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Voiries/déguerpissement: Plusieurs familles dans la désolation
Publié le mardi 4 novembre 2014  |  La Synthèse
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© AFP par SIA KAMBOU
La campagne de "déguerpissement" de quartiers à risque a débuté à Abidjan
Vendredi 11 juillet 2014. Abidjan, Attécoubé.
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Le District d’Abidjan a entrepris la réfection ou la construction de nouvelles voies dans la capitale économique. Mais ces opérations de déguerpissement emportent, avec elle, des habitations, des commerces et édifices, laissant de nombreuses familles dans la désolation. La ‘’Synthèse’’ a bien voulu s’intéresser au sujet.

Sur l’axe Abidjan-Bassam, en ce lundi ensoleillé, des cris assourdissants résonnent, des femmes et des enfants sanglotent, les uns transportant leurs bagages sous le regard compatissant des badauds, tandis que les bulldozers "impitoyables" démolissent les maisons, maquis et réceptifs hôteliers. Ces bulldozers qui avancent inexorablement, sous haute sécurité policière, vers l’aéroport international d’Abidjan arrachent les pans de murs et décoiffent avec une facilité les toits des bâtiments. A l’exception des cocotiers, aucune habitation, aucune paillote, aucun magasin n’est épargné par l’engin très actif sous le regard désespéré des populations qui apprécient diversement cette opération. Assise auprès de ses bagages au bord de la route, les yeux hagards, c’est toute en larmes que Mme Hounpkatin, rencontrée à "Derrière Warf" (sous quartier de la commune de Port-Bouët) rend son témoignage : «Je viens d’arriver du Bénin pour les funérailles de mon père, j’étais même encore dans le car, quand on m’a appelée pour me dire que les gens doivent casser nos maisons, sinon je n’étais pas informée auparavant, vraiment j’ai mal, ça fait 50 ans aujourd’hui que mon père a construit cette maison, je ne sais pas pourquoi c’est aujourd’hui, on décide de la détruire, que les gens m’expliquent parce que je ne comprend pas». Abondant dans le même sens, une autre dame rencontrée à quelques pas, explique qu’elle avait été informée que ce sont les habitations qui sont juste en bordure de la voie principale qui seraient détruites pour la construction du pont piéton sur l’autoroute Abidjan-Bassam. C’est la raison pour laquelle elle a quitté sa première maison pour en louer une autre un peu loin. Mais et à sa grande surprise, on lui apprend que sa nouvelle maison sera aussi détruite. C’est donc très abattue qu’elle a été obligée de ramasser toutes ses affaires ne sachant pas où les déposer.

Mme Sigui, une autre femme rencontrée dans le même quartier n’est pas encore revenue de ses émotions, elle se dit ‘’très choquée’’ par ce qui lui arrive. «Moi je suis très choquée et ce qui me fait mal, c’est la situation de mes enfants, je les ai inscrits dans une école non loin de la maison que nous habitions, pour avoir un regard sur leur travail mais aujourd’hui je ne sais pas comment faire. C’est vrai que dans le travail de mon mari, on nous a donné une maison, mais c’est jusqu’à Bingerville, je ne sais quoi faire, aidez moi, dois-je laisser mes enfants dans leur école ici, pour qu’ils quittent Bingerville pour venir jusqu’à Port-Bouët ou bien dois-je leur trouver une école dans notre nouveau lieu d’habitation»?, s’est-elle lamentée. Mme Kodjo pose également le problème de ses enfants. Elle aurait souhaité que ces déguerpissements se fassent pendant la période des vacances scolaires pour lui permettre de trouver une école pour ses enfants, mais en pleine année scolaire "comme ça c’est pas facile", dit-elle, l’air très soucieux. Les populations n’ont pas que vu leurs habitations détruites à la faveur de ces travaux mais des commerces, des Eglises, des moquées, des centres de santé et des hôtels en ont aussi fait les frais des "bulldozers" de la République. «Mon petit commerce que je faisais pour me débrouiller et m’occuper de mes enfants est gâté à cause de tous ces travaux, c’est vrai, je ne suis pas contre ça, mais comment je vais faire pour manger, on ne nous a pas dédommagé pour dire que je vais faire autre chose ou prendre une autre maison, j’ai déposé toutes mes affaires chez des amies, maintenant le problème c’est où dormir avec mes enfants»?, relate dame Cissé à Port-Bouët. Plusieurs Eglises dont le mur d’une Eglise Méthodiste et une Eglise Pentecôte à "derrière Warf" ne sont pas restées en marge de la démolition, elles ont été détruites. Le supermarché King Kash, la gare UTB de Port-Bouët, le complexe hôtelier "le Baron", l’hôtel "Le Rêve", des salons de coiffure, des restaurants, tout a été rasé. La liste est vraiment très longue. A Marcory ce sont les vendeurs du marché de friperie dit "marché de Ménékré", non loin du grand marché, qui ont été chassés du site et le marché entièrement rasé. Comme pour dire que l’émergence a un prix, et les populations doivent s’y faire car, comme on le dit souvent, le meilleur est à venir.

Marina NOUAN
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