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Réconciliation nationale: la leçon de l’Usaid à la CDVR
Publié le lundi 2 mars 2015  |  Le Sursaut
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Ecouter les différentes communautés ethniques impliquées au plan local dans la crise postélectorale 2010 en vue de leur permettre de s’exprimer et parvenir finalement au grand pardon. Telle est l’approche adoptée par l’agence des Etats-Unis pour le développement international (Usaid). Une tournée dans la région du Guémon nous a permis d’assister à cette démarche qui rencontre l’adhésion des populations.

Samedi 28 février 2015, dès 8 h, la communauté Malinké prend d’assaut la mission catholique de Duékoué pour prendre part aux rencontres intercommunautaires, en vue du grand pardon sur la crise postélectorale, initiée par l’Usaid. Là où la Cdvr mettait l’accent sur la communication au niveau national, la méthode choisie par ce cabinet consiste à être au contact des populations. Les dirigeants de cette agence américaine ont eu l’ingénieuse idée d’écouter les populations par communauté. L’appartenance ethnique contribue, selon les responsables de cet organisme, à délier les langues. « Au départ, les gens sont réticents. Mais lorsqu’on aborde véritablement les questions, les populations parlent des choses qui les touchent. Elles ont vu des êtres chers mourir et on revient sur ces aspects. Les Wê sont partis d’ici la dernière fois à 20h30. Les gens avaient envie de parler. Un chef nous a dit qu’une journée n’était pas suffisante. Les gens ont des choses à dire pour sortir de ce stress social », indique Tuho Jean Paul, consultant de l’Usaid. Pour lui, le peuple ivoirien souffre toujours des affres de la guerre et l’Ouest est le flanc blessé de la crise postélectorale. D’où la nécessité d’écouter les différentes communautés interethniques se décharger du poids psychologique et social, du traumatisme social qu’il porte encore. Ces lieux où les gens viennent par groupe ethnique pour parler pleinement et librement sont donc des cadres appropriés. Ainsi, ils évacuent leurs souffrances et sont soutenus par un appui psychologique. Ce qui est vraiment quelque chose d’innovant. Cette sorte de catharsis s’avère pertinente. « Et c’est quelque chose qui aurait dû se faire au niveau national. C’était la mission de la Cdvr. Elle n’a pas marché comme il le fallait. Elle a fait ce qu’elle pouvait. Les uns et les autres n’ont certainement pas su apporter ce qu’il fallait. Il reste beaucoup à faire. Et cette étape est loin d’être facultative », ajoute notre interlocuteur. Une méthode digne d’un arbre à palabre n’est pas nouvelle dans nos communautés. En effet, dans la tradition africaine, lorsque des malheurs, des palabres sont récurrents, les aînés où leaders communautaires interviennent pour que les fils du village s’asseyent et fassent un sacrifice. Sacrifice qui n’est rien d’autre qu’un lieu de pardon pour extirper les souffrances. C’est ce qui se fait ici. Puis il y a d’autres étapes outre les temps d’échange avec les différentes communautés Guéré, Malinké, Yacouba, Cedeao etc. que sont le temps de rencontre avec les individus, une rencontre avec le comité d’éveil et de sensibilisation. Ce comité approfondit les questions pour que les communautés avouent le mal qu’elles ont fait et subi. A mi-parcours de cette approche locale de réconciliation à Duékoué, il ressort déjà que chaque peuple vient avec son identité forte. Le peuple wê, généreux et accueillant. Le peuple baoulé, travailleur et en quête de terre cultivable et avec la communauté Malinké auditionné ce jour. Mais ce qui est transversal à tous ces peuples selon notre consultant, c’est une peur pour demain. « Ces peuples craignent que la guerre ne soit pas vraiment finie. Cela signifie qu’au fond, on n’est pas en paix. Et on a besoin de faire confiance les uns aux autres. Voici l’élément qui apparaît. Et le besoin d’aller vers un lieu de soulagement », a-t-il confié. Pour finir, notre expert exprime son inquiétude vis-à-vis de la réconciliation nationale. Beaucoup reste à faire sur ce chemin. « Le peuple ivoirien ne s’est pas remis de son stress de la crise postélectorale. Il porte encore ses charges sociales et psychologiques. Qui sont telles que certaines personnes ne sont pas susceptibles d’en parler. Il faut donc créer ce genre de tribunes pour les inciter à se libérer, pour sortir d’elles-mêmes », a-t-il conclu.

Cyrille Nahin
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