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Le Patriote N° 3900 du 21/11/2012

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Interview / Constance Yaï : “La femme n`est pas le chef de la famille, la loi ne le dit pas”
Publié le mercredi 21 novembre 2012  |  Le Patriote


Francophonie
© Abidjan.net
Francophonie : La Directrice Générale de l`AICF, Mme Constance Yai vient en aide aux femmes déguerpies
Samedi 8 octobre 2011. Abidjan, mairie d`Abobo. La Directrice Générale de l`AICF, Mme Constance Yai apporte son soutien aux commercantes déguerpies par les travaux d`assainissement.


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Militante reconnue des droits de la femme, Constante Yaï, ancienne ministre, est une femme comblée depuis le vote du projet de loi sur le mariage. Cette loi, est selon elle, tout à l’honneur du président de la République, mais a surtout l’avantage de donner à la femme, de jouer, le rôle qu’elle a toujours occupé dans le foyer. Entretien.
Le Patriote : Le gouvernement vient de soumettre à l’Assemblée Nationale un projet de loi modifiant la nouvelle loi sur le mariage. Quelle lecture faites-vous de cette loi, qui crée la polémique ?

Constance Yaï : contrairement à ce que les gens disent, il ne s’agit pas d’une nouvelle loi. Cette loi n’est que la conséquence d’une Convention ratifiée par notre pays depuis 1995. Je crois que les Ivoiriens réagissent maintenant parce qu’ils ne savaient pas que notre pays avait déjà pris cet engagement. A la limite, je peux leur dire que c’est déjà fait. Si je suis leur logique, je vais leur demander de ne pas se limiter au rejet du projet de loi, mais il faut demander à l’Etat de Côte d’Ivoire de ne plus se reconnaître dans la ratification de la Convention sur l’élimination des toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF), par le Président Henri Konan Bédié. C’est dans l’ordre normal des choses que nous en arrivions à cette loi. Une convention a été ratifiée. Dans tous les pays du monde – et la Côte d’Ivoire fait partie du monde – lorsqu’une Convention est ratifiée, la conséquence logique, c’est l’harmonisation des lois nationales avec elle. Tous les bruits qu’on entend de part et d’autre à mon avis sont le fait de gens qui peut-être utilisent cette loi comme prétexte pour exprimer une fois de plus leur hargne contre les femmes, leur refus du progrès. Peut-être même aussi, leur opposition au gouvernement.

LP : Qu’est-ce que cette loi change en réalité dans la gouvernance ?
C.Y. : Beaucoup de chose. Nous entrons dans une nouvelle ère. Je vous invite d’ailleurs à observer les décisions du chef de l’Etat. Pour la première fois, dans ce pays, nous avons une femme comme présidente d’une des hautes institutions de l’Etat : Mme Henriette Dagri Diabaté à la Grande chancellerie de l’Ordre national. Pour la première fois aussi, nous avons une femme Générale dans l’armée : Kouamé Akissi, Directrice du service de santé et de l’action sociale des armées. Les exemples sont foison dans les nominations du Président de la république. Qu’est-ce que cela traduit ? Je crois, sa volonté de briser des tabous. Aujourd’hui, il s’agit de la reconnaissance du rôle de la femme dans la cellule familiale. Nous attendons maintenant que le chef de l’Etat et le gouvernement aillent beaucoup plus loin en s’attelant à la parité et aux quotas dans l’administration publique. Le gouvernement français comporte aujourd’hui un nombre égalitaire entre homme et femmes. Au Sénégal, l’Assemblée nationale est composée de près de 43,33% de femmes.

LP : Selon vous, qu’est ce qui va concrètement changer dans le couple par rapport à cette loi?
CY : Rien, justement. Des journalistes se sont amusés à mettre à la Une de leurs journaux : la femme désormais chef de famille. Ce n’est pas vrai. D’abord la loi ne le dit pas. La loi met la femme et l’homme sur le même pied d’égalité. C’est ce qui est. Je fais partie des gens qui disent que la femme assure plus de responsabilité que l’homme. S’il ne tenait qu’à moi, on dirait que l’homme seconde la femme dans les charges du ménage. Parce que si on est honnête, on sait ce que représente la femme dans nos sociétés. Je crois que c’est une reconnaissance du rôle des femmes et de leur travail. L’Etat reconnaît enfin que la femme aux côtés de l’homme, fait un travail. Ce travail est reconnu. Ce qui va changer peut-être, ce sera au niveau des papiers, de l’administration ou au niveau des entrées d’argent. Parce que, figurez-vous que nos salaires étaient traités comme ceux d’enfants mineurs. Par le mariage, la femme devenait mineure. Ce n’est pas juste que les individus du même âge qui se marient, de façon subite, à cause du mariage, l’un se met sous la tutelle de l’autre. Je suis convaincue que si chacun avait bien lu le projet de loi, il n’y aurait pas ces réactions là. Les hommes savent très bien qui gère la famille. Prenez deux cas : 1/ les familles où l’homme décède et 2/, les familles où la femme décède. Du point de vue de l’organisation sociale de la famille, à part les questions économiques, lorsqu’il n’y a pas de femme, tout est déstabilisé. Beaucoup d’enfants arrêtent leurs études parce que la mère n’est plus là. Par l’absence du père, on a des raisons économiques effectivement d’en souffrir mais du point de vue de la présence psychologique, la difficulté de présence est moins forte. La loi vient simplement reconnaître aux femmes le travail qu’elles font avec les hommes à l’intérieur de la famille. La loi vient aussi dire aux femmes : ces enfants sont les vôtres, vous êtes tenues pour responsables.

LP : Justement, des femmes se plaignent évoquant qu’elles ne sont pas prêtes à participer à la vie financière du ménage.
CY : Je n’en veux pas aux femmes qui sont contre la loi. Pour beaucoup d’entre elles, il est commode d’aller au mariage pour se faire entretenir. Il y a une catégorie qui se complaît dans cette situation. Franchement, je ne me battrai pas pour elles. Ces femmes là ont besoin d’être sensibilisée sur leurs droits. Elles ne sont pas un exemple, surtout pour les femmes travailleuses. La plupart des femmes savent le travail qu’elles font dans la famille. Elles savent ce qu’elles représentent pour leur époux et pour leurs enfants. Elles ont été les soutiens de leur mari. Les femmes ont des rôles multiples dans la famille. Qu’on ne leur fasse pas l’injure d’être considérées comme des assistées. Je rappelle que lorsqu’en 1995, nous avons mené la lutte pour que le Président Bédié ratifie cette Convention, nous nous sommes assises pour souhaiter l’harmonisation de nos lois. Nous nous sommes battues pour que la pension de la femme décédée soit reversée à son mari.

LP : Comment une femme en milieu rural doit-elle comprendre cette loi ?
CY : On fait comme si ce sont tous les couples qui sont concernés par cette loi. Malheureusement dans notre pays, ce n’est pas tout le monde qui fait reconnaître son mariage à l’Etat civil. Beaucoup de femmes, malheureusement en milieu rural, sont mariées du point de vue de la tradition. Elles n’ont pas de problème à priori. Mais les femmes rurales qui sont mariées à compter de ce jour, sont à égalité avec leur mari. La loi est la même pour toutes les femmes. Le travail difficile qu’elles font au village sera enfin pris en compte, y compris leurs droits à la terre et à la propriété, même si le mariage légal n’est pas très fréquent en milieu rural.

LP : C’est justement ce mot « égalité » qui choque, selon les propos des uns et des autres ?
CY : le mot choque ceux qui sont nés avant que notre pays n’ait sa Constitution. Sinon, ce n’est pas moi qui ai écrit la Constitution de 1960. Ce n’est pas moi qui ai reconduit cette expression dans la constitution de 2000 qui stipule que l’homme et la femme sont égaux devant la loi. Je ne comprends pas ceux qui sont contre l’égalité dans la famille et qui sont pour l’égalité dans la Constitution. Ça veut dire que les Ivoiriens jouent avec les textes de loi. Ils pensent que la loi est faite pour être dans les tiroirs et puis dans la vie de tous les jours, on fait comme on veut, sans s’occuper de la loi. La preuve, les gens ne font appel à la loi que quand il y a des conflits. Après la ratification de la Convention, la Côte d’Ivoire a voulu jouer avec le temps. Je crois qu’aujourd’hui, les femmes ivoiriennes, de façon unanime, doivent dire merci à Ouattara.

LP : Pour quelles raisons ?
CY : Le chef de l’Etat n’était pas obligé. Il aurait pu faire comme ses prédécesseurs, c`est-à-dire, surfer dessus, tout en disant que la Côte d’Ivoire est un Etat moderne. Comment voulez-vous qu’un pays soit moderne, alors qu’il refuse d’appliquer une Convention ratifiée depuis 17 ans ? Ceux qui sont émus aujourd’hui ne le sont pas en fait. J’écoute les proches du Président Bédié, je dis qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Le Président Bédié ne peut pas se dédire, ses collaborateurs ne peuvent pas se dédire. De même, en mon sens, les députés PDCI ne peuvent pas le désavouer. S’il y a des députés, aujourd’hui, qui devraient se battre pour cette loi, ce sont ceux du PDCI. Parce que c’est depuis 1995 qu’ils ont fait la fierté de la Côte d’Ivoire. Tous les Ivoiriens les ont félicités pour cela. Mais quand on veut mettre en application cette loi, il se trouve des gens pour protester en invoquant nos coutumes. Moi, je crois que quelque part, il pourrait y avoir des raisons inavouées.
LP : justement, les députés PDCI disent qu’en élevant la mention « l’homme est chef de famille », cela pourrait perturber l’équilibre du foyer. Qu’en pensez-vous ?
CY : Ils auraient dû d’abord le dire au président Bédié avant la signature de la Convention. Ils auraient dû empêcher que soit mentionnée l’égalité entre l’homme et la femme dans la Constitution ivoirienne. Je le dis parce qu’au moment de la rédaction de notre constitution, il n’y avait qu’un seul parti politique. Ce parti politique, c’était le PDCI. Je suis désolée. C’est trop tard aujourd’hui. L’homme et la femme sont reconnus comme égaux. Dans le foyer, il est question de la responsabilité entre l’homme et la femme. Je ne comprends pas qu’on veuille se marier avec quelqu’un qu’on refuse de connaitre comme un être humain à part entière. Cela manque de moral, cela manque de justice. Je ne peux pas comprendre qu’on ne veuille pas reconnaitre aux femmes ce qu’elles sont. C’est le petit détail qu’on ne confirme pas. La loi vient confirmer ce qui est. Ils sont rares les foyers ou la femme dit je ne suis qu’une femme, c’est à l’homme de s’occuper de moi. C’est révolu. Je suis désolée pour ceux qui sont encore à ce stade.

LP : Qu’en pensez-vous ?
CY : Je vous invite peut être dimanche prochain à l’église ou vendredi à la mosquée pour répondre à cette question. Je ne suis pas à la mosquée, je ne suis pas à l’église. Je suis dans un Etat laïc. La Bible et le Coran ne sont pas le code ivoirien. Il y a la Constitution. C’est elle qui guide les pas des Ivoiriens, mais pas nos religions. Vous oubliez que nous sommes dans un pays où chacun exerce librement sa religion. La deuxième chose, nous sommes dans un pays où il y a des gens qui ne pratiquent aucune religion. On doit respecter chaque Ivoirien. Que chacun vive sa religion. Mais qu’on ne mélange pas la religion aux affaires politiques.

LP : Comprenez-vous tout de même la colère des religieux ?
CY : Ils jouent leur rôle. Je les comprends tout à fait. C’est leur droit. Ils parlent à leurs adeptes. Je trouve que le débat sur cette question est très tendancieux. Chacun l’interprète comme il croit le comprendre. Je ne suis pas experte de la religion. Je suis une militante des droits de l’homme et spécifiquement des femmes. Je veux des droits pour les femmes, je veux la démocratie pour mon pays. Je veux l’égalité des droits pour l’homme et pour la femme. C’est la base de la démocratie.

LP : Des femmes projettent une marche de soutien à cette loi. Peuvent-elles compter sur votre soutien ?
CY : Absolument. Je soutiendrai toute action allant dans ce sens. Je soutiens toute action qui va vers le vote de cette loi. Je sais que cette loi sera votée. Je ne peux pas penser un seul instant que la majorité de nos députés, censés représenter le peuple, ira contre ce projet de loi. J’appelle les Ivoiriens à comprendre que le monde change et il nous faut adapter nos lois et nos habitudes à l’évolution. Cela ne nous acculture pas. Nous gardons nos us et traditions. Il n’y a pas de conflit sauf dans l’esprit de certains. L’homme et la femme ont toujours été complémentaires l’un de l’autre. C’est ce qui vient d’être réaffirmé.
réalisée part

Y. Sangaré et Thiery Latt

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