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Le Temps N° 2779 du 15/12/2012

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Mankono / Pillage des ressources forestières : Le bois d’ébène, la source de vie d’une cité à l’agonie
Publié le vendredi 14 decembre 2012  |  Le Temps




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Vendredi 7 décembre 2012. Il est 7h 50 minutes quand la voiture à bord de laquelle se trouve notre équipe de reportage quitte la gare d’Adjamé à destination de Mankono. Ville située au Nord de la Côte d’Ivoire, plus à l’Ouest de Bouaké, la capitale du centre du pays. Limitée au Nord par les localités de Kani, Korhogo et Boundiali, au Sud par Zuénoula, à l’Ouest par Séguela et à l’Est par Tiéningboué, la localité de Mankono apparaît à première vue comme une ville touristique et où il fait bon vivre. Il est 18 heures 6 minutes, gare de circonstance, sise en face d’un supermarché, le véhicule marque son arrêt. Le temps pour les passagers de Mankono de descendre du car qui doit continuer sa route pour Sarahala, localité située à 30 kilomètres au Nord de Mankono. Chaque passager s’adonne au même geste : se débarrasser de la poussière. En effet, l’axe Tiéningboué-Mankono, long de 50 kilomètres, est une route non bitumée. Sur un sol latérite, la poussière fait son effet et contraint à remuer tête et hanche. Une levée de poussière témoigne de la lourdeur et de la pollution de l’air humecté durant le trajet. Soit un voyage harassant et fatiguant qui ne va pas sans des révélations.
La «motomania», le mal de la population
A l’instar des localités du Centre nord et ouest (Cno), le phénomène de la moto prend de l’ampleur à Mankono. Des vrombissements d’engins à deux roues fusent de partout. Difficile de les distinguer de ceux de quelques rares véhicules, propriétés des agents de l’Etat déployés ou affectés dans la cité. «Ici chaque habitant a son engin», indique un riverain. Qui est vite soutenu par une vague de va et vient de motos. Des marques sont légion. «Ce que vous voyez est insignifiant. Au plus fort de la crise, les motos sont devenues des seuls moyens de transport à Mankono», précise, d’un air ironisant, une vendeuse de riz local. Une explication qui situe l’ampleur de la présence des motos dans la ville. Ce que d’aucuns qualifient génialement de la maladie de la moto. En tous, renchérit, un vendeur de viande, «c’est une maladie pour les populations de Mankono. Et de poursuivre en ces termes plus évocateurs. «A Mankono, la moto est gage d’une aisance on ne peut plus assurée. Avec la moto, l’on vous voit en grand», confie cet autre interlocuteur. Assis majestueusement sur sa moto, entre deux bouffées de cigarette, l’interlocuteur du jour affiche une fierté avec son engin dominé par une poussière rouge. «Je viens du champ où ma moto me permet de m’y rendre facilement activités…», explique-t-il. A l’instar de notre interlocuteur, nombre de la population de Mankono «ne jure et ne vit que par l’obsession de la moto». «Il n’y a pas de taxis chez nous. Et d’ailleurs que va nous servir un véhicule taxi ?» Ironise un passant. Bien que conscient que la ville ne présente par un visage d’une cité développée. A l’image des villes modernes. Mais qu’à cela ne tienne. Des échanges de conversations plus loin achèvent de convaincre sur un autre phénomène auquel la cité fait face. L’exploitation tous azimuts du bois «d’ébène», la nouvelle richesse des «Mankonois».
Le bois d’ébène le nouvel or de Mankono
«C’est une appellation abusive de cette espèce de bois», précise d’emblée l’ex-député maire de Mankono, Amara Karamoko. Fils, cadre et homme politique, Amara Karamoko rencontré sur place. Ce dernier ne cache pas pourtant son amertume vu la «frénésie qui entoure la course à cette espèce de bois». «Le bois d’ébène, si vous le voulez, est devenu le nouvel or des populations de Mankono. Depuis que cette exploitation est entrée dans les habitudes chez nous, la main d’œuvre se fait de plus en rare. Tout le monde est devenu exploitant forestier à Mankono. Dans l’illégalité…», conte le cœur meurtri, M. Karamoko. Le bois d’ébène, faut-il le dire, est une espèce rare dont la Nature a doté la région du Béré. Découvert sous une appellation locale, le «Gbin», (un arbre existant au Burkina Faso), ou le bois d’ébène, est présent dans presque les localités de Touba, Séguela, Mankono notamment. Avec l’intrusion de la rébellion en Côte d’ivoire, l’exploitation de cette espèce de bois fait rage dans la région. A tous les grands carrefours, les camions grumiers sont visibles. Des chargements aussi impressionnants les uns que les autres. «Le chargement d’un camion du bois d’ébène sur le terrain coûte deux (2) millions de Fcfa. Le chargement au port rapporte cinq(5) millions de Fcfa)», révèle l’ex-député, par ailleurs président de l’Alliance nouvelle pour la Côte d’Ivoire (Anci). Qui, voit d’un mauvais œil l’exploitation abusive de cette espèce bois. Car, toute évidence, assure-t-on, la région de Mankono aussi bien que celles du grand nord du pays n’est pas à l’abri d’une menace de la désertification. Le sahel menace, craint Amara Karamoko. Et nous avons peur de la disparition des bois d’ébène. «Dans la région, les forêts sacrées, classées n’échappent pas à la furia des exploitants véreux», soutient notre interlocuteur. «Les jeunes non exploitants sont rémunérés à 50.000 Fcfa le jour. Une raison suffisante pour que la main d’œuvre pour les autres activités champêtres pose un problème», déplore l’ancien premier magistrat de la cité. Anonnant une autre espèce de bois en danger. «En dehors du Gbin, une autre espèce, le krêtè, en langue Koya, est menacée de disparition», prévient-il. Non sans pointer du doigt, le gouvernement ivoirien. Un mutisme total, déplore-t-il, du régime Ouattara face à la destruction du couvert forestier. «Des Chinois se la coulent douce. Ce sont les plus nombreux dans l’exploitation du bois d’ébène au vu et au su des autorités actuelles», fait-on savoir du côté de la population. Une nouvelle fortune qui, bien que prisée, ne relève pourtant pas l’image de Mankono. Une cité ouverte à des attaques d’hommes armés.
Des ex-rebelles, coupeurs de route
Mankono n’échappe pas aux attaques dont sont victimes les autres localités du pays. Presque partout la cause et le mobile sont les mêmes. La prolifération des armes, à la faveur de la décennie de crise qu’à connue le pays. Ainsi à Mankono, dans l’attente de la démobilisation et du désarmement des ex-combattants, la population fait face à une insécurité grandissante. «Nous ne nous sentons pas en sécurité. Il y a toujours des coupeurs qui sèment la terreur sur nos principales routes», coupe tout net, Amara Karamoko. Dans un passé récent, indique-il, des attaques étaient légion. Mais avec le déploiement de la Police et de la Gendarmerie, la situation s’améliore tant bien que mal. En tout état de cause, le mal est profond. «Il y a beaucoup de gens qui détiennent illégalement des armes et mènent la vie dure aux usagers. Sans autorisation, des hommes armés venus du Nord brandissent leurs kalachnikovs pour des buts inavoués», se murmure-t-on dans les conversations à Mankono où la fréquence des attaques est passée de trois attaques par semaines à une attaque par mois. Une baisse certes en chiffres, qui ne cache pas la réalité dans une cité malheureusement où l’éclairage public fait défaut. A Mankono, la ville vit un délestage voilé. Coupée en deux, la cité fait face à des difficultés d’éclairage public. «Vous voyez-là bas, il y a du courant électrique. Mais derrière vous, la population est dans le noir», relate un habitant de la grande famille Karamoko. L’une des trois grandes familles (Karamoko, Fofana et Dosso) qui composent la ville de Mankono. Renseignement pris, auprès de la Compagnie Ivoirienne d’Electricité (Cie), ce dysfonctionnement constaté prendra fin bientôt avec la mise en état de fonctionnement du véhicule dédié au dépannage, en ce moment en réparation à Abidjan. Mankono est habitée à plus de 80% de confession musulmane. La présence remarquable des moquées soutenue par les bâtisses de l’Eglise Catholique en disent long sur une cité qui peine à s’inscrire dans le moule de l’émergence de Ouattara.
Réalisé par Toussaint N’Gotta, Envoyé spécial

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