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Art et Culture Publié le lundi 27 janvier 2014 | L’intelligent d’Abidjan

Arts contemporains / Table ronde autour de l’exposition ‘’Esprit Vohou-Vohou ! Es-tu là ?’’ : L’appel des artistes-peintres aux autorités ivoiriennes

Vingt-cinq (25) œuvres d’artistes-peintres ivoiriens constituent à la Rotonde des Arts contemporains du Plateau le cœur d’une rétrospective sur une collection témoin du Vohou-Vohou – l’école [picturale] d’Abidjan. Vohou-vohou comme Potopoto au Congo, l’école de Dakar ou celle d’Oshogbo au Nigéria.
Dénommée collection Yankel [Jacques], ces œuvres (36 au total) prêtées au Musée national du Mali pour être exposées à Abidjan, représentent une partie des travaux de recherches [collection témoin] de quatorze (14) artistes ivoiriens – alors étudiants dans l’atelier du professeur Jacques Yankel à l’école des Beaux arts à Paris où ils ont poursuivi leurs études après l’école des Beaux arts d’Abidjan.
Cette exposition qui interroge sur la [sur]vie de l’école picturale d’Abidjan «Esprit Vohou-Vohou ! Es-tu là ?» soulève, au-delà, plus d’une préoccupation. Celle-ci a fait l’objet d’une table ronde organisée par l’Association Internationale des critiques d’arts – section Côte d’Ivoire (Aica-CI), le 24 janvier 2014, à la Rotonde des Arts contemporains où sont exposées depuis le 28 novembre 2013 cette «collection historique». Que sait-on sur cette collection portant le nom Yankel ? Comment a-t-elle été acquise par le Mali? Comment a-t-elle fini par atterrir au Musée national du Mali qui en est (aujourd’hui) le dépositaire ? Qui sont les auteurs des œuvres qui constituent ladite collection ? Quel regard portent-t-ils sur ladite collection ?
Ont pris part à cette table ronde, les artistes-peintres – membres précurseurs du Vohou-Vohou (14 au total), Siméon Tano, Asta Zezet Agou (Aza), Youssouf Bath, Théodore Koudougnon, Jacques Samir Stenka (représenté par un de ses fils) et Dosso Sékou. A la différence de ses condisciples des Beaux arts de Paris, Dosso Sékou, lui, n’a pas été de l’atelier Yankel. Ses œuvres exposées ne font pas parties de ladite collection, patrimoine national du Mali. Et, Dosso s’explique : «A la fin de mes études, Yankel voulait acheter mes œuvres sur lesquels je mentionnais ‘’A ne pas vendre’’, j’ai refusé».
De ses souvenirs depuis 1977, Siméon Tano ressort que Yankel a proposé de lui acheter deux ses travaux à raison de 25.000 Fcfa l’unité, à l’époque du Franc Français. Contrairement à ses amis, Siméon Tano confie qu’il est parvenu à faire acheminer à Abidjan tous ses travaux – y compris sa chaîne Hifi, à la fin de ses études. «Je ne pensais pas qu’un jour, j’allais retrouver ce tableau qui se retrouve parmi la collection historique», a-t-il fait savoir.
«Que les œuvres se retrouvent au Mali, c’est une surprise !», s’étonne Asta Zezet Agou. «Mes œuvres, a-t-elle poursuivi, sont restées à Paris dans la galerie de Yankel qui les confiera au Musée des arts d’Afrique et d’Océanie. J’étais en contact avec la galeriste…».
Comme Aza, Yacouba [Yak] Touré (selon le témoignage rapporté par Mimi Errol, critique d’art et membre de l’Aica-CI), Koudougnon et Youssouf Bath soutiennent n’avoir vendu à Yankel leurs œuvres qui sont aujourd’hui inscrites au patrimoine national du Mali. «Nous n’avions pas les moyens pour payer le transport des œuvres. Monsieur Yankel qui s’est dit qu’il n’avait pas les moyens de les garder, les a données à une fondation [l’Association pour le développement des échanges interculturels – Adeiao, au Musée des arts d’Afrique et d’Océanie] qui, elle, les remettra au Musée de Bamako», a relaté Youssouf Bath. Aussi rappelle-t-il, lorsqu’en 2004 l’ Adeiao, suite à la fermeture du Musée des arts d’Afrique et d’Océanie, a entrepris de faire don de l’ensemble du fond de Yankel au Musée national du Mali, ils l’ont dénoncé dans un courrier.
Sans avoir eu gain de cause, Youssouf Bath admet «qu’il fallait, dans un premier temps, les y laisser et voir par la suite comment l’Etat [de Côte d’Ivoire] pourrait les faire venir dans un musée d’arts contemporain».

L’impératif d’un Musée d’arts contemporains en Côte d’Ivoire

De la conservation de leurs œuvres, Aza n’est pas contre le fait que leurs «bébés» restent au Mali «en attendant qu’on entreprenne des démarches». «Je demande, a souhaité Siméon Tano, que vous [Simone Guirandou, présidente de l’Aica – CI et Yaya Savané de la Rotonde des Arts contemporains] fassiez diligence auprès des autorités… pour que naisse le Musée des arts contemporain en Côte d’Ivoire». D’où les réflexions [sur l’art contemporain] qui ont été menées pour statuer sur l’état actuel des œuvres d’artistes vivants ou disparus et «envisager des mesures qui s’imposent pour leur protection et leur mise en valeur».
Pour la présidente de l’Aica – Côte d’Ivoire, l’absence d’un musée des arts contemporains digne du nom (avec toutes les commodités) en Côte d’Ivoire trouve ses maux dans une «indifférence totale à tout ce qui touche la Culture chez nous». «La Corée, après la guerre, s’est reconstruite à travers la culture… Chez nous, combien sont les autorités qui bougent quand on les invite ? Ça ne les intéresse pas ! C’est une grande chance pour vous que vos œuvres soient au Mali», a-t-elle soutenu. Pour voir leurs doléances prendre forme auprès des autorités, Mme Guirandou conseille aux précurseurs du Vohou-Vohou qu’ils se réunissent pour mener une «action collective». «Allez vous plaindre», a-t-elle préconisée. «On ne peut ignorer ces œuvres, a insisté Yaya Savané. Je suis fiers qu’elles soient faites par des Ivoiriens».
‘’Esprit Vohou-Vohou ! Es-tu là ?’’. De cette exposition – interrogation, tous s’accordent à dire que l’esprit Vohou [né aux Beaux arts d’Abidjan, dans l’atelier du professeur Elenon qui a rompu avec la monotonie de l’enseignement de l’art en Côte d’Ivoire] est bel et bien là et a fait école. «Aujourd’hui, voyant le travail des jeunes, tous sont partis du Vohou. Chacun, observe Youssouf Bath, travail à partir de son intériorité. L’esprit Vohou n’est pas le fait de copier».
Après l’exposition qui fermera ses portes le 28 février prochain, la collection Yankel sera retournée au Musée national du Mali. Portant sur l’exposition, l’Aica – CI a lancé à l’attention des journalistes culturels, le concours de la meilleure critique journalistique.

Koné Saydoo
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