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Voyage au cœur de la révolte touarègue : Voyage au cœur de la révolte touarègue
Publié le vendredi 6 avril 2012   |  Nord-Sud




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Les forces rebelles qui défient l’armée malienne ont gagné en confiance et suivent de près la réunion des chefs d’état-major à Abidjan. En attendant, elles veulent faire front face aux troupes de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) qui organisent une vaste offensive.  Petite visite sur les lignes de bataille à Sévaré non loin de Mopti.

Profitant, hier, du convoi d’un organisme humanitaire, nous sommes à Sévaré, une bourgade-garnison à 13 kilomètres de Mopti,  la ville qui donne accès aux frontières de l’Azawad. On aperçoit quelques éléments de l’armée malienne bourlingués à bord de petits véhicules de transports de troupe. Difficile d’avancer plus loin. C’est comme un barrage de feu qui empêche d’avancer. Partis précipitamment d’Ansongo, ils avaient décidé d’établir un avant-poste à quelques kilomètres de Gao. Mais les chars du Mouvement national de libération de l’Azawad les ont foudroyés. Selon des témoins, l’artillerie lourde des rebelles était positionnée sur les collines près de la ville des Askias. Beaucoup plus que la capacité de nuisance, sans doute non négligeable, les forces rebelles ont réussi à créer un mythe d’invincibilité autour d’eux-mêmes. Au bruit des canons succède celui des lance-roquettes. Le ciel s’emplit de petits nuages noirs. Les rafales de tout calibre éclatent un peu partout. « Allah Akbar ! », crient les partisans des illuminés pour donner du courage “aux soldats de la liberté”. Certains s’agenouillent à même le sol pour prier. On s’embrasse même. Tout est très désordonné. « Nous avons notre courage pour nous», relève Moustapha, la tête recouverte d’un keffieh. Il est assez pâle mais garde sa contenance, un sabre à l’épaule. À ses côtés, Mohamed semble plus serein. Tous les deux ne cessent pourtant de lancer des slogans à la gloire de Dieu. De très loin, on entend les sifflements des obus de mortier. Ils sont terrifiants, plus que celui des RPG (des lance-roquettes anti-char). Pour les nouveaux arrivants comme nous, il faut se jeter à terre à tout moment et n’importe comment. Impossible de savoir d’où ça vient. Le désert est une grande caisse de résonance. Dans cette arène géante, des panaches de fumée, parfois virtuelles, s’élèvent. De bonnes volontés  défient le feu. Paradoxalement, – et c’est tant mieux – nous ne voyons pas de blessés. Mais à côté d’une case, des godasses traînent encore au sol, ensanglantées. Les pick-up des salafistes parcourent l’étendue en zigzag, tirant dans tous les sens, tentant d’éviter les roquettes qui les visent. En milieu d’après-midi, la bataille était toujours incertaine. Mais les soldats ne parvenaient pas à avancer. La rumeur qui circulait quel­ques heures auparavant et selon laquelle les rebelles veulent descendre sur Mopti s’avère totalement fausse. Ahmed, qui s’en félicitait, est maintenant introuvable.

Le front très mouvementé

Dans l’océan de sable balayé par le vent, on distingue des silhouettes qui courent. Il y a maintenant beaucoup de confusion et peu d’ordre. Qui d’ailleurs a dit aux enturbannés de se diriger vers Tombouctou, le berceau de la spiritualité ? Ici, c’est le cas de le dire, tout se propage comme une traînée de poudre. Tactiquement que techniquement, la bataille est vraiment inégale. En face des soldats maliens, les fanatiques disposent de matériels lourds, notamment des mortiers particulièrement efficaces pour cette zone. Ils font des dégâts et éparpillent les combattants comme des moineaux. De plus, les troupes d’Iyad Ag Ghaly sont positionnées sur les hauteurs, ce qui leur donne un avantage certain. La bataille n’est certainement pas encore terminée. Mais la rébellion concentre ses troupes sur les frontières vers Mopti qui, plus que jamais, est le point le plus convoité.
Ce qui se passe sur les lignes de front prouve que rien n’est joué au Mali. Ni en termes militaires ni en termes politiques. Les pacorabanes de Mahamoud Najim contrôlent tout et isolent les villes qui ne sont plus dans le giron malien. Ils projettent dans les heures qui suivent de proclamer l’Azawad indépendant ou à défaut ... l’apocalypse. Quant aux djihadistes d’Aqmi et les hommes d’Iyad Ag Ghaly, le Mali doit devenir un Etat islamique gouverné exclusivement par la charia. A Bamako, les ressortissants des régions annexées se mobilisent. Au cours d’une grande réunion, ils ont réclamé des armes pour aller libérer le septentrion. Etrange ressemblance avec les agissements d’un certain Charles Blé Goudé sur les bords de lagune Ebrié. Sauf que ici, les motivations sont bien   différentes et un peu compréhensibles.
Au Mali, c’est l’impasse. Et le mauvais vent continue de souffler, insupportable, emplissant les yeux et les oreilles. Revigorés par les succès militaires, les rebelles sont sur le gué. Ils reprennent quelques forces avant de se jeter à nouveau dans l’enfer des combats que la Cedeao promet. “S’ils essaient de nous attaquer, ce sera l’embrasement total de la région”, a déjà averti Moussa Ag, le porte-parole du Mnla.

Lanciné Bakayoko, envoyé spécial à Mopti

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