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Société Publié le jeudi 21 août 2014 | L’Arc-en-Ciel

Interview / Issiaka Soumahoro, président de l’ONG Multa, tire la sonnette : ‘’La cigarette tue 5000 personnes par an en Côte d’Ivoire *La jeunesse est en train d’être décimée *Le décret sur l’interdiction de fumer ne suffit pas’’

Issiaka Soumahoro est le président de l’ONG, Mouvement universitaire de lutte contre la toxicomanie et l’Alcoolisme (Multa). Faire de la Côte d’Ivoire, un pays sans fumeur, tel est son objectif. Cela lui a valu de participer à de nombreux ateliers régionaux et également au projet de Plaidoyer pour la ratification de la convention cadre anti-tabac en Côte d’Ivoire, financé par Framework Convention Alliance (FCA).
Que doit-on retenir de votre combat ?
Le Mouvement universitaire de Lutte contre la Toxicomanie et l’Alcoolisme est né en 2007 et a pour but de sensibiliser la population surtout les jeunes sur les dangers du tabac. En termes de bilan, l’ONG a traversé les frontières et est donc connue au plan international. Nous sommes également membre-fondateur des ONG actives de contrôle du tabac en Côte d’Ivoire et de l’Alliance contre le tabagisme en Afrique. Comme actions, nous avons fait des plaidoyers auprès des autorités, en partenariat avec la société civile, afin que la question du tabac qui est un danger public, soit prise à bras le corps par le gouvernement.
Au regard du décret pris par le gouvernement en vue de lutter contre le tabagisme, pensez-vous avoir réussi ?
Nous louons les efforts du gouvernement et du président de la République. Ce que nous constatons aujourd’hui, c’est le résultat d’un effort conjugué des ONG, des autorités et de la communauté internationale.
Qu’avez-vous fait concrètement ?
Nous faisons plus de plaidoyers qui représentent nos moyens de pression. En 2010, nous avons participé et conduit le projet de ratification de la Convention cadre de lutte contre le tabac à Abidjan. A l’issue de ce plaidoyer, c’est-à-dire un mois après, il y a eu la ratification de la Convention. Au niveau du collège d’ONG, nous avons initié des campagnes de sensibilisations à l’endroit des élus, adressé des courriers à la Primature, à la présidence de la République pour interpeller le gouvernement. Aussi, avons-nous organisé un sit-in au Plateau où nous avons déposé un document de politique nationale de lutte contre le tabagisme.
Que dit le document ?
Ce document présente l’organisation pratique, le rôle et les soutiens dont doivent bénéficier les ONG pour atteindre leurs objectifs. A ce document, nous avons ajouté des courriers pour plus d’efficacité. Plus tard, le gouvernement a posé des actes dans ce sens.
Pourquoi avoir choisi de lutter contre le tabac, alors que des industries du tabac continuent d’exister ?
Depuis 1953, il est démontré que le tabac est dangereux. Il a des effets néfastes au niveau social. En Côte d’Ivoire, il y a 5000 morts par an du fait du tabagisme. Le coût de la prise en charge s’élève à plus de 28 milliards FCFA par an.
La loi est donc bien venue ?
La loi n’a pas encore été prise. C’est un décret qui, en lui-même, est un pas. Mais, il faut aller plus loin car le décret ne tient pas compte de tous les aspects de la lutte contre le tabac. Nous voulons qu’on passe à la loi. Aujourd’hui, il faut prendre en compte plusieurs éléments dont la promotion, la publicité, la taxation du commerce illicite. A ces différents points, des mesures existent. Tant que la loi ne sera pas complète, on ne pourra pas lutter efficacement contre ce fléau. Cela doit être mis en exergue dans la loi. Il faut un arrêté d’application qui va définir comment le fumeur doit se comporter dans son milieu. Dans le décret, il n’est pas défini ce que doit faire un policier quand il met la main sur un fumeur. Il faut organiser les conditions de son application, d’où un arrêté pour éviter les abus.
Que faites-vous pour arriver à un décret d’application ?
A l’issue de nos enquêtes, nous nous sommes rendu compte que plusieurs personnes ne savent même pas l’existence du décret, encore moins son contenu. Il faut faire une campagne de vulgarisation du décret. Nous continuons les plaidoyers tout en sensibilisant les tenanciers de restaurants, de bars et de maquis. C’est un peu difficile, car ces derniers estiment que les meilleurs clients sont les fumeurs, donc difficile pour eux de faire appliquer lé décret de peur de perdre la clientèle. Nous invitons le gouvernement à redoubler d’efforts afin de mettre les ONG en action pour des actions de proximité sur le territoire national. Aussi, souhaitons-nous que le texte passe à l’Assemblée nationale.
Avez-vous les moyens pour y arriver ?
C’est primordial d’avoir des moyens pour un territoire comme la Côte d’Ivoire. Tout le territoire doit être visité. Pas de grands moyens, mais nous pouvons nous appuyer sur la politique des autres pays. Aider les ONG à faire le combat. Nous sommes heureux aujourd’hui que la question du tabac ait été prise en compte dans la gestion du Fonds national de lutte contre le Sida. Si les taxes sur le tabac génèrent des fonds, il faut aider les ONG financièrement afin qu’elles travaillent efficacement.
Que deviennent les industries du tabac ?
C’est une question qui nous revient de façon récurrente. Combien sont-elles ? Combien de personnes emploient-elles ? Le coût économique que supporte l’Etat en prenant en charge les malades du tabac est largement supérieur à ce que les industries produisent comme recette pour l’Etat. Plus grave, ce sont des entreprises robotisées, donc qui n’emploient pas beaucoup d’ouvriers. Même ceux qui font le commerce des produits du tabac ne vendent pas que de la cigarette. Ils vendent également d’autres produits pour espérer faire de bonnes recettes. Il faut privilégier la santé. Quand on parle d’émergence, ce sont des cadres en bonne santé. Celui qui fume est malade, et même celui qui ne fume pas est aussi malade à cause de la fumée que rejette le fumeur. Nous travaillons pour réduire le nombre de consommateurs de cigarettes à long terme. La jeunesse qui est la relève de demain est en train d’être décimée.
Il est écrit ‘’abus dangereux pour la santé’’ sur les paquets de cigarettes. Insuffisant pour la sensibilisation ?
Tout abus nuit. Donc, cela ne veut rien dire. Le tabac est avant tout une drogue. Et qui dit drogue dit danger pour la santé de l’homme. Pourquoi un industriel de l’eau ne met pas sur son emballage ‘’abus dangereux’’ pour la santé ? Quand tu fumes, tu deviens dépendant et dans ce cas, forcément, tu vas en abuser. Donc, c’est un message qui ne tient pas la route.
Que faire alors ?
Il faut revoir la taxation. Il est recommandé aux Etats d’augmenter la taxation. Car, en le faisant, le prix du produit augmente et par conséquent, réduit la demande.
Pourquoi la taxation ?
L’Etat doit augmenter les taxes sur le tabac comme l’exige la Convention cadre que la Côte d’Ivoire a ratifiée en 2010. La hausse des prix des produits du tabac par le biais de la fiscalité est un outil très efficace de réduction de la consommation de tabac mais en raison du caractère additif de ces produits et du comportement des industriels du tabac, il faut augmenter la valeur du prix fortement et continuellement pour avoir une réduction de la consommation. Cela a été le cas en 1994, en Afrique du Sud, lorsque les autorités ont augmenté la taxe sur les cigarettes, qui sont passées progressivement de 20 à 50% du prix au détail. Cette initiative s’est manifestée entre 1994 et 2003 par une augmentation du prix de vente réel de 115%. Il s’en est suivi une diminution de la consommation de 40% et alors que les recettes fiscales ont augmenté de 150%.
Un gain donc pour l’Etat ?
Cette hausse de la fiscalité sur le tabac engendre automatiquement une hausse des recettes fiscales plus importantes que la perte de la recette due à la contraction de la demande. Les recettes produites devraient aussi permettre d’intensifier la sensibilisation par l’appui aux acteurs de la société civile engagée dans la lutte anti tabac. L’Etat engage des sommes colossales dans la prise en charge des victimes des maladies causées par l’industrie du tabac. Cette prise en charge est estimée actuellement à près de 28 milliards FCFA par an. Et cela est regrettable, alors qu’on parle de couverture maladie universelle. Si rien n’est fait, les conséquences de l’utilisation de ces produits sur la population seront considérables. Ainsi, les coûts de la prise en charge de ces victimes de l’industrie du tabac seront très élevés.
Interview réalisée par MELAINE RUSSE
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