pour engager des réformes structurelles portant notamment sur la facilitation de l’accès aux financements (investissements et fonds de roulement), le renforcement des structures de formation professionnelle, la simplification des procédures d’exportation, la normalisation des procédures douanières, la réforme du système fiscal, financier et commercial, la création et/ou le renforcement des institutions apportant les services d’appui aux PME. Ainsi, les entreprises ACP pourraient survivre à la forte concurrence qui s’impose et continuera à s’imposer à elles.

Nous vous remercions.
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