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Dossier / Rap ivoirien : On se marche sur les pieds
Publié le samedi 23 juin 2012   |  L'intelligent d'Abidjan




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- Abidjan.net - 8/6/2012

Dossier

Showbiz 2012
Le rap est une forme d'expression vocale sur fond musical, appartenant au mouvement culturel hip-hop. Il est apparu au milieu des années 1970 dans les ghettos aux États-Unis, précisément dans le Bronx. Le rap consiste le plus souvent à égrener des couplets rimés, séparés par des refrains accompagnés de rythmes (beat, scratching, échantillonnage). Ayant été influencé par d'autres genres musicaux (reggae, blues, jazz, etc.), le rap a acquis une popularité de plus en plus grande au fil des années 1980.En Côte d’Ivoire, il a fait son apparition depuis le milieu des années 80, et depuis, il est impossible de parler de culture sans l’évoquer.

Le rap ivoirien est né lors de l'été 1985, alors qu'un étudiant ivoirien en France, Yves Zogbo Junior, revient au pays. Ce dernier lance l'émission «Zim Zim Flash» sur la RTI( Radiodiffusion Télévision Ivoirienne) .Le premier maxi du rap ivoirien naît lors de ce même été, c'est le groupe ACB (Abidjan City Breaker) constitué de Ziké, Shalamar, Franky, Pacôme et de Junior lui-même, qui sort cet enregistrement.

L’ère Yves Zogbo and Co…
Les fans de ce groupe ne se comptent plus. Toute la jeunesse ivoirienne n’avait d’yeux que pour Junior et ses «branchés». Les jeunes «aficionados» changent de style ; tout le monde se met à la casquette renversée, au jogging ou au survêtement. Condition absolue pour être un branché et s’essayer au Break dance. Et l’aventure se poursuit ainsi jusqu’en 1989. Là, le mouvement va s’accélérer. Le rap va quitter les milieux huppés pour se retrouver dans les rues. Le style va changer. Un mélange de beats américains et de fanfare sur lequel sont débités des paroles en nouchi, l’argot sorti des ghettos d’Abidjan. Les précurseurs s’appellent RAS composé de Turbo, Power et Scorpio. Leur premier opus, «Agnangnan» est produit par François Konian. «Notre rap, c’est le rap fanfare» affirment-ils. Cet été là, les RAS n’ont pas d’égal dans le gotha musical. Aidé par le fait que « Agnangnan » ait été choisi ces vacances là comme le morceau imposé pour l’émission dénommée Variétoscope. L’album se vend comme des petits pains et il cartonne en tête de tous les hits parades. On parle de 130000 albums vendus ; une révolution dans la musique en Côte d’Ivoire. Mais à côté, Rap Kenny avec «Samaraklo», Roch Bi avec «djossaï», un album qui caricature et rythme le quotidien des enfants qui vivent dans les rues du Plateau (les djosseurs de naman), produit et arrangé par Houon Pierre, font aussi les beaux jours du hip hop made in Côte d’Ivoire. Leur style bien particulier à chacun d’eux n’est pas au fond différent du style des Ras.

Ascension d’un genre musical
Après s’être séparés de Scorpio pour des raisons de discipline, dit-on, Power et Turbo s’attachent les services de Tina Spencer. L’album, le deuxième du genre, s’appelle «Magnon dance» et le succès est aussi grand que sur le premier album. En solo, Scorpio sort «Zadi bobo», une reprise du titre éponyme d’Ernesto Djédjé sur fond de rap. Pour un premier essai, c’est un coup de maître. Le rap impose sa loi aux autres genres musicaux. Les GI’S dans «A beat of love», sorti la même année défraient aussi la chronique aux côtés de Junior et les Crazy B dans lequel figure Angelo. A la télévision nationale, Yves Zogbo, le précurseur, amplifie le mouvement avec son émission à succès, Videostar. Sur Fréquence II, la deuxième chaîne de la radio nationale qui vient d’être créée, Mc Claver, se pose comme un farouche défenseur du hip hop. Chaque mercredi à partir de 14 heures, Zone Rap qu’il anime, est un véritable culte au hip hop. Entre temps, le zouglou( un autre genre musical) est né et menace la popularité du rap. Les aficionados sont divisés et basculent dans le camp de cette nouvelle musique urbaine qui donne de l’espoir dans un contexte de pauvreté et de troubles sociopolitiques. Le hip hop perd son hégémonie, mais dans le «underground», les amateurs continuent d’y croire et se motivent avec des sons importés de France et des Etats-Unis. Mc Solaar, Iam, Naughty by Nature, etc., pallient l’absence des locaux qui ont du mal à reprendre la main. Les MAM, bien qu’adulés pour «Hold up», leur premier-né, ont du mal à redonner le pouvoir au mouvement. Cette situation va durer des années pour finalement prendre fin au début de l’année 1997. Amighty, transfuge de Kideath et membre du Ministère Othentik sort Le Dieu du Swing. Au même moment, Stezo de la Flotte Impériale présente «Entre dans ma danse». Ce sont deux styles vraiment différents, mais très intéressants. Almighty et le Ministère Othentik représentent les «gosses du ghetto» avec un style et des textes «hardcore» qui plaisent mais qui choquent. Stezo et sa Flotte Impériale au contraire, prônent un style beaucoup plus « intello » avec des textes qui dépeignent des faits de société dans un style de « fils à papa », venus des quartiers huppés de Cocody. Très vite, la rivalité naît entre eux et profite à redonner au hip hop une notoriété encore plus grande. Un peu à l’image de la rivalité qui a opposé aux Etats-Unis, feux Biggie Small et 2 Pac. C’est le printemps du rap. A eux seuls, ils permettent au rap ivoirien d’exploser au-delà des frontières africaines, juste derrière les Positiv Black Soul du Sénégal, composée de Dug E.T et Didier Awadi. Plus aucun autre genre musical ne fait le poids. La saine émulation qui animait le mouvement entre ces deux géants, va faire place à l’animosité. Par médias interposés, les deux artistes ne manquent pas d’occasion pour se lancer des pics et tenter de se poser chacun comme le meilleur de la place. La rivalité sort des spectacles pour se retrouver dans la rue, où les fans eux aussi s’entredéchirent entre eux. Elle atteint les sommets avec le fameux «combat des titans», ce duel qui oppose les deux «rapologues» un soir de Mai 1997 à la salle des fêtes de l’hôtel Ivoire.

Claver contre Baba, Clash radiodiffusé
Dans les medias également, le mal est visible. Baba Coulibaly, animateur télé et pro-Almighty écope d’une suspension pour propos mal placés à l’encontre de son collègue pro-Stezo de la radio, Mc Claver. De 1997 à 1999, c’est un nombre incalculable d’albums hip hop qui inonde les marchés et les radios. Amighty revient avec Le Rebel et Stezo, L’homme, un loup pour l’homme. 15-49, DDF, Never Fail, Tony la bêtise, Isaac Alerte (aujourd’hui Zakala), Angelo Dogba, Kajeem, etc, font les beaux jours de ce printemps. Entre temps, leur problème de leadership de laquelle des profitaient bien des organisateurs de spectacles commence à lasser les fans qui ne comprennent pas qu’en réalité, c’était un «beef», comme l’explique ici Stezo : «Notre opposition était une promotion marketing. Sinon, je pense qu’il y aurait eu des morts, parce que ça avait atteint un niveau sérieux. Ce n’est pas qu’on voulait opposer des jeunes. Les américains appellent ça le «beef». Le rap est très complexe. Il a été créé pour revendiquer la cause des peuples qui souffrent. Le rap est tellement complexe que pour l’éclore et le faire sortir, il y a des stratégies qui vont avec. Ça a toujours été ainsi partout où il a fallu imposer le rap. C’est ça les «beefs» qui sont en fait des clashs, des oppositions entre des MC. Juste pour faire décoller le mouvement». Mais incomprise du public, cette autre forme de marketing va au contraire contribuer à faire chuter la notoriété du mouvement. Les fans en ont marre et montrent visiblement leur désintérêt pour la chose. Même «Predator», l’album qu’ils sortent en commun en 2000 pour, disent-ils, sceller la réconciliation, n’y changera rien. C’est le début d’une longue traversée du désert.

La longue traversée
du désert
A partir de 2000, le hip hop va connaître son déclin. Les figures de proue sont moins en vue. Les amateurs continuent de sortir des albums qui plaisent, mais le cercle de fans est très restreint. Toute chose qui confirme la « faillite ». Les « hiphopfiles » essuient même les railleries des autres artistes, notamment les faiseurs de zouglou. On les traite de « yoyoyo » qui singent les Américains et qui sont visiblement en déphasage avec les réalités ivoiriennes. En tout cas, les jeunes de Côte d’Ivoire dans leur majorité ne les « kiffent » plus. Ils aiment bien ‘’Tour de Garde’’, Pris’k Muss de MAM, mais cela n’est pas suffisant pour redorer le blason du rap. Entre temps, les cadors, Amighty, Stezo et Angelo décident de vivre l’aventure. Ils vont mener une autre vie loin des bords de la lagune Ebrié. Les deux premiers-cités en France et le troisième, aux Etats-Unis. Mc Claver converti au christianisme, regagne son pays d’origine le Burkina-Faso pour faire l’œuvre du Christ. La relève n’étant suffisamment pas bien assurée, ils venaient ainsi de décider de l’arrêt de mort du mouvement qui leur tenait pourtant à cœur. Pendant au moins cinq bonnes années, le rap va broyer du noir.

L’espoir qui renaît
Loin de se décourager, les « yoyoyo » travaillent dans l’ombre. Ils vont finir par récolter 5 à 6 ans après le fruit de leur labeur. En effet, en 2006, au moment où on s’attendait le moins des sons de rap d’un style peu ordinaire sont distillés à profusion sur les radios. C’est du « rap Abidjanais » et les auteurs s’appellent Garba50 composé de Soo et Oli tous deux étudiants à l’Université d’Abidjan-Cocody. Dans leurs textes, les garçons croquent en argot le quotidien des Ivoiriens avec un brin d’humour. Leur album «y en a pour les oreilles» défraie la chronique. Jeunes et vieux en parlent dans les foyers. «On pisse dans la rue et puis ça va pas quelque part, dans ce pays, c’est comme ça. On va faire comment ?». Ce refrain est bien connu de tous et marque par la même occasion le retour du Hip Hop au devant de la scène. Dans la foulée, Billy Billy sort aussi dans le même style, «Nouvelles du pays», son premier album. C’est le début de la renaissance. Connu pour son franc-parler et mieux encadré, Billy Billy est plus sollicité. Il glane des prix et est invité partout en Afrique et même en France pour animer des spectacles. Son succès fait des émules et les productions discographiques de rap redeviennent légion. Gbonhi yoyoyo, Nash La go cracra du djassa (en solo), Rudy, Raj man, Mobio l’Ebrié… participent à cette renaissance. Désormais, la destination Hip hop est très intéressante pour les promoteurs culturels. Malgré la présence écrasante du coupé-décalé, les faiseurs de Hip Hop continuent de faire leur petit bonhomme de chemin. Même s’ils ne sont plus en vue comme au temps des Yves Zogbo, Amighty et autres, Angelo et les nouveaux continuent quand même de maintenir la passion de 27 années pour ce genre musical, venu de très loin. Du pays de l’oncle Sam.

JG Tapé

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