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Assalé Tiémoko Antoine, Directeur général de « L`Eléphant Déchaîné » : «Gbagbo n`est plus au pouvoir, on ne peut pas continuer à tirer sur lui»
Publié le lundi 9 avril 2012   |  Le Banco


Presse
© L'elephant Déchaîné par DR
Presse nationale: Assalé Tiémoko Antoine, Directeur général de « L`Eléphant Déchaîné »
Photo: Assalé Tiémoko Antoine, Directeur général de « L`Eléphant Déchaîné »


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Dossier

Presse 2012
Bihebdomadaire paraissant les mardis et les vendredis, "L`Eléphant déchaîné" séduit de plus en plus les lecteurs ivoiriens et les observateurs de la presse de Côte d`Ivoire. Avec ses dossiers et enquêtes profonds, ce journal dérange et séduit à la fois (c`est selon) les Ivoiriens. Dans quelques semaines, ce journal aura 6 mois de parution régulière sur le territoire ivoirien. Entre séduction et menaces de mort aux journalistes, le journal continue son chemin et garde jalousement sa ligne satirique. Nous avons rencontré Antoine Assalé Tiémoko, Directeur général dudit journal. Interview.



Le 28 avril prochain jour pour jour, «L`Eléphant Déchaîné » aura 6 mois. Quel bilan faites-vous après plus de cinq mois de présence sur le marché étroit de la presse ivoirienne?

Le bilan de « L`Eléphant Déchaîné », après bientôt six mois de parution est positif, de notre point de vue. Quand nous disons que le bilan est positif, nous ne parlons pas du volet commercial, nous parlons surtout de la perception globale que les lecteurs ont de notre journal. Et à ce niveau, nous avons quelques motifs de satisfactions qui nous encouragent à garder le cap que nous avons choisi. Maintenant, pour ce qui concerne le volet commercial, ce n`est pas encore ce qu`on peut appeler une réussite totale mais il est encore trop tôt pour vraiment juger cet aspect. Dans un an, on verra !



Quand vous avez mis le premier numéro sur le marché et avec le retour que vous avez eu, vous pensiez que vous seriez encore sur le marché aujourd`hui, quand on sait que deux autres journaux parus dans la même période que « L`Eléphant Déchaîné » n`ont pas vécu plus de trois mois ?

Quand nous avons sorti le premier numéro, nous avons réalisé un taux de vente de 32%. Et d`après les responsables d`Edipresse, c`est plutôt rare que le premier numéro d`un journal mis sur le marché sans grande publicité réalise un tel taux de vente. Cela nous a beaucoup encouragés. Le premier trimestre, c`est-à-dire octobre-décembre, nous avons réalisé un taux de vente global d`environ 28%. Pour le deuxième trimestre, nous serons au-delà de ce chiffre. C`est très encourageant parce que le journal est nouveau et plus les jours passeront, plus il se fera connaître. Donc, les perspectives sont bonnes. Est-ce que nous savions que nous serions encore sur le marché après six mois ? La réponse est oui ! Pour la simple raison que le créneau que nous avons choisi, la satire, n`est pas très usité dans notre pays. Et il faut du temps, beaucoup de temps, pour que les gens découvrent ce nouveau genre. Nous sommes les seuls à le faire en ce moment et cela demande beaucoup de travail et surtout beaucoup de sérieux. Et quand on est sérieux dans ce qu`on fait, on avance. Donc nous avançons.



Justement, « L`Eléphant Déchaîné » est un journal qui se veut satirique à l`image de « Le Canard Enchaîné ». Mais certaines langues vous accusent de plagier le journal français.

Nous n`écoutons pas ce que racontent ceux qui n`entreprennent rien. Nous n`avons jamais fait de mystère sur le fait que « L`Eléphant Déchaîné » est inspiré du « Canard Enchaîné », le meilleur journal au monde de notre point de vue. Ce journal a 96 ans d`existence et il est unique dans son genre en France. Il traite l`actualité française, nous, nous traitons l`actualité ivoirienne et les questions qui intéressent les Ivoiriens, à notre manière. Au Niger, il y a « Le Canard Déchaîné », ils ne reproduisent pas les articles de « Le Canard Enchaîné ». Nous non plus, nous ne reproduisons pas les sujets traités par « Le Canard Enchaîné ». Nous aimons le type de journalisme qui est pratiqué par les animateurs de ce journal. Il n`y a aucun crime à s`inspirer de ce qui se fait le mieux ailleurs ! D`ailleurs, nous réalisons qu`il est très difficile de faire comme « Le Canard Enchaîné » dans notre pays.



Pourquoi ?

Mais pour la simple raison que notre pays n`est pas encore un pays véritablement démocratique et que les hommes politiques pensent que les journalistes doivent se mettre à leur service pour chanter leurs louanges. Il n`y a d`ailleurs pas que les hommes politiques. La plupart de ceux qui achètent les journaux dans ce pays sont formatés. Ils sont soit du bord Lmp, soit du bord Rhdp. Si un journal vient pour critiquer ces deux camps, pour mettre à nu les ridicules de leurs dirigeants, pour investiguer, fouiller dans les poubelles pour ressortir ce qu`on veut cacher au peuple comme nous essayons de le faire, ses lecteurs vont se compter sur les doigts d`une seule main. Parce que, ce que nous écrivons, et surtout le style dans lequel nous l`écrivons, ne plaît pas du tout aux deux camps politiques qu`il y a dans notre pays. Les militants du RDR, pas tous heureusement, ne font que nous insulter, nous traiter de tous les noms parce qu`on s`en prend à la gouvernance du Chef de l`Etat. Ceux du Fpi nous sont tombés sur le dos avec des messages violents mais depuis quelques temps, ils ont compris ça ne servait à rien de s`en prendre à nous parce que nous ne sommes pas au service d`un quelconque camp politique.



Est-ce à dire que « L`Eléphant Déchaîné » n`est pas lu par les hommes politiques ivoiriens et leurs partisans ?

Nous avons réalisé que la majorité de nos lecteurs sont des gens d`un certain niveau intellectuel, des gens très modérés, qui ne sont pas des partisans farouches des deux camps politiques que nous avons dans notre pays. Notre journal est lu par une certaine élite qui se dit fatiguée de la façon dont le journalisme est pratiqué dans notre pays avec des journalistes qu`ils qualifient de militants encagoulés de partis politiques. Cette élite achète notre journal sans s`attarder sur la « Une ». C`est le contenu global qui les intéresse. Par contre, les autres lecteurs qui se recrutent dans les partis politiques ont un comportement qui est lié à la « Une ». Par exemple, nous avons remarqué que le jour où notre « Une » épingle le président Alassane, notre taux de vente monte jusqu`à 42% voire 50%. Il en est de même quand c`est Laurent Gbagbo qui est allumé comme on le dit. C`est aussi le cas quand nous épinglons l`ex-Premier ministre Soro Guillaume ou quand ce sont les Frci qui passent à la trappe. Mais quand nous traitons des questions de bonne gouvernance, de violation des règles de procédure administratives, nous nous retrouvons avec la première catégorie de lecteurs, les fidèles, les modérés, ceux qui ne veulent pas de journalisme partisan.



Le comportement des lecteurs ne risque-t-il pas d`influencer à terme votre ligne éditoriale et vous amener à choisir un camp pour des raisons financières ?

Non, cela ne risque pas de nous arriver. Nous ne ferons pas du journalisme partisan. Nous ne changerons pas de cap quoi qu`il arrive. Nous ne mettrons jamais ce journal, pour des questions financières, au service d`un camp politique en Côte d`Ivoire. Il y a des hommes politiques et non des moindres qui nous ont déjà approchés pour nous proposer beaucoup d`argent afin de pouvoir entrer dans le capital de notre société. Ils veulent acheter carrément le journal, mais nous avons refusé, pour conserver notre indépendance. C`est un danger pour un pays que la presse soit inféodée aux partis politiques. On l`a déjà vu avec toutes les dérives qu`on a vécues et qui se poursuivent malheureusement encore, avec une certaine tempérance il est vrai, après les guerres que nous avons connues. Nous pensons qu`un journal comme « L`Eléphant Déchaîné » a un vrai avenir dans ce pays. Ça ne sera pas facile pour nous, nous en sommes conscients, mais nous avons l`obligation de tenir, pour le bien de ce pays. C`est Zio Moussa, le président de l`OLPED qui répète très souvent que les journaux foncièrement liés aux partis politiques n`ont pas d`avenir. Nous pensons qu`il a raison. Nous ne sommes pas des philanthropes c`est vrai, mais ce n`est pas pour nous enrichir que nous avons créé ce journal. Nous pensons que la démocratisation de ce pays, vaut ce sacrifice. C`est une question de temps, nous réussirons.



Justement, les gens continuent de s`interroger sur l`origine du financement de ce journal. Certains disent que ce sont des cadres du Pdci qui le financent et un nom, celui d`Ahoussou Jeannot est souvent cité. D`autres disent que ce sont des journalistes américains que vous avez rencontrés pendant votre séjour aux Etats-Unis qui vous ont aidé à créer ce journal. D`autres encore disent que c`est le Chef de l`Etat Alassane Ouattara qui vous a financé en sous-main après vous avoir reçu à Malabo en Guinée Equatoriale. D`autres enfin disent que ce sont des cadres de Lmp qui sont derrière vous, surtout que Kaé Eric vous a récemment adressé une lettre de félicitation.

Quand vous lisez ce journal, vous avez l`impression qu`il est financé par des hommes politiques ? Vous avez l`impression qu`il est financé par le Pdci avec le sort qui est celui de Bédié dans nos colonnes ? Vous avez aussi l`impression qu`il est financé par le président Alassane avec le traitement qui est le sien dans nos colonnes ? N`oubliez pas que « L`Eléphant Déchaîné » est le seul journal qui n`a pas eu accès au palais présidentiel en janvier dernier quand le chef de l`Etat recevait la presse ivoirienne. On nous a empêchés d`avoir accès au château ! Vous avez aussi l`impression que c`est le Fpi qui finance ce journal avec ce qu`on fait à Gbagbo et ses camardes dans nos colonnes ? Kaé Eric nous a écrit à titre personnel pour nous féliciter pour la qualité de notre travail et son courrier est suffisamment clair. Il n`y a pas à rechercher derrière ce courrier, quelques autres motivations que ce soit. Notre journal a été financé par des Ivoiriens qui ne sont pas dans les deals et autres compromissions des hommes politiques. Des gens qui ont honnêtement gagné leur argent, qui aiment vraiment ce pays et qui se battent pour le faire avancer sans qu`on les voie à la télévision ou au château. Des gens qui pensent qu`une presse véritablement crédible et indépendante est ce qu`il faut à ce pays pour avancer sur le chemin de la vérité et de la bonne gouvernance. De toutes les manières, on ne peut pas empêcher les gens de croire ce qu`ils veulent croire.



Et les journalistes américains ?

Depuis quand des journalistes américains financent la création de journaux en Afrique ? C`est une fable ! Avoir des relations avec des de journalistes vivant aux Etats-Unis ne signifie pas que ce sont eux qui sont derrière « L`Eléphant Déchaîné ».



« L`Eléphant Déchaîné » est-il un journal neutre ?

Non, ce n`est pas un journal neutre, c`est un journal indépendant, la nuance est importante ! Nous avons un parti pris, celui de la Côte d`Ivoire, celui de tous les Ivoiriens sans distinction. Et c`est pour cela que nous traitons nos sujets de façon totalement indépendante. Nous n`écrivons pas pour faire plaisir à qui que ce soit. C`est d`ailleurs ce qui ne plaît pas aux gens sous nos tropiques. Nous n`écrivons rien sans avoir fait des démarches auprès de toutes les personnes citées pour recueillir leur avis. Cela ne plaît pas aux gens, cela ne plaît pas à beaucoup de personnes que nous connaissons, mais c`est comme ça, nous n`y pouvons rien. Chacun des journalistes qui animent ce journal a ses convictions politiques mais ces convictions ne franchissent pas le portail du siège du journal. Nous les laissons dehors avant d`entrer, nous les récupérons à la descente.



Pourtant, on vous accuse de ne critiquer que le camp du président Alassane et ses ministres.

Ceux qui le disent, ce sont les partisans zélés du Rhdp et principalement ceux du Rdr. Ils pensent qu`on devrait passer notre temps à critiquer Laurent Gbagbo et son régime. Ils oublient que Gbagbo n`est plus au pouvoir et que celui à qui tous les Ivoiriens doivent demander des comptes aujourd`hui s`appelle Alassane Ouattara. Ils veulent qu`on équilibre les critiques, mais il n`y a rien à équilibrer. Gbagbo n`est plus au pouvoir. Tout le monde dans ce pays sait que nous n`avons fait aucun cadeau au régime de Gbagbo. C`est dans les colonnes de « L`Eléphant Déchaîné » que nous avons écrit, avec preuves à l`appui, que le régime de Laurent Gbagbo a détourné des centaines de milliards appartenant aux producteurs de café-cacao. Aucun journal ivoirien, même pas ceux du RHDP n`a jamais produit un tel dossier aussi accusateur sur la filière café-cacao. Mais Gbagbo n`est plus au pouvoir, et on voudrait qu`on continue à le critiquer, mais dans quel but ? Pour permettre à Ouattara d`arriver au pouvoir ? Mais il est déjà au pouvoir ! Il y a des journaux dans ce pays pour chanter les louanges du chef de l`Etat et vous les connaissez. D`ailleurs ils le font avec un zèle tout particulier, suivez notre regard. Nous, celui qui nous intéresse s`appelle Alassane Ouattara et pas Laurent Gbagbo. C`est Ouattara qui gouverne, ce sont les actes qu`il pose aujourd`hui en tant que président qui impactent positivement ou négativement nos vies, qu`on l`aime ou pas. Ce sont les actes de ceux qu`il a nommés pour une raison ou une autre, qui ont des incidences sur nos vies. Donc c`est le président Ouattara et son gouvernement qui nous intéressent et ça sera ainsi jusqu`à la fin de son mandat. S`il nomme des ministres issus du camp Lmp, ces derniers seront traités au même titre que tous les autres ministres, dans les colonnes de « L`Eléphant Déchaîné ».



On vous reproche surtout de ne pas mettre l`accent sur les actions positives du pouvoir en place et de critiquer seulement les mauvaises actions.

Mais les bonnes actions de ce gouvernement sont suffisamment chantées par les journaux du Rhdp. Et puis les gens oublient une chose extrêmement importante. « L`Eléphant Déchaîné » est un journal satirique. C`est le choix éditorial que nous avons fait. Et un journal satirique ne chante pas les louanges de qui que ce soit. Un journal satirique ne s`intéresse qu`au train qui arrive en retard, pas au train qui arrive à l`heure. Il faut que les gens retiennent cela parce qu`il y a beaucoup de confusions à ce niveau. On dit mais, Assalé Tiémoko est de mauvaise foi, il est contre le président Alassane, il ne reconnaît jamais les bonnes actions de son gouvernement. On ose même nous traiter « d`ivoiritaires » sur des sites Internet comme « lebanco.net », vous le savez, puisque c`est le site pour lequel vous travaillez. Mais la satire, c`est comme ça que ça fonctionne. Sinon, nous n`avons rien contre le président Alassane ! La satire, c`est un écrit qui s`attaque à quelque chose, à quelqu`un en s`en moquant et c`est ce que nous faisons, sans aucune mauvaise foi. Il y a les journaux partisans du Rhdp qui sont là pour chanter les louanges du régime Ouattara. Et ils le font très bien ! Il y a les journaux partisans de Lmp qui sont là pour tisser des couronnes à Laurent Gbagbo, qu`il pleuve ou qu`il neige. Et ils le font très bien et cela plaît à leurs lecteurs puisqu`ils tirent à des dizaines de milliers d`exemplaires à chaque parution. Nous, au regard de ce qui est fait par les deux camps, nous avons décidé de faire un journal satirique qui traite Ouattara, Bédié, Gbagbo et autres, de la même manière. Dans nos colonnes, le petit cireur de chaussures Adjamé a les mêmes droits que le président Alassane, les mêmes droits que l`ancien président Bédié, les mêmes droits que l`ancien président Gbagbo. Ça ne plaît pas aux gens, nous le savons mais on n`y peut rien ! C`est suffisamment clair ! Nous sommes un journal satirique, il faut que les gens le retiennent une bonne fois pour toute. Quand vous prenez « Le Canard Enchaîné », vous ne verrez nulle part qu`on chante les louanges de Sarkozy ou de François Hollande ou d`un quelconque homme politique français. Bien au contraire, ils sont tous massacrés avec le même professionnalisme, avec la même rigueur intellectuelle et journalistique. C`est la même chose que nous essayons de faire, pas avec la même réussite c`est vrai, mais ne nous n`avons que seulement cinq mois d`existence. « Le Canard Enchaîné » a 96 ans d`existence.



Quel objectif réel visez-vous en pratiquant le journalisme comme vous le faites dans « L`Eléphant Déchaîné » ?

Mais c`est tout simple ! Quand on dit que la presse est le 4ème pouvoir, ça veut simplement dire qu`elle est au service de la vérité, de la transparence, de la bonne gouvernance et de la démocratie. Le rôle de la presse, c`est de servir d`instrument de contrôle à distance de l`action des gouvernants. Donc, quand on dit que la presse est le 4ème pouvoir, c`est uniquement pour cela, sinon, cette assertion n`aurait aucun sens. Quel service la presse rendrait-elle à un pays, à un peuple si elle se met exclusivement au service des hommes politiques, si elle se met à couvrir leurs méfaits, à endoctriner le peuple, à lui cacher les dangers au-devant desquels les politiciens le conduisent ? Dans les pays de grande démocratie, il y a des journaux proches des camps politiques. En France par exemple, le journal « Libération » est plutôt proche de la Gauche et « Le Figaro » est proche de la Droite, « L`humanité » est plutôt proche du parti communiste, etc. Pourtant, les journalistes qui travaillent dans ces journaux sont de grands professionnels qui accomplissent leur travail dans le respect des règles du métier et qui ne cachent pas les forfaitures des hommes politiques de quelque bord que ce soit. Chez nous ici, on veut nous maintenir dans deux camps opposés. Si tu n`es pas avec Gbagbo et autres, c`est que tu es avec Ouattara et Bédié. Si tu n`es pas avec Ouattara et Bédié, c`est que tu es avec Gbagbo et autres. Et c`est de cette manière que presque tous les Ivoiriens raisonnent maintenant. Il suffit d`aller sur les forums de discussion sur internet pour s`en rendre compte, pour voir comment Assalé Tiémoko est insulté par les militants du Rdr et du Fpi, en fonction des articles. Il y a quelqu`un qui a promis récemment aux visiteurs de votre site, d`apporter des éléments qui prouvent que l`individu appelé Assalé Tiémoko a un passé sombre. Tout ça, parce que dans l`un de nos éditoriaux, nous avons écrit que ce sont des Ivoiriens écourés par ce qui se passe dans l`administration publique, qui nous apportent les informations que nous traitons dans notre journal ! Ça vous donne une idée du chemin qu`il nous reste à parcourir pour approcher la démocratie. Nous, ne voulons pas appartenir à un camp, notre objectif est d`ouvrer pour la transparence, pour dénoncer les impostures, les ridicules des dirigeants, pour diminuer la toute-puissance des hommes politiques qui se mettent au-dessus des lois et qui écrasent les populations. C`est cela notre objectif. C`est clair, c`est simple et ce n`est pas si facile à accepter.



Quand on lit « L`Eléphant Déchaîné », quand on voit les dossiers sensibles que vous traitez dans ce contexte d`insécurité généralisée, on a l`impression que vous êtes un suicidaire. Est-ce une fausse impression ?

Vous n`êtes pas le seul à avoir cette impression. Il y a même un ministre de Ouattara qui nous a appelés pour s`inquiéter pour nous, devant ce que nous faisons. Vous savez, sur cette terre, il y a deux choses qui effraient le plus les hommes, deux choses qui nous effraient tous. La prison et la mort. Pour la prison, tout le monde sait qu`elle ne nous dit plus absolument rien, même si c`est maintenant à la DST qu`on convoque les journalistes. Cela ne veut pas dire que nous voulons retourner en prison, là, maintenant ; nous voulons simplement dire qu`on ne peut plus nous effrayer avec ça. Quant à la mort, si c`est parce que nous voulons ouvrer pour la démocratie, pour la justice, pour la transparence, qu`on veut nous l`offrir en cadeau, eh bien nous disons que tout est entre les mains de Dieu. Mais cela ne peut pas nous empêcher de continuer à faire ce que nous avons commencé. On dit qu`avec l`arrivée de Ouattara au pouvoir, la Côte d`Ivoire est devenu un Etat de droit, une démocratie vraie. Mais dans un Etat de droit, lorsqu`un journaliste écrit des choses qui ne sont pas vraies, la personne incriminée a le droit de saisir la justice pour que le journaliste en question réponde de ses actes. Avant d`écrire quoi que ce soit sur quelqu`un, nous l`approchons toujours. Il y a beaucoup de dossiers que nous n`avons pas traités depuis des mois parce que les personnes qui sont concernées sont en exil, hors du pays. Mais quand on approche les gens, ils pensent que tous les journalistes ivoiriens sont pareils et qu`ils sont à la recherche d`argent, et ils vous méprisent, ils refusent de vous recevoir, de répondre aux lettres que vous leur adressez. Après, quand vous publiez votre article, ils sont choqués et n`hésitent pas à vous menacer de mort au lieu d`user des droits que la loi leur offre. Quand quelqu`un refuse d`emprunter la voie légale et qu`il use de menaces de mort, qu`il cherche à enlever un journaliste, c`est qu`il a vraiment des choses à se reprocher, c`est qu`il ne tient pas à ce que ses actes soient révélés à la nation. Quand on n`a rien à se reprocher et qu`on est accusé à tort, on saisit la justice. On ne tue pas le journaliste, on ne le menace pas de mort.



Recevez-vous des menaces de mort ?

Mais c`est au quotidien qu`on nous menace de mort ou d`enlèvement, qu`on nous insulte, qu`on nous traite de tous les noms ! Si on s`en tenait à cela, on ne viendrait même plus au travail ! Vous avez lu le droit de réponse que le Coordonnateur du Programme Civique National (PSCN) nous a adressé et que nous avons publié sur une page entière dans notre dernière édition ? Mais ce monsieur, nous avons été dans leurs locaux pour le rencontrer. Pendant deux heures de temps, personne n`a voulu nous recevoir. Par la suite, nous lui avons adressé un courrier avec décharge. Pendant huit jours, il n`a pas daigné nous répondre. Mais quand nous avons publié le dossier, il est entré en transe. Et c`est curieusement dans les colonnes d`un autre confrère qu`il est allé répondre aux questions qui se trouvaient dans le courrier que nous lui avons adressé. Questions auxquelles il n`a même pas répondues dans son droit de réponse qu`il nous a adressé. Récemment, nous avons dû changer tous nos contacts pour cause de menaces récurrentes de mort. Vous savez, il se passe beaucoup de vilaines choses dans ce pays. Les régimes changent, les hommes passent mais le système et les pratiques demeurent. Il n`y a vraiment rien de nouveau sous le soleil ! Même dans le milieu de la presse, des pratiques honteuses ont court. Il y a des dossiers que nous avons traités récemment et qui impliquaient des ministres et leurs collaborateurs. Nous avons, pendant des jours, mené des démarches auprès de ces derniers pour qu`ils répondent à nos questions. Ils ne nous ont servi que mépris et suffisance. Et lorsque nous avons publié les dossiers, ce sont d`autres confrères qui ont couru leur proposer leurs services pour qu`ils nous répondent dans leurs colonnes. C`est aussi cela la presse ivoirienne ! Ça fait pitié !



Avec tous les risques que vous prenez pour traiter des dossiers sensibles qui impliquent de hautes personnalités de l`Etat, est-ce que vous avez l`impression que le président de la République vous écoute, est-ce que vous avez l`impression qu`il prend en compte vos révélations ?

Pourquoi voulez-vous que le président de la République prenne en compte ce que nous écrivons ? Qui sommes-nous, pour qu`il nous écoute ? Tous les gens qu`il a nommés sont des gens parfaits qui ne posent aucun acte contraire aux principes de bonne gouvernance. A partir de ce moment, pourquoi voulez-vous qu`il écoute des journalistes ? Vous avez l`impression que Ouattara est un homme qui peut commettre des erreurs ? Non, il est infaillible et ses ministres sont aussi infaillibles ! Si les choses avaient vraiment changé dans notre pays avec l`arrivée de Mr Alassane au pouvoir, il y a au moins trois ministres qui ne feraient plus partie, au jour d`aujourd`hui, du gouvernement de Côte d`Ivoire. Tout le monde le sait ! Mais bon, Gbagbo est parti avec ses refondateurs dont la plupart ne savaient même pas ce que recouvrait le concept de refondation. C`est le tour de Ouattara avec ses camarades républicains, assistés de ses alliés du RHDP. Les combats politiques, comme chacun le sait, se mènent par génération et comme on le dit, les gens gouvernent et mangent aussi par génération. En France, en 2011, « Le Canard Enchaîné » a été directement à la base de la démission de trois ministres. Parce que dans ce pays, on ne joue pas avec l`argent public et les règles de bonne gouvernance. Ici, quand vous risquez votre vie pour démontrer qu`un ministre s`est amusé avec les règles de bonne gouvernance ou qu`il s`est accordé du bon temps avec l`argent public, on le reconduit à son poste, comme pour vous narguer. Et le lendemain, ce sont les collaborateurs de ce ministre que vous avez approchés pendant vos investigations, qui vous appellent avec des numéros masqués pour vous menacer de mort ou pour se moquer de vous !



Vous êtes déjà déçu de la gouvernance de Ouattara ?

Non, nous ne sommes pas déçus, puisque depuis 11 mois nous baignons tous dans le bonheur, nous vivons dans un Etat de droit où les dirigeants sont tous des saints à qui on ne peut rien reprocher. Nous vivons tous à présent dans un pays où règne la bonne gouvernance avec des ministres qui sont devenus pour la plupart, des commerçants qui se font des cadeaux dans les appels d`offres. Interrogez les opérateurs économiques et ils vous expliqueront les misères que leur font certains ministres de Ouattara. Nous, nous faisons ce que nous avons à faire, nous le faisons pour les Ivoiriens qui ont besoin de savoir ce que font leurs dirigeants une fois que les caméras de la RTI se sont éloignées. Vous savez, Albert Einstein disait que « le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire ». Chacun des Ivoiriens que nous sommes, a le devoir de contrôler l`action des gouvernants, de contrôler l`usage que les gouvernants font de l`argent public. C`est ce qu`on appelle la responsabilisation des dirigeants. C`est un devoir que nous impose notre qualité de citoyens puisque nous sommes dans une République et qu`à ce titre, nous ne sommes pas les sujets de qui que ce soit et qui devraient passer leur temps à applaudir le moindre remuement du chef.



Quel est le retour que vous avez eu sur certains grands dossiers que vous avez traités ?

Nous n`avons pas de suite du côté du Président de la République, pour ce qui concerne les articles qui ont révélé des pratiques de mauvaise gouvernance dans les ministères. Pour l`affaire Satarem et Greensol avec la ministre Anne Ouloto, l`appel d`offre a été annulé au motif que la ministre n`avait pas obtenu l`accord préalable du ministre de l`Economie et des Finances avant de lancer l`appel d`offre restreint. Nous en avons pris acte, même si nous savons que c`est une décision politique qui a été rendue pour sauver la face de la ministre. Il y a eu du faux et un délit d`initié dans cette affaire, nous l`avons démontré. Une société créée le 1er avril 2012 ne peut pas remporter un appel d`offre lancé le 1er octobre 2011. Ce n`est pas possible. C`était cela le fond de ce dossier. On nous a dit autre-chose. En revanche, nous sommes particulièrement satisfaits du dénouement de l`affaire Sabraoui, du nom de ce libanais qui a été libéré par un magistrat de la Cour d`appel après jugement public et qui a été maintenu en prison par une décision d`un autre magistrat de la même Cour et le même jour.



Dans cette affaire, vous avez osé traiter des magistrats de faussaires. Quelle relations avez-vous avec ce libanais ?

Nous n`avons aucune relation avec ce libanais qui heureusement a été libéré sur ordre d`une autorité politique. Ce libanais, nous l`avons jamais rencontré. Tout ce que nous savons, c`est qu`il a été libéré. Jusqu`au jour d`aujourd`hui, nous ne savons qui du chef de l`Etat ou du Garde des sceaux, ministre de la justice a ordonné sa libération. Il y a eu un incident en pleine audience à la Cour d`appel. Un de nos journalistes en a été témoin puisque ce journaliste a été désigné par la rédaction pour assister aux audiences qui se tiennent au palais de justice de Plateau. Il nous a fait un compte rendu sur cet incident. Nous avons investigué et nous avons découvert des choses absolument scandaleuses. Les preuves que nous avions nous ont amenés à dénoncer un magistrat hors hiérarchie qui ne devrait plus être aujourd`hui à son poste. Il y a eu du faux, il y a eu tentative de manipulation du ministre de la justice et partant, du chef de l`Etat. Heureusement la vérité a été découverte et l`injustice a été réparée. Vous savez qu`il y a trois ou quatre jours les dirigeants de l`ONG Transparency Justice qui sont aussi des magistrats, ont demandé que des sanctions exemplaires soient prises contre le magistrat qui a humilié tout l`appareil judiciaire de notre pays en agissant comme il l`a fait. Tout le monde a les yeux tournés vers le chef de l`Etat qui a promis l`année dernière, des sanctions contre les magistrats qui rendent des services au lieu de rendre la justice. La même ONG vient d`attribuer une note de 1,5 sur 10 à notre justice. Vous vous rendez compte ? 1,5 sur 10. Le président ne réussira pas à faire de la Côte d`Ivoire un Etat de droit avec une justice pareille.



Comment vis « L`Eléphant Déchaîné » puisque vous n`avez pas de publicité ? Êtes-vous des journalistes mercenaires comme quelqu`un l`a dit récemment ?

C`est la ministre de la Salubrité urbaine, Anne Ouloto, qui nous a traités de journalistes mercenaires. Nous le lui avons bien rendu ! Nous n`avons pas de publicité, mais nous vivons quand même ! La publicité, ça viendra un jour où ça ne viendra pas ! Nous savons comment ça fonctionne dans ce pays. Tout est lié à la politique. Si nous demeurons honnêtes, indépendants et sérieux, les Ivoiriens finiront par adopter notre journal. Et nous nous débrouillerons avec le fruit de nos ventes. C`est une question de temps. Si nos lecteurs se comptent par milliers, les annonceurs viendront seuls. Mais cela ne nous fera pas perdre notre indépendance puisque nous avons conçu ce projet sans prendre en compte la publicité. Si ça vient, ça sera un bonus ! Si ça ne vient pas, eh bien cela ne nous empêchera pas de continuer à faire ce que nous avons commencé. Nous nous battons pour notre pays, pour nos enfants, pour nous-mêmes. Le plus important, ce n`est pas l`argent, le plus important, c`est ce que nous pensons de ceux qui nous gouvernent.



En France, « Le Canard Enchaîné » n`accepte pas de publicité. Mais vous, vous acceptez la publicité.

Mais nous ne sommes pas en France et la France a une population supérieure de trois fois à la population ivoirienne. Combien sont-ils, les Ivoiriens qui ont les moyens de s`acheter chaque jour, un journal ? Les journaux ivoiriens qu`on considère comme les « grands » vivent pratiquement de la publicité. Si on leur supprime demain la manne provenant de la publicité, ils auront beaucoup de mal à fonctionner. Les ventes ne couvrent quasiment pas les frais d`impression. C`est même pour cette raison que la quasi-totalité des journaux ivoiriens sont inféodés aux partis politiques. Au moins de cette façon, ils ont en quelque sorte un lectorat captif auquel s`ajoutent quelques subventions provenant des hommes politiques. Nous ne sommes pas dans cette catégorie. Cela fait bientôt six mois que nous paraissons et nous ne croulons pas sous le poids des dettes. Nous n`en avons même pas ! Pourtant nous n`avons pas de publicité et les hommes politiques ne nous financent pas.



Un dernier mot ?

Juste dire merci à nos lecteurs qui nous font confiance et qui dépensent 600FCFA dans cette période difficile, pour acheter les deux numéros hebdomadaires de notre journal. C`est un grand sacrifice ! Et cela mérite que nous fassions le journalisme autrement, malgré ce que cela nous coûte et nous coûtera.

Interview réalisée par Guy TRESSIA

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