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L’intelligent d’Abidjan N° 3100 du 3/5/2014

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Interview / Virginie Ryan, artiste-peintre dans ‘’Espace à louer’’ à Galerie Cécile Fakhoury : ‘‘Je suis une conservatrice de la mémoire’’
Publié le samedi 3 mai 2014  |  L’intelligent d’Abidjan


Virginie
© Autre presse par DR (Photo d`archive)
Virginie Ryan, artiste-peintre


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Après Pascale Martine Tayou dans «Akwaba, Assinie mon amour», la Galerie Cécile Fakhoury a exposé depuis le 2 mai 2014, l’artiste-peintre Virgine Ryan. Elle y présentait «Espace à louer», plus d’une centaine de pièces uniques en photographies, peinture et affichages. Un travail de documentation et d’archivage qui fait le parallèle entre un passé proche (affiches de cinéma des années 70) et un présent qui restaure depuis 2011 la mémoire ivoirienne à travers des photographies qui sélectionnent des panneaux d’affichage en Côte d’Ivoire. Rencontrée le mercredi 30 avril 2014, dans l’«Espace à louer», Virginie Ryan se dévoile.
La galerie Cécile Fakhoury vous ouvre aujourd’hui ses portes et vous y exposez vos récents travaux sous le thème d’un ‘’Espace à louer’’, quel sentiment cela vous procure-t-il ?
C’est un plaisir pour un artiste de disposer d’un tel espace avec tout le support professionnel qu’il y a, pour mettre en évidence mon rêve, fruit de plusieurs années de travaux. C’est un projet particulier qui se trouve concentré sur l’histoire d’Abidjan et de Grand-Bassam, à travers les images et des panneaux publicitaires. Ce sont des images bien particulières parce qu’elles sont toujours en contact avec un monde de désir. Ce sont des images qui communiquent sur le vécu des contemporains.

À travers ce regard que vous portez sur Grand-Bassam et Abidjan à travers vos images, quel retour espérez-vous des visiteurs à cette exposition ?
Je souhaite qu’ils prennent davantage soin de la cité et qu’ils y posent un regard nouveau. Les photos que j’ai faites d’Abidjan sont une conversation visuelle entre la publicité contemporaine, la vie et les affiches. Pour moi, c’est un exercice pour la personne qui regarde pour comprendre la cité, à travers une vision nouvelle. Je ne pense pas qu’il y ait une personne ici, à Abidjan, qui n’ait pas vu ces affiches. C’est une sorte de coexistence entre nous, et le monde parallèle de la publicité. Etant artiste, je suis attirée par l’esthétique et je trouve esthétiquement intéressant les différents niveaux de publicité qui donnent ici un tableau final. Pour moi, c’est un projet de changer la manière de percevoir les choses. Ces images faites d’Abidjan définissent le présent et celles de Grand-Bassam, un passé proche où il y avait une habitude à fréquenter les salles de cinéma. Dans les années 80, on parlait de globalisation mais, à voir les affiches de cinéma des années 70, il y avait déjà la globalisation. L’Afrique occidentale a toujours été cosmopolite. Jai récrée une sorte de conversation pour faire comprendre que ces personnes qui sont identiques à nous, sont en réalité des ‘’demi-dieux’’. Elles sont idéalisées. Ce qu’il faut remarquer dans ces affiches de cinéma, c’est que les personnes vivent des actions de violences, d’aventures, de guerre et d’amour. A vrai dire, je ne sais pas ce que sera la réaction du public qui visitera cette exposition. Mais, en toute responsabilité, j’ai accompli un travail.

Ces affiches de cinéma que vous restaurez par une touche artistique, comment les avez-vous acquises ?
Elles étaient à Bassam dans une situation d’abandon, sur le point d’être jetées – comme tout objet vieux dont on veut s’en débarrasser. Toute ma vie d’artiste, j’ai mis un accent particulier à la préservation des choses. Je me considère comme une conservatrice la mémoire des autres. J’ai donc pris sur moi de sauvegarder ces affiches dans mon garage à Grand-Bassam. Avec le temps, j’ai apporté ma touche à ce qui n’a pu être détruit, comme le ferait un artiste qui doit toujours prêter attention à tout ce qui l’entoure. Il y a une responsabilité sociale.

Peut-on admettre que vos travaux sont une sorte de documentation, un catalogue pour la postérité ?
Je pense. C’est une sorte de documentation, de souvenirs réélaborés. Parce que quand je suis arrivée en Afrique occidentale, précisément au Ghana – car j’y ai vécu plusieurs années- j’ai appris auprès des artistes ghanéens, le recyclage des matériaux. C’est une chose que j’ai beaucoup aimé chez les artistes contemporains en Afrique car, l’idée de donner en Afrique une vie nouvelle aux choses est très forte. C’est à l’image de ce que je restaure à travers cette exposition. Il y a aussi le titre que je donne à la série ‘’Never ending history’’ – une histoire sans fin, qui est le titre d’un film. Je me suis posé la question de savoir ce que je pourrais apporter de nouveau. A la couleur blanche que j’ajoute à l’affiche, je fais du collage avec différentes images qui donnent une affiche de film. Pour l’enfant de dix ans qui n’a pas vu ces films, il ne saura pas quels noms mettre sur les visages des acteurs ! L’image d’Harison Ford (Ndlr ; dans Indiana Jones) que je présente est différente du vrai Harrison par ce qu’il est noir ici ! On peut imaginer par exemple une situation à Hollywood qui a été marquée par beaucoup d’acteurs noirs. C’est une autre histoire du cinéma américain.

Vous associez aux photographies des panneaux publicitaires et des affiches de films de la peinture, comment élaborez-vous ce travail ?
Le collage est un peu compliqué parce qu’à chaque moment, il faut noter un rapport entre les différentes surfaces. C’est difficile à expliquer car c’est très actif. On est amené chaque fois à créer de nouvelles compositions. C’est comme faire la peinture que je fais également. C’est tout un processus.

Pour vous, quelle est cette ‘’Histoire sans fin’’ et qui, trouve ici son prolongement dans votre série d’affiches ?
J’ai noté que dans les films de cette époque qui étaient projetés, surtout les affiches de films que j’ai trouvés, l’on ne parlait pas d’homosexualité. Parce que le sujet était tabou. J’ai pensé à faire des collages où je crée ce genre d’histoire. Je ne l’ai pas encore réalisé – peut-être que je le ferai un jour. C’est une autre histoire qui doit être dite. J’ai vu récemment un film réalisé sur Yves Saint Laurent et sorti il y a quelques mois. C’est une histoire qui parle d’homosexualité. Ici, dans les années 70, il aurait été difficile de projeter ce film. Je n’étais pas ici, mais j’imagine. Je ne pourrai donc parler de ce qui se passe actuellement ici car, je ne vais pas au cinéma. Autre réflexion, il n’y avait pas suffisamment sur les affiches des images de femmes qui disposaient d’un pouvoir. Elles étaient soit des victimes, soit très belles et décoratives. C’est une histoire qui mérite d’être changée. Toutes les affiches de films présentés ici sont des films qui ont été projetés en Côte d’Ivoire. Avant, il y avait une grande tradition d’aller au cinéma, que ce soit à Bassam où à Abidjan.

Votre travail de préservation des affiches de films ne pose-t-il pas la problématique d’ouverture de ces salles de cinéma ?
C’est un réel problème mais, il n’y a pas que la Côte d’Ivoire. Tous les cinémas sont en train de fermer. Mais, d’un point de vue, mon travail s’achève dans cet espace. J’ose espérer que cela attire l’attention des gens. Je suis triste de le constater, mais cela ne relève pas de ma responsabilité. Je crée des images qui procurent sur nous des effets. On a quelques fois l’impression que ces images nous regardent et attendent que nous réagissions.

Depuis 2009 que vous êtes en Côte d’Ivoire, quel regard portez-vous aujourd’hui sur la scène artistique ?
Quand j’arrivais en Côte d’Ivoire en 2009, je n’avais pas une nette appréciation des choses. J’ai connu Bruly Bouabré. En décembre 2009, Yaya Savané m’a permis de connaître sa famille. Dans le monde des arts en Côte d’Ivoire, ce sont les premières personnes, avec Yacouba Konaté, que j’ai connues à mes débuts ici. Par la suite, je visitais les ateliers pour connaître les artistes, car il était difficile d’avoir des informations. Au niveau de l’art visuel, il y a eu un véritable un rayonnement ces deux dernières années. Le regard du monde se trouve tourné au niveau des arts en général sur l’Afrique. A ce niveau, il faut beaucoup d’investissements publics, pour aider les jeunes artistes. Je vois qu’il y a eu un énorme changement.

Bruly Bouabré et Yaya Savané que vous avez rencontré dès votre arrivée en Côte d’Ivoire ne sont plus. Comment vivez-vous leur disparition ?
Fréderic Bruly Bouabré a eu une longue vie. Le moment était venu pour lui de partir peut-être. C’est triste mais c’est juste. Pour Yaya Savané, sa mort a été pour moi un choc. Pour le monde de la culture en général, c’est une grande perte. Un décès que je trouve prématuré, nous sommes tristes. Yaya Savané était très actif. Je n’en ai pas vu beaucoup mais, il était toujours une personne de référence.

Réalisée par Koné Saydoo

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