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Veillée, Transfert de corps, Inhumation… : Tout sur les nouveaux riches de la mort
Publié le mercredi 14 novembre 2012  |  Abidjan24h


Sept
© Reuters
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La mort se présente comme une étape indéniable dans la vie de tout être humain. Même si la nature a prévu que tous les hommes doivent retourner à la terre, nous constatons cependant que les cérémonies d’adieu des hommes different d’un mort à un autre, selon que le défunt est issu d’une famille aisée ou pas. Mais à quelles fins répondent tous ces folklores ? Jeudi 25 octobre 2012. Il est 21heures, lorsque nous arpentons les rues de Koumassi Remblais. Direction, le domicile de feu Blé M., un cadre de société qui a tiré sa révérence en début du mois d’août 2012. A quelques encablures du domicile du défunt, sont stationnés des véhicules. De tous genres : signe visible du rang social et la qualité des personnes qui s’y trouvent. La principale voie menant au domicile du défunt a été transformée pour les circonstances, en parking suscitant du coup la curiosité des habitants et passants dans le quartier. Huit bâches, plus de six cent chaises, une sonorisation de haute qualité. En tout cas, la famille n’a rien négligé au niveau de la logistique pour la réception de parents et amis venus participer à la veillée du défunt. Le cercueil à 1, 5 millions Fcfa. Après nous être inclinés sur la dépouille mortelle, nous avons aussitôt pris place derrière l’une des deux chorales qui animaient la partie religieuse de cette veillée funèbre. Nous faisions face au cercueil qui ne laissait également personne indifférent. Renseignement pris, il s’agit d’un cercueil ‘’américain’’. Ce cercueil se paye sur commande. Sa particularité, c’est que non seulement il est fait à base d’un bois de bronze, mais il est doté d’une manivelle permettant d’amener le corps à la surface ou de le faire descendre à l’intérieur sans difficulté. 1,5 millions F Cfa, tel est le coût de ce cercueil, indique Blé K., neveu du défunt avec qui nous échangions depuis maintenant deux heures dans un maquis proche du lieu des obsèques. 24h30 minutes. La veillée religieuse prend fin. Place à la veillée traditionnelle et profane. L’occasion est donnée de voir la prestation de certains groupes ‘’Wôyô’’ de la commune de Koumassi, ainsi que la prestation de certains artistes, amis de la famille. C’était pour eux une manière de rendre hommage à cet homme qu’ils ont côtoyé et aimé. Mais entre deux prestations artistiques, et la musique des Dj, un homme assis derrière une table, chargé de recevoir les dons, ordonnait momentanément l’interruption des danses et de la musique pour faire le point des présents reçus. Vers 2 heures du matin, 900.000 F Cfa, plusieurs complets de pagnes, de la boisson, des vivres. Tel était le bilan qu’a fait ce porte-parole de la famille. Ces dons venaient des amis et parents du village, des collègues de service, des voisins, des associations du quartier. « Cette somme est insignifiante face aux dépenses que nous avons effectuées », lâche Blé K. entre deux verre de vin. « Si les hommes ne cotisent pas beaucoup, nous n’entrerons pas dans nos fonds », poursuit-il, en saisissant la bouteille de vin à moitié vide, les yeux rougis par l’alcool. Des dépenses énormes Du 10 août au 25 octobre 2012, c’est le séjour qu’a fait le corps de Blé M. dans les services de la morgue d’une pompe funèbre de la place. Un séjour qui a coûté la somme de 540.000 F Cfa à la famille. Les frais de la veillée du corps, le transfert de la dépouille mortelle à la maison, la location du corbillard Mercedes, l’achat de la tenue vestimentaire du défunt et autres charges ont été évalués à plus d’un millions F Cfa selon notre interlocuteur. « Et ce n’est pas tout », ajoute-t-il, « Nous avons budgétisé 485.000 F Cfa pour cette veillée.

Mais, apparemment, ça sera plus, parce que la veillée n’est pas encore terminée et nous sommes déjà à 500.000 F Cfa. A ces frais, si nous ajoutons, les dépenses de la tombe, la fanfare qui accompagnera le corps demain à l’église, puis au cimétière de Williamsville, nous avoisinons un total de quatre millions de F Cfa. On ne sait jamais, il peut avoir des imprévus. Il faut prévoir tout cela », conclut Blé K. Interrogés sur les raisons qui les ont motivés à effectuer tant de dépenses, Blé K. et de nombreux membres de la famille ont soutenu que le défunt était un haut cadre d’une société, un homme nanti et bien connu. Donc, il serait inconcevable de leur part de ne pas lui offrir des obsèques dignes de son rang. Aussi, soulignent-ils, « C’est pour la dernière fois que nous voyons notre frère. Donc, tout ce que nous pouvons faire pour lui dire adieu, nous le faisons. Même si c’est pour dépenser beaucoup ». Le point de vue de cette famille est partagé par de nombreuses personnes, dont K.A., un membre de la famille Koutouan d’Anono. Il raconte que lors du décès de chef Koutouan F. en 2007, de nombreuses dépenses ont été faites. K.A. qui affirme ne pas se rappeler du montant exact de la somme investie dans l’organisation de ces obsèques, a précisé que les cérémonies d’adieu ont duré toute une semaine. « Nous avons organisé des veillées toute une semaine. Sur la place publique du village, dix bâches, ainsi que des centaines de chaises ont été installées. Un bœuf, des moutons des centaines de volailles ont été immolés à cette occasion ». K.A. n’omet pas de faire remarquer que la famille et le village, pour manifester leur attachement à leur chef, lui ont offert un cercueil de qualité. Ce cercueil, précise-t-il, était en forme de berceau et le défunt a été conduit à sa dernière demeure dans un corbillard Mercedes au son de la musique de la fanfare du village. Les funérailles ‘’tonnerre’’ et ‘’Tempo’’ Des funérailles carnavalesques de ce genre, on en rencontre un peu partout en Côte d’Ivoire. Les gens en organisent fréquemment lors de décès des notables, des personnes âgées ou des hommes de notoriété. Les funérailles des personnes âgées (dont l’âge avoisine ou dépasse 100 ans) prennent souvent une allure de fête. Elles sont une occasion pour la famille éplorée de se vanter d’avoir eu en leur sein une personne centenaire. Pour exprimer ce sentiment d’orgueil, des uniformes sont imposés aux enfants, ainsi qu’aux arrières-pétits enfants. Des cotisations faramineuses sont imposées dans le but d’atteindre le budget des centaines de mille ou de millions Fcfa élaboré pour la circonstance. Ces obsèques qui prennent souvent une allure de réjouissance sont baptisés ‘’ Tonnerre’’ par le commun des mortels, en référence à l’émission musicale et satirique de la Rti première chaine. Le programme de certains obsèques est ponctué par des prestations d’artistes. Ce genre de funérailles baptisé encore ‘’ Tempo’’, est fréquent en pays Bété et en pays Attié. ‘’Tempo’’ est célébré lors des funérailles des vieilles personnes ou même des jeunes, peu importe, que le défunt soit connu ou pas, cela n’a pas d’importance.

Les funérailles, une tontine Selon les personnes rencontrées, l’organisation des funérailles grandioses répond à un but : « se faire voir ». Les familles éplorées agissent ainsi à cause de l’entourage. Pour ne pas que les voisins ou les connaissances les traitent de personnes pauvres, elles sont obligées de s’endetter pour l’organisation d’obsèques grandioses. Quant à M. Hyppolite, commerçant à Koumassi, il est plus amer. Pour lui, « les funérailles sont une tontine ». Car, les gens se rendent massivement aux funérailles et donnent leurs contributions dans l’espoir qu’à leur tour, cet ‘’investissement’’ qu’ils font leur soit remboursé. « Alors pour que cet investissement leur soit remboursé, ils sont obligés, à leur tour, d’organiser des obsèques au-delà de leurs capacités financières dans l’espoir de récolter assez de fonds. » Pour M. Hyppolite, c’est donc un fonds de commerce. Des fonds de commerce qui malheureusement serviront à l’oncle, au neveu ou au chef de famille. Celui-ci s’en servira pour la prospérité de ses affaires, au détriment de la veuve et des orphelins.

A. Sangaré

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