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Invité du Mois : S.E. Mme Dolana MSIMANG ambassadeur d’Afrique du Sud en France et Déléguée Permanente d’Afrique du Sud auprès de l’UNESCO à Paris
Publié le jeudi 11 avril 2013  |  Diasporas-News




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A l’occasion de la Journée Internationale de la Femme, Diasporas-News a rencontré Madame l’ambassadeur Dolana MSIMANG pour donner son point de vue sur cette journée ô combien mémorable pour les femmes du monde entier ainsi que la place de la femme dans la sphère politique en Afrique notamment en Afrique du Sud mais aussi parler des relations fortes qui unissent la France et l’Afrique du Sud.

Diasporas-News : la Journée de la Femme a lieu le 8 mars 2013. Une journée destinée à la célébration de la femme à travers le monde. En tant que femme-leader et de surcroît une africaine, que pensez-vous de cette journée ?

Dolana MSIMANG : L’Afrique du Sud reconnaît le rôle des femmes dans la société, ainsi qu’à l’échelle internationale, à travers le programme national du Mois de la Femme et la Journée internationale de la Femme. Nous estimons que cette journée mondiale contribue à la reconnaissance de la valeur des femmes, ainsi que des progrès réalisés en matière d’égalité des sexes. Elle représente une occasion pour tous les pays du monde de mesurer le chemin parcouru, de mettre en lumière des exemples de réussite féminine, et de souligner la nécessité d’intensifier nos efforts en faveur des droits des femmes et de la parité. La Journée internationale de la Femme nous permet de saluer les progrès accomplis et d’ouvrir la voie à d’autres améliorations possibles.

Les Sud-Africains ont la chance de rendre hommage aux femmes deux fois par an. En plus de la Journée mondiale de la Femme, l’Afrique du Sud a décidé de faire du mois d’août celui de la Femme, en mémoire de la manifestation du 9 août 1956 au cours de laquelle des femmes de toutes les couleurs et de tous les horizons se rendirent devant le siège du Gouvernement sud-africain à Pretoria, pour exprimer leur résistance à l’oppression. Ce fut un événement décisif pour les femmes sud-africaines, qui voulaient faire valoir leurs droits et manifester leur opposition aux mesures répressives prises par le régime de l’apartheid, telles que l’obligation de porter et de présenter le « pass » (laissez-passer). Ce jour-là, des femmes d’origines et de milieux différents s’unirent pour défendre leurs libertés et leur pays.

Par ailleurs, il est de notre devoir de ne pas oublier le sort d’innombrables femmes qui, encore aujourd’hui, sont marginalisées, opprimées, victimes d’exclusion sociale et économique. Nos célébrations et nos commémorations ne doivent pas nous faire oublier la responsabilité qui est la nôtre, en tant qu’êtres humains, de continuer à faire progresser l’égalité hommes-femmes.
D.-N : Selon vous, la parité hommes/femmes a-t-elle pignon sur rue en Afrique ?

D.M : Il y a trois ans, la Décennie des Femmes africaines (2010-2020) était lancée par les Chefs d’État de l’Union africaine (UA). Ces mêmes Chefs d’État ont d’ailleurs élu une femme à la tête de la Commission de l’UA. En 2009, l’UA a adopté la Politique africaine en matière de Genre, qui doit servir de cadre à l’instauration du respect de la parité dans les projets à l’échelle continentale et définit des paramètres permettant à l’UA de créer des politiques et des programmes en matière d’égalité des sexes. Autant de mesures qui attestent de la détermination des dirigeants du continent à faire de l’égalité hommes-femmes une priorité pour l’Afrique.

Au sein des différents pays africains, de nombreux programmes et mesures concrètes montrent l’importance désormais attachée aux questions d’égalité des genres. En ce qui concerne l’Afrique du Sud, le Gouvernement est plus que jamais déterminé à faire respecter les droits des femmes, inscrits dans notre Constitution en tant que droits humains fondamentaux. Cette volonté a mené à la création d’institutions telles que la Commission pour l’Égalité des Genres, qui œuvre à la défense et à la promotion de l’égalité hommes-femmes grâce à la recherche, à l’éducation, à des politiques publiques, des projets de loi et des mécanismes d’évaluation et de suivi. L’Afrique du Sud a un Ministère des Femmes, des Enfants et des Personnes handicapées, chargé d’élaborer des programmes nationaux en faveur de la participation des femmes, ainsi que d’un Fonds pour l’autonomisation des Femmes ; elle a adopté une Loi « Égalité et Travail » qui encourage la nomination de femmes à des postes à responsabilités dans les secteurs public et privé ; et met en œuvre des programmes d’émancipation économique et des initiatives internationales par le biais de mécanismes bilatéraux.

L’Afrique du Sud poursuit son combat pour la parité au sein de ses plus hautes instances. Ainsi l’Assemblée Nationale et le Gouvernement sud-africains comptent-ils respectivement 44% et 43% de femmes.

D.-N : En bref, Mme l’ambassadeur, quel est l’état des relations franco-sud-africaines ?

D.M : La France et l’Afrique du Sud entretiennent d’excellentes relations politiques et économiques. Ces liens ont été renforcés par des visites d’État, un Forum de Dialogue Politique, un Forum économique, des programmes de coopération décentralisée et la signature de plusieurs accords bilatéraux. Nos deux pays ont également conclu des partenariats stratégiques fondés sur des valeurs communes et des intérêts partagés, notamment en faveur du développement de l’Afrique et de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) ; du renforcement et de la réforme du système multilatéral ; et d’une gouvernance mondiale plus large, efficace et égalitaire.

En matière d’échanges économiques, la France est l’un des principaux partenaires commerciaux de l’Afrique du Sud dans le monde, étant parmi les 10 plus grands exportateurs vers l’Afrique du Sud et les 20 premiers importateurs de produits sud-africains. Il est donc clair que l’Afrique du Sud pâtit d’un déficit commercial en faveur de la France, problème auquel l’Afrique du Sud souhaite trouver une solution, qui passera forcément par un approfondissement des relations franco-sud-africaines.

D.-N : Pouvez-vous nous parler des secteurs dans lesquels la France intervient en Afrique du Sud ?

D.M : Plus de 200 sociétés françaises sont implantées en Afrique du Sud, dans différents secteurs : énergie, bâtiment, aéronautique, pharmaceutique, luxe et cosmétiques, automobile ; ainsi que dans l’industrie tertiaire : hôtellerie, finance, télécommunications, médias, publicité et marketing.

L’Agence Française de Développement (AFD) entreprend également des initiatives conjointes avec divers organismes sud-africains tels que le fournisseur d’électricité ESKOM, la société des aéroports d’Afrique du Sud et l’autorité des tunnels Trans-Caledon, entre autres.

D.-N : Un mot sur l’état de la gouvernance démocratique de Nelson Mandela à Jacob Zuma…
D.M : Le processus démocratique sud-africain s’est mis en place progressivement. Il a débuté avec la réconciliation et le renforcement de l’unité nationale, la réécriture de la Constitution et la mise en place de politiques et de programmes permettant de remettre les citoyens sud-africains sur un pied d’égalité, tout en renforçant notre économie. Au niveau international, l’Afrique du Sud a réintégré les organisations internationales telles que l’Organisation des Nations Unies (ONU), la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), l’Union africaine (alors l’OUA), le Mouvement des non-alignés (MNA) et le Groupe des 77. Dans le même temps, notre pays a renforcé ses relations bilatérales avec un certain nombre de pays, afin d’établir des partenariats pouvant apporter un soutien au processus de reconstruction.

La réconciliation et le renforcement de l’unité nationale ont permis à l’Afrique du Sud, en tant que peuple uni, de construire une économie qui réponde aux besoins des Sud-Africains et qui mette fin aux inégalités existant sous l’apartheid. L’Afrique du Sud a alors également commencé à prendre sa place sur la scène économique et politique mondiale et à faire connaître ses objectifs.

Afin de répondre aux besoins de sa population, dont une grande partie vit toujours dans la pauvreté, l’Afrique du Sud devait impérativement stimuler sa croissance économique et tirer parti de ses ressources et de ses avantages comparatifs. Cela nécessitait un développement global des infrastructures du pays ainsi que le déploiement d’efforts supplémentaires afin de réduire le chômage et d’améliorer l’éducation et la formation. Pour ce faire, l’Afrique du Sud devait nouer des alliances stratégiques à l’échelle internationale.

À travers son histoire et les différentes étapes de sa progression, la démocratie sud-africaine a eu la chance d’être dirigée par des hommes dévoués à leur pays et à leur peuple.

D.-N : Sans langue de bois, quelle est votre appréciation de la gouvernance économique en Afrique du Sud ?

D.M : L’apartheid et la ségrégation ont légué à l’Afrique du Sud un héritage lourd d’inégalités économiques. Cela se traduit par fort taux de chômage et des problèmes sociaux liés à un système d’éducation discriminatoire et à l’absence de possibilité de formation pour certaines catégories de la population.

Cette réalité a incité l’Afrique du Sud à prendre certaines mesures de gouvernance économique après la chute du régime d’apartheid. Des cadres politiques et des stratégies de développement économique ont été mis en place, notamment le Plan de reconstruction et de développement (RDP), la Stratégie de croissance, d’emploi et de redistribution (GEAR), l’Initiative de croissance accélérée et égalitaire (ASGISA), ou encore le Nouveau Plan de Croissance (New Growth Path), afin de renforcer l’économie sud-africaine, de créer des emplois et de garantir une répartition équitable des richesses.

La priorité du Gouvernement est néanmoins demeurée d’assurer la croissance économique et d’améliorer le quotidien des Sud-Africains, ce qui a mené à une modification des stratégies en place afin d’atteindre les objectifs fixés. La gouvernance économique de l’Afrique du Sud est également fondée sur ses principes constitutionnels et son cadre législatif, qui garantissent le respect des droits de tous les citoyens sud-africains.

D.-N : Êtes-vous d’accord avec des dirigeants africains qui veulent une coopération « d’égal à égal » avec la France voire l’Union européenne ?

D.M : J’estime en effet que les pays africains et les pays développés devraient pouvoir coopérer sur un pied d’égalité. L’Afrique cherche à établir des partenariats avec d’autres pays de la communauté internationale afin d’accélérer son propre développement. Les relations de donateur/récipiendaire nouées par le passé s’assortissaient souvent de conditions qui instituaient une dépendance des pays africains à l’égard de leurs bienfaiteurs. Ce type de relation ne permet pas à l’Afrique de se développer librement et de façon optimale.

Dans le cadre de la Stratégie commune Afrique-Union Européenne, l’UA a voulu établir des partenariats avec l’Union européenne (UE) dans huit grands domaines : paix et sécurité ; gouvernance démocratique et droits de l’Homme ; intégration, infrastructures et commerce régionaux ; Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) ; énergie ; changement climatique et environnement ; migrations, mobilité et emploi ; et sciences, société de l’information et espace.

Au niveau national, l’Afrique du Sud a conclu avec l’UE un Accord sur le commerce, le développement et la coopération (ACDC) qui couvre un large éventail de domaines et de secteurs.

L’Afrique du Sud estime par ailleurs que sa coopération avec d’autres pays africains doit être fondée sur les principes du Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique (NEPAD), qui met en avant l’importance de l’appropriation et du leadership africain garantissant une participation large et massive de toutes les composantes de la société, ainsi que la création de nouveaux partenariats internationaux rétablissant un équilibre dans les relations entre l’Afrique et le monde développé.

D.-N : Quel est l’état de vos contacts avec la diaspora sud-africaine en France ?

D.M : En tant que représentation de l’Etat sud-africain, l’Ambassade a notamment pour mission la défense et la promotion des intérêts et des valeurs de l’Afrique du Sud, ainsi que la prestation de services consulaires aux citoyens sud-africains en dehors de leur pays. Cela implique naturellement d’entretenir des liens avec la diaspora sud-africaine. L’Ambassade est donc la « maison » des Sud-Africains en France, qu’ils y séjournent pour une durée limitée ou qu’ils y soient établis de manière permanente ; l’interaction avec la communauté sud-africaine est l’une de nos raisons d’être en tant qu’Ambassade.

Le ministère de la Coopération et des Relations Internationales de la République d’Afrique du Sud a mis en place un système appelé ROSA (Registration of South Africans Abroad) permettant aux Ambassades sud-africaines de garder contact avec les citoyens sud-africains présents sur leur territoire d’accréditation. Ce système constitue une base de données de tous les Sud-Africains en France, et facilite la tâche de l’Ambassade pour offrir à ses citoyens des services consulaires en France. L’Ambassade s’efforce également de toujours faire participer et d’inviter les Sud-Africains présents en France aux événements qu’elle organise, comme la Fête nationale par exemple.

D.-N : Mme l’ambassadeur, notre entretien tire à sa fin. Quel avenir pour l’Unesco et l’Afrique du Sud ?

D.M : L’Afrique du Sud est devenue membre de l’UNESCO en décembre 1994. Nous croyons en un ordre mondial multilatéral et fondé sur des règles. Depuis 1994 un certain nombre de sites sud-africains ont été inscrits sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO, notamment Mapungubwe, et plusieurs Chaires UNECO ont été attribuées à des universités sud-africaines. L’Afrique du Sud a également apporté son soutien à certains pays africains pour obtenir la protection de leurs sites culturels. Le Fonds pour le patrimoine mondial africain (FPMA), Centre de catégorie 2 et de niveau continental placé sous l’égide de l’UNESCO, est basé en Afrique du Sud. Il est chargé de la conservation et de la protection du patrimoine naturel et culturel de valeur universelle exceptionnelle en Afrique.

L’UNESCO doit répondre aux besoins de la communauté internationale en matière d’éducation, de sciences et de culture, et plus particulièrement ceux des populations africaines et du monde en développement. Il est désormais urgent de traduire les engagements de l’UNESCO dans ces domaines par des actions concrètes, notamment pour le financement du développement et l’éradication de la pauvreté, ainsi que souligné par la Priorité Afrique de l’UNESCO. En outre, des fonds sont nécessaires à la réalisation des objectifs internationaux pour le développement, notamment les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). L’Afrique du Sud est l’un des membres fondateurs du Programme « Éducation pour Tous » et l’un des États les plus impliqués dans l’initiative du Secrétaire Général de l’ONU, Monsieur Ban Ki-Moon, intitulée « Education First » (l’éducation d’abord) et dont le secrétariat se situe à l’UNESCO. À travers sa participation dans les instances internationales et les organisations multilatérales, l’Afrique du Sud cherche à s’assurer de la mise en œuvre de ces engagements majeurs. La promotion du développement est l’une des priorités de la politique étrangère de l’Afrique du Sud. Elle compte sur l’UNESCO pour contribuer au développement économique et à l’éradication de la pauvreté dans le monde.

L’Afrique du Sud souhaite continuer à jouer un rôle actif dans toutes les enceintes du système des Nations unies, notamment l’UNESCO, ainsi que ses agences spécialisées et ses programmes. Malgré les difficultés auxquelles l’UNESCO se trouve confrontée, l’Afrique du Sud soutient toutes les initiatives visant à renforcer l’action de l’UNESCO.

Faustin Dali

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