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Société Publié le lundi 29 septembre 2014 | Le Nouveau Consommateur Hebdo

Enquête-express : Dans l’univers des jeunes porteurs d’Adjamé

A Abidjan, sur presque tous les marchés et les gares, existent des porteurs. Des jeunes garçons ou filles dont l’âge varie entre 14 et 20 ans voire plus, qui se proposent d’aider les personnes qui viennent faire leurs courses à transporter leurs bagages sur la tête ou en brouette, moyennant une rétribution dérisoire (entre 50 et 500 F CFA, selon la générosité de chacun). Nous sommes allés à leur rencontre le 23 septembre. Destination choisie pour cette randonnée, la commune d’Adjamé. Précisément les environs de la gare « Renault » et « la nouvelle gare ».
Il est 8 heures, et la journée des jeunes a commencé depuis longtemps. « Pour la plupart d’entre nous la journée commence à 4 heures ou 5 heures », précise notre premier interlocuteur. Entre les klaxons des véhicules qui circulent dans tous les sens, sans tenir compte du code de la route, la densité de la foule qui essaie de se frayer un chemin, ces jeunes gens guettent les voyageurs et ménagères lourdement chargés. La chasse aux clients prend quelques fois des allures d’une féroce compétition. Vigilance, promptitude et rapidité sont les maîtres- mots si on veut avoir le maximum de clients.
Posté en face de l’église Universelle avec sa brouette, Olivier T, explique que, « pour faire ce métier, il faut avoir une brouette. Nous louons les brouettes auprès des particuliers à 300 francs CFA la journée. Chaque matin à 5 heures, je suis ici pour commencer mon travail, et je finis ma journée à 18 heures ou 19 heures. Cela dépend de la recette du jour ».

Un boulot pour
démunis
Une recette journalière qui ajoute-t-il, varie entre 2500 et 5000 F CFA. C’est avec cet argent que le jeune homme se prend en charge et donne un coup de main à ses parents lorsqu’ils sont dans le besoin. Plus loin nous rencontrons Amadou, nouvellement dans le métier. L’année dernière, il était élève. Après un séjour de deux mois au village, il a regagné la capitale économique pour être porteur. Ses parents étant désormais dans l’incapacité de payer ses frais d’écolage. « Ici, c’est mieux que le village. Chaque jour, je gagne de l’argent et je peux aider mes parents », déclare-t-il.
Interrogé sur son âge et celui de ses deux compagnons, il sourit, le regard tourné vers un taxi compteur qui cherche à se garer avant de répondre, « j’ai 20 ans et les deux autres ont 14 et 15 ans. Ils sont déscolarisés comme moi. Il y avait trois autres du même âge que mes amis, des élèves. Le mois passé, ils étaient là. Ils sont partis au début de ce mois à cause de la rentrée des classes ».

Insécurité et méfiance des clients
Loin d’être un métier facile, l’activité de porteur
a ses exigences et ses risques. Selon nos inter-
locuteurs le milieu est confronté à l’insécurité. Chacun doit assurer la sienne. « Ici, nous ne sommes pas à l’abri du danger. Il n’est pas toujours évident de sortir à 4 heures pour venir exercer notre métier. Certains d’entre nous se font agresser, parfois ce sont des bagarres ». Raconte Abou qui se souvient qu’a deux reprises, il a dû se servir de ses poings pour se défendre. A cela s’ajoute souvent la méfiance des clients. Si certains louent leur courage, d’autres les accusent de vols ou d’agression. Accusés à tort ou à raison, on les soupçonne de vols et d’agressions. « Je n’ai besoin de personnes, c’est comme ça vous faites pour disparaitre avec les bagages des gens », lance à l’endroit d’un groupe de porteurs, une dame qui descend à peine d’un taxi. Comme tous les corps d’activité, le métier a ses brebis galeuses. Des personnes de mauvais aloi qui, sous prétexte de vouloir aider les voyageurs, les menacent ou même les agressent lorsque ceux-ci refusent de payer la somme qui leur est fixée. G.C se souvient que de retour d’un voyage à l’intérieur du pays il y a quelques mois, ces jeunes l’ont abordée et même aidée à mettre ses affaires dans un taxi. Pour les remercier elle leur a remis 300 F CFA. Bien entendu, les porteurs ne l’entendaient pas de cette oreille. Ils ont exigé 1000 F CFA. En menaçant de la dépouiller si elle n’accédait pas à leur requête. Impuissant, le chauffeur de taxi lui a conseillé de leur donner ce qu’ils voulaient. Ce qu’elle a fait. La scène raconte-t-elle s’est déroulée en plein jour devant des passants. Depuis, G.C. fait très attention quand elle se retrouve à Adjamé. Patricia, elle, n’a pas oublié la mésaventure qu’elle et sa mère ont vécue. Notre interlocutrice raconte qu’elle accompagnait sa génitrice à la gare de Oumé lorsqu’elles ont été accostées par des porteurs. Puisqu’elles avaient beaucoup de bagages, elles ont accepté l’offre. Mais au lieu de les conduire à leur destination, c’est dans un lieu, loin des regards qu’elles se sont retrouvées, dépouillées de tout ! Il a fallu des âmes bienveillantes pour les sortir de cette impasse.

Julien Djédjé
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