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Enquête Express/ Location des journaux : Un crime contre la presse ; Un business qui tue les entreprises de presse
Publié le mardi 26 juin 2012   |  Le Mandat


Présidentielle
© Reuters
Présidentielle 2010 : Les journaux annoncant les résutats


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Dossier

Presse 2012
Les entreprises de presse en Côte d’Ivoire sont confrontées à d’énormes difficultés. Entre autres, la location de journaux qui prend de l’ampleur dans la ville d’Abidjan. Constat…

La presse écrite est confrontée à une nouvelle race de lecteurs qui ne paie pas de journaux. Leur trouvaille : faire de la location. Connus depuis le printemps de la presse, en 1990, pour leur goût prononcé pour la titrologie -pratique consistant à parcourir les titres des journaux sans payer- les consommateurs de produits de presse parcourent maintenant les journaux dans les moindres recoins. Article par article, toutes les rubriques sont visitées. Assis devant la feuille de contre-plaqué servant de tableau d’affichage de Mory, le vendeur de journaux du quartier, des jeunes venus pour s’adonner à leur activité quotidienne prennent place. Ils commencent tout d’abord par tancer les journalistes qu’ils qualifient, en chœur, de griots des hommes politiques, après avoir parcouru les titres. Ensuite vient la lecture journal par journal. Au nombre de trois, chacun s’octroie, sous le regard complice du vendeur, un tabloïd. Quelques minutes après, ils changent chacun de titre... Ainsi, toutes les parutions sont lues de fond en comble par ces trois jeunes gens qui, apparemment, ne sont pas à leur première entreprise. Vu la familiarité avec le vendeur et le manque de gène avec lequel ils fouillent les journaux. Une fois partis, nous essayons d’en savoir plus en soumettant le vendeur à une série de questions. Sans grande difficulté, Mory déballe tout. « Cette pratique n’est pas nouvelle. Ils viennent chaque jour lire les journaux. En retour ils me glissent des pièces, 100 ou 200 FCFA par jour. C’est avec ça que je me débrouille. En principe, c’est 50 FCFA par journal, mais comme nous sommes tous au quartier, je leur fait un prix ami », indique le vendeur. Une excellente affaire pour Mory, qui semble s’y complaire. C’est la méthode la plus courante. Mais, d’autres formes de location plus classiques existent. Notre randonnée nous mène à la Riviera 3. Dans une station de lavage auto où nous attendons que notre véhicule passe sous les jets d’eau, le propriétaire des lieux nous demande de prendre place sous une bâche servant de salle d’attente.

Une vermine pour la presse privée
Devant nous, sur un guéridon, une pile de journaux: des quotidiens aux mensuels, en passant par les hebdomadaires Une dotation à la disposition de la clientèle. Gracieusement. Il nous donne donc la permission de les consulter selon notre bon vouloir. Du coup, nous lui faisons savoir que cela pourrait constituer un gros budget pour lui. BK en retour nous demande de ne pas nous faire de soucis quant au coût financier. Il nous explique alors qu’il ne s’agit pas d’achat mais d’une simple location. « Le vendeur passe me donner un exemplaire de chaque journal tous les jours. Une fois la nuit tombée, il passe les récupérer moyennant 1000 FCFA. Je paie donc cette somme pour avoir toutes les parutions de la journée. Tous mes clients lisent ces journaux. C’est ma manière à moi de les fidéliser », fait savoir B.K. La vie de l’entreprise de presse, il s’en moque. Les exemples en la matière sont légion dans les quartiers d’Abidjan et cette pratique semble rentrer dans les habitudes des Ivoiriens. Et ce, au grand dam des journalistes et des entreprises de presse, et surtout de presse privée qui tirent une grande partie de leurs revenus de la vente des journaux. Les propriétaires de journaux privés sont, eux, moins ravis. « Pour les lecteurs habitués, c’est une bonne chose. Pour les maisons de presse, ça l’est moins », estime un patron de presse. « Chaque journal qui est loué au lieu d’être vendu représente un challenge supplémentaire pour ceux qui tentent de survivre dans le difficile environnement des médias en Côte d’Ivoire, dominé par les publications publiques et en forte concurrence avec la presse en ligne», ajoute-t-il. Les chiffres que publie régulièrement le Conseil national de la presse (CNP) ne sont pas reluisants. Ils sont pourtant loin de refléter la réalité. Ils auraient pu être multipliés au moins par deux si les locataires des journaux passaient à l’acte d’achat, une fois en passant. Les entreprises de presse privée sont fortement endettées du fait de cette gangrène. Si ce n’est pas l’imprimeur qui menace de suspendre le tirage des journaux, ce sont les journalistes qui cumulent plusieurs mois d’arriérés de salaire. Voici l’une des cruelles réalités de la presse écrite en Côte d’Ivoire.
F.TAKY

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