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Commissaire Emile Guy Mouhnon (police des drogues et stupéfiants) : «40 fumoirs détruits depuis août»
Publié le jeudi 8 mars 2012   |  Nord-Sud




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Le commissaire Guy Mouhnon Emile, sous-directeur chargé de la recherche à la direction de la police des stupéfiants et de la drogue (Dpsd), se prononce sur la prolifération des fumoirs et propose des solutions.

Pourquoi tant de fumoirs de drogues aujourd’hui à Abidjan ?
La jeunesse pense que prendre la drogue est un effet de mode. Donc, chacun dans son quartier ou dans son établissement scolaire, quand il apprend qu’il y a un groupe qui fume la drogue, il essaie d’intégrer ce groupe pour faire comme ses membres. Comme dirait l’autre, pour ne pas resté un ‘’gaou’’(un démodé). Mais nous essayons de freiner le fléau. C’est pourquoi, nous sommes en rapport permanent avec les chefs d’établissements scolaires. Je ne dirais pas le nom de quelques lycées que nous avons visités. Nous avons pu appréhender certains fournisseurs qui alimentent ces établissements.

Qui étaient leurs clients ?
Ces fournisseurs avaient pour cible les élèves. Nous essayons par les moyens du bord de combattre cela. Aussi, à travers des conférences pour former et informer nos enfants à ne pas prendre la drogue. Parce que la drogue, quand on y entre, il est difficile d’en sortir. Ce n’est pas un jeu. C’est par ignorance que les jeunes s’adonnent à cela.

N’y a-t-il pas d’autres causes ?
Il y a la crise qui a duré une dizaine d’années. Et elle a de mauvaises choses. L’origine des fumoirs est bien liée à la crise. Certains ont constaté, avec la crise, que la police ne pouvait plus opérer. Ils en ont profité pour déverser des quantités de drogues dans la cité. Notre ministre de tutelle est ferme sur la question. Il a demandé récemment, à la faveur des fêtes de fin d’année, que la police soit sans pitié pour les bandits. Nous aussi, nous serons sans pitié pour les consommateurs et les vendeurs de drogues. Surtout avec les vendeurs. Nous sommes en train de préparer un grand coup dans ce sens.

Aujourd’hui, combien de fumoirs avez-vous dénombré à travers le district d’Abidjan ?
Juste après la crise postélectorale, nous avons mené une opération dans la zone d’Adjamé. Nous y avons découvert des armes à feu dont 4 kalachnikovs, 3 pistolets automatiques et des grenades. C’était dans le secteur situé après les rails juste derrière la mairie d’Adjamé. Nous trouvons toutes sortes de drogues dans ces fumoirs. Le cannabis qui est cultivé dans notre pays, l’héroïne et la cocaïne qui sont importées. Depuis le 10 août 2011, date de la prise de service du commissaire Binaté, nous avons fait un petit bilan. Il part du 10 août au 31 décembre 2011. Nous avons démantelé au moins 40 fumoirs sur toute l’étendue du district d’Abidjan.

Comment ces fumoirs sont-ils repartis ?
Il faut retenir que les fumoirs détruits sont dans la zone d’Adjamé, de Koumassi et de Yopougon. Ce sont des secteurs qui nous causent actuellement de nombreux problèmes. Pour l’heure, nous n’osons pas opérer à Abobo. Nous sommes en rapport avec les chefs militaires basés là-bas, et le chef de district de police. Afin que nous menions dans les jours à venir des opérations d’envergure. Comme j’ai l’habitude de le dire à mes collaborateurs, une prise en main. On ne peut pas se lever un matin pour envoyer en mission trois ou quatre personnes à Abobo. Ce qui est sûr ça ne saurait tarder. Une opération d’envergure sera menée dans cette commune.

Quelles sont les risques que comporte une telle opération ?
Tous les risques auxquels est exposé un policier en intervention. Le bandit qui va attaquer une banque ou un citoyen, il est dans un état second. Et pour être dans cet état, il part d’un fumoir. S’il est naturel, il ne peut pas faire ces choses-là. Et pour cela, il part d’un fumoir. Il est sous l’effet de la drogue. Par ailleurs, les consommateurs, quand ils n’ont pas d’argent pour se procurer ce dont ils ont besoin pour leur plaisir permanent, ils prennent la première arme qu’ils ont et s’attaquent aux citoyens. Ils le dépouillent pour aller se procurer la drogue. Donc, le lien entre l’insécurité et la prolifération des fumoirs existe bel et bien.

Que faire ?
Nous souhaitons avoir les moyens pour lutter efficacement contre la drogue afin d’éradiquer ou réduire l’insécurité.

Quels sont vos besoins ?
Les moyens humains et matériels viennent mais c’est selon la poche de l’Etat. Après la crise postélectorale, nous étions dépourvus de tout. Maintenant, nous avons des ordinateurs. A l’aéroport, on a des caméras. Parce que la drogue synthétique ne se fabrique pas ici. Cela se fait à l’extérieur. Donc il y a des caméras placées à divers endroits pour nous aider à intercepter le premier voyageur qui a de la drogue. L’Etat fait des efforts. Mais, je crois qu’il faut accentuer ces efforts car nous en avons vraiment besoin pour lutter contre le banditisme à la source.

Après la destruction des fumoirs, on constate quelquefois qu’ils se reconstituent. N’est-ce pas la preuve d’un manque de suivi ?
Je voudrais inviter nos collègues de la sécurité publique à nous aider. Certes, ils le font, mais cela est insuffisant. S’il y a un fumoir dans une localité, ils doivent être au premier plan. Car un commissaire de police d’un arrondissement ne doit pas accepter qu’un fumoir s’installe dans sa circonscription. Donc, s’ils sont au courant, alors ils doivent essayer de dissuader ceux qui les fréquentent. Ou alors, qu’ils nous donnent l’information. Nous sommes basés ici (Ndlr : au sein de la préfecture de police au Plateau) et nous ne sommes pas censés connaître un fumoir qui se crée à Anyama, par exemple. Si on n’a pas d’information sur l’existence d’un fumoir à Gonzagville. Nos amis des commissariats de police doivent nous aider. Avec cette collaboration, nous devons éradiquer les fumoirs d’Abidjan.
On constate aussi de plus en plus de consommateurs de drogues dans les rangs des forces de l’ordre.

Cela n’est-il pas un obstacle à votre mission ?
A ma connaissance dans nos rangs, il n’y en a pas. C’est vrai, aujourd’hui, on parle des Frci (ndlr : Forces républicaines de Côte d’Ivoire), mais on sait aussi qu’il y a de faux éléments. Je vous fais la confidence que dans l’une de nos missions au ‘’quartier rouge’’ (derrière la mairie d’Adjamé), nous avons trouvé des éléments en tenue dans un fumoir, mais ils ne sont pas en réalité des Frci. Cela a énormément gêné nos amis militaires qui étaient en mission avec nous. Parce que tout le monde était en tenue et chacun avec son arme. Ils disent être Frci, mais c’étaient des speudo-Frci. Ce que vous dites est réel car on l’a constaté dans un passé récent. Mais les choses rentrent progressivement dans l’ordre. Aujourd’hui, on ne retrouve plus ce genre de cas sur le terrain.

Avez-vous réussi à identifier les différents réseaux d’approvisionnement ?
Ce sont des réseaux qui existaient déjà. Nous avons une base au niveau du tri-postal (à Vridi). Nous avons là-bas une équipe qui suit toutes les structures de transfert. Il n’est pas rare de constater que des gens importent des pièces de véhicules, et qu’on trouve dans leurs entrepôts des stupéfiants. C’est aussi cela le flair du policier. Ces pièces détachées ne sont que des moyens pour dissimuler la drogue. Ces pièces sont bourrées de cocaïne et d’héroïne.

Y a-t-il d’autres types de marchandises qui servent à ce trafic ?
Je peux vous citer les ventilateurs. Vous ne pouvez pas être à Abidjan et commander cinq ou dix ventilateurs au Pakistan. Cela nous interpelle et nous agissons. Nous avons souvent découvert de la drogue dans ces ventilateurs. Je ne vais pas vous dévoiler toute notre stratégie. Mais quand on regarde l’origine des objets importés, et qu’on constate que ces marchandises existent déjà sur place, on se pose des questions. Pourquoi importer des pièces que l’on peut avoir sur le marché local. Cela nous amène à fouiller et à trouver. Quand on voit les passeports et le circuit emprunté, ceci peut nous interpeller. On peut accentuer nos recherches sur l’individu.

Pouvez-vous citer d’autres circuits ?
Il y a des pays frontaliers très outillés dans la culture du cannabis. Et leur cannabis est même plus prisé que celui qui est cultivé localement. Donc, ces pays-là, quand ils veulent injecter le cannabis par le flanc lagunaire, nos amis de la police maritime nous aident déjà à lutter en amont. Quand les gens viennent par l’eau, ils doivent pouvoir les interpeller. Si cela n’est pas fait et qu’ils sont sur la terre ferme, alors nous avons nos informateurs qui nous donnent l’alerte.

Et les pays frontaliers de l’Ouest ?
Ce sont les produits psychotropes qui en viennent, c’est-à-dire des comprimés dont la vente est interdite en Côte d’Ivoire. Ce sont des drogues. Je prends l’exemple de la Nivotril. Quand vous le prenez, il a la même réaction que la cocaïne ou l’héroïne. La différence, c’est que l’un est dépresseur et l’autre stimulant. Parce qu’il faut faire la différence entre les drogues. Il y a le groupe des médicaments que l’on appelle des produits pharmaceutiques non enregistrés (Ppne) qui entrent dans le pays, mais qu’on n’a pas le droit de vendre.

Connaissez-vous l’île d’Ossydissa sur la lagune Ebrié ?
Nous y sommes déjà allés. Nous savons que tous les voyous que nous interpellons le long de la lagune s’approvisionnent là-bas. Je vous ai donné tantôt le cas d’Abobo. Nous avons cessé de faire des descentes mais cela ne saurait tarder.


Interview réalisée par Bahi K.

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