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Politique Publié le jeudi 5 avril 2012 | Nord-Sud

Interview / Ibrahim Boubacar Kéita, ancien Premier ministre et président du Rpm : “Ce que je demande à Ouattara”

© Nord-Sud Par Nathan KONE
Abidjan : Ouverture du sommet extraordinaire des chefs d’Etat de la CEDEAO sur le Mali
Mardi 27 mars 2012. Abidjan. Hotel Ivoire, Cocody. Ouverture du sommet extraordinaire des chefs de la Cédéao sur la crise Malienne. Photo : SEM. Alassane Ouattara
Ibrahim Boubacar Kéita a été Premier ministre du Mali pendant six ans. Président du Rassemblement pour le Mali (RPM), il envisage de se porter candidat à la prochaine élection présidentielle. Du moins, si elle se tient.  Il analyse ici, la situation politique de son pays. “Il faut un sursaut national”, dit-il.

Le Mali, votre pays traverse une grave crise. Le coup d’Etat a favorisé la création de deux groupes antagonistes : les anti-junte et les pro-junte. De quel côté se trouve Ibra­him Boubakar Kéita et son parti, le Rassemblement pour la Mali (RPM) ? 
Je suis membre de la plate-forme dénommée Front pour la sauvegarde de la démocratie où je siège. Vous comprenez clairement que je ne peux pas être avec les putschistes.

Vous voulez le retour à l’ordre constitutionnel ici et maintenant. Peut-on imaginer que vous revoyez vos ambitions à la baisse en donnant un peu de temps à la junte ?
Cette décision n’est pas de mon seul ressort. C’est un débat national. Mais ce que chacun doit avoir à l’esprit, c’est de comprendre que notre pays est en danger et qu’il faut nous mettre ensemble pour le sauver.

Tout ne dépend certainement plus de la seule classe politique malienne. La Communauté des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao) s’est fortement impliquée dans le débat...
Je suis d’accord avec vous mais c’est parce que nous ne parlons pas de la même voix que la communauté internationale est rentrée dans le jeu à ce niveau. Cela dit, il faut reconnaître que le président Alassane Ouattara et la Cedeao sont dans leur rôle. Ils sont dans une position de principe et c’est normal.

Envisagez-vous une sortie de crise en dehors de la légalité constitutionnelle qui fait entrer le président de l’Assemblée nationale au palais de Koulouba ?
Je n’envisage aucune piste de sortie de crise qui mette entre parenthèses la constitution. La loi fondamentale dit clairement qu’en cas d’incapacité du président de la République à exercer, c’est le président de l’Assemblée nationale qui assure l’intérim. En l’espèce, c’est M. Dioncounda Traoré. Respectons d’abord la légalité. Ensuite, on verra s’il faut faire des aménagements. Lesquels réaménagements sont nécessaires parce que le mandat intérimaire est limitatif. Or, vu la situation, il n’est pas du tout évident que le président intérimaire puisse organiser les élections en 21 jours au moins et 40 jours au plus.  Je constate que le pays est coupé en deux et nous ne pouvons prendre le risque d’aller à des élections amputées. En effet, 40 jours ne sont pas suffisants pour pacifier le pays et faire un scrutin inclusif et irréprochable. Le problème est d’autant complexe qu’on ne peut pas organiser des élections sans le Nord. Ce serait cautionner la partition du pays et sans doute donner raison à ceux qui brandissent toutes sortes d’arguments farfelus, pour justifier la sécession. Il faut un brainstorming national pour sortir une plate-forme consensuelle.

Un peu comme ce que propose le chef de la junte qui annonce l’organisation d’une convention nationale pour discuter de l’avenir du Mali. Êtes-vous en phase avec ce parallèle où du moins allez-vous participer à cette palabre de catharsis ?
Non ! Pas d‘amalgame. Mais ma position sera la position de la plate-forme à laquelle j’appartiens. Si elle décide qu’on y aille j’y serais. Je suis dans le moule. En tout état de cause, je dois dire que la situation du Mali d’aujourd’hui est singulière et s’enfermer dans une certaine position ne me paraît pas bien fondé. 

Ici à Bamako, des gens vous soupçonnent de collusion avec la junte. Vous auriez remis des véhicules et du carburant au capitaine Sanogo au moment de sa prise de pouvoir. Qu’en est-il ?
Jamais ! Je suis un homme d’honneur. Je n’ai rien donné ni en numéraires ni en matériels à la junte. Ma vie ne saurait être liée à une junte. Ma vie est liée aux Maliens et à Dieu. Malheur à ceux qui ont propagé ce type de ragots indécents. Je les laisse à Dieu Tout-Puissant.

Au cas échéant, êtes-vous prêt à sacrifier votre candidature à la présidentielle pour assurer une transition?
Dans ce genre de situation, la position de principe est de dire : « le Mali d’abord ». Pour ma part, je ne ferais pas de langue de bois.

A cause de l’intransigeance des militaires, la Cedeao a décidé d’un embargo total. Les récoltes n’ont pas été bonnes cette année et il y a des risques d’un drame alimentaire. On le sent déjà sur les marchés et avec les longues coupures d’électricité. Que conseillez-vous à la junte?
Avec la mission des médiateurs, on a eu un soulagement. Nous avons espéré qu’à l’investiture du président sénégalais Macky Sall, il y aurait un allègement. Malheureusement, les chefs d’Etat ont davantage serré l’étau. Une fois encore, ils sont dans leur rôle. Mais il revient à nous-mêmes de nous entendre, de nous retrouver pour élaguer les difficultés et établir la vérité de Moïse sur le mont Sinaî.

Le nord-Mali est littéralement aux mains des rebelles. Ça vous fait pleurer ?
C’est une situation extrêmement difficile. Cette rébellion cause beaucoup de torts mais nous n’avons pas d’autres choix que de voir ce problème se régler rapidement. Il y a déjà eu de nombreuses victimes parmi nos soldats du fait du manque d’équipements. Cependant, personne ne peut accepter aujourd’hui le changement de régime par la force. On ne peut rien obtenir de cette façon. La Cedeao n’a pas exigé le retour du président Amadou Toumani Touré. Néanmoins, elle veut que la dévolution du pouvoir se fasse conformément à la constitution..................

Interview réalisée par Lanciné Bakayoko, envoyé spécial à Bamako
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