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Art et Culture

Contribution / La NITCHOURDJALA de Adia Ago : la « raison » d’une folle !
Publié le mercredi 12 aout 2015  |  L’intelligent d’Abidjan
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Mes premiers contacts avec Adia Ago m’ont permis de découvrir une qualité par laquelle il se fait remarquer aussi rapidement : la force rhétorique quand il s’exprime. Il me plaît de l’approcher et l’interroger sur certains sujets. Chaque fois que nous échangeons, je suis davantage fasciné par la beauté de ses pensées. L’auteur de « La NITCHOURDJALA » est âgé de 58 ans et est présentement l’adjoint au directeur du CAFOP de Dabou. Ancien séminariste, il a été par la suite instituteur et professeur de CAFOP. Ses manuscrits accumulés dans ses tiroirs souffraient de poussières, de toiles d’araignées et d’anémie chronique d’espoir de publication, quand les Editions Matrices contre toute attente, acceptèrent de publier 2 œuvres du même auteur en cette année 2015 :
-AMEN… CRIS ET PLEURS
- La NITCHOURDJALA
Ténin est une commerçante courageuse de boisson locale. Elle a été éduquée dans la rigoureuse tradition du nord de la Côte d’Ivoire et dans les normes de l’Islam. Elle subit la mort dans l’âme, la polygamie et se soumet à toutes les décisions de son époux. Dans sa jeunesse, elle connut les douleurs immémoriales des mutilations génitales et des lourdes conséquences de ce traumatisme. Jamais, elle n’a osé ouvrir les lèvres pour extérioriser la pesanteur de ce mal qui la rongeait. Elle transcendait de toutes ses forces, son calvaire conjugal pour afficher l’image d’une épouse vertueuse. Tenin ne souhaitait pas que sa seule fille Thegbo souffre du même sort qu’elle. Elle souhaitait pour sa fille : scolarisation, bonne éducation, réalisation sociale qui puisse la rendre heureuse. Elle était prêtre à se battre contre les dieux à tout prix pour éviter à son unique progéniture le calvaire de la tradition qui soumet les filles aux mutilations génitales, au mariage forcé, à la polygamie, aux conséquences de la phallocratie et l’égoïsme des hommes.
Vint ce jour redouté où ce richissime Guiécourgué, forgeron polygame décide de convaincre l’époux de Tenin par la supercherie de ses billets de banque pour épouser Thegbo à peine pubère. Le père de Thegbo, attiré par l’éclat des gros pourboires de son futur gendre, vendit sa fille comme une marchandise sans valeur. Par cette infâme transaction, sa progéniture devra subir dans la soumission la plus dogmatique, toutes les volontés, décisions et vices de son futur époux. Très futée, la fille de Tenin orchestra sa fuite le jour du mariage. Un ouf de soulagement pour Tenin, sa fille et certainement le lecteur. Mais la suite de l’histoire fut tragique. Guiécourgué, le fiancé victime du mariage avorté voulait à tout prix essuyer cette turpitude, et eu recours à ses divinités qui condamnèrent Thegbo à la folie.
Tenin se sent attiré par cette « folle » inoffensive de la ville appelée Maklwa qui suscite la compassion de tous et à qui fait l’objet de débat dans tout le campement. Cette « folle » devint enceinte à la grande surprise de tous, et Tenin est la seule qui osa poser le pas pour prendre soin d’elle. Mais l’attitude philanthropique de Tenin permet de s’interroger et de savoir si la folle Maklwa appelée par tous « La NITCHOURDJALA » n’est pas Thegbo sa fille fugitive condamnée à la follie par les dieux de Guiécourgué ? Quand vous aurez acheté l’œuvre et que vous la lirez, vous aurez une réponse à cette question.
L’intertextualité de ce livre rappelle « la loi des ancêtres » de l’écrivain Macaire Etty. Pareil pour le paratexte qui présente l’illustration de ce masque qui figure sur la page de couverture. Cela est compréhensible puisque ces deux œuvres ont été publiées par le même Editeur : Les Editions Matrices. Dans le style de l’écriture de l’auteur, il y a une insistance sur la description de l’environnement. Il met un accent sur les détails de la nature : les plantes, les oiseaux, les animaux, les poissons, l’eau, la beauté du temps, la beauté de la nature à l’état de nature… Cela donnerait l’interprétation d’un auteur qui tire son inspiration dans le sanctuaire d’un milieu naturel calme, reposant, et poétique. Le langage de l’auteur contient le poids d’une richesse de langues locales qui pourraient enrichir le vocabulaire du lecteur. Malheureusement, ces expressions et termes empruntées aux multiples langues ivoiriennes qu’utilise l’auteur, n’ont pas d’annotations en pieds de page qui pourraient donner une définition au lecteur et enrichir son vocabulaire culturel. Il a recours au bambara, à l’agni, à l’attié disons à plusieurs ethnies des différentes régions de la Côte d’Ivoire. Il a même des références historiques et sociologiques très importantes de plusieurs pays africains et de plusieurs régions ivoiriennes mais le manque d’annotations est toujours un obstacle pour le lecteur afin de mieux comprendre l’auteur.
L’auteur pose des problématiques sociales et existentialistes. La question est de savoir ce qui le motive à s’intéresser tant à la condition sociale de la femme et à faire le procès de l’homme en le présentant souvent comme un égoïste phallocrate ? (page de la page 59 à la page 62). Sont-ce ses expériences d’enseignant d’école primaire qui lui ont permit d’être témoin de pareils mésaventures ? Pour houspiller la conscience sociale sur son sujet, il utilise comme personnage principal une « folle » appelée Maklwa. Il se met dans la peau de ce personnage et décrit avec parcimonie sa vie quotidienne, ses habitudes, ses ressources, ses moyens de subsistances, ses réflexions, ses introspections, ses réalités. Il étend l’élasticité de ses réflexions quand cette « folle » isolée et exilée des hommes dits « rationnels » tombe enceinte ». La grande imagination de l’auteur s’illustre dans la description de la grossesse de cette « folle », des moyens de subsistances qui lui permettent de prendre soin de son enfant. L’état de cette « folle » emmène la société des « rationnels » à s’interroger sur cette dernière et à avoir des rapports humains et solidaires jusqu’à ce qu’elle donne naissance à son bébé. Un extrait de la page 79 dit ceci: « certains parmi les visiteurs, venaient, plutôt poussés par une curiosité malsaine : ils voulaient voir à quoi ressemble un bébé de folle. D’autre tenaient à s’assurer que ce n’était pas un métis de chimpanzé comme on l’avait insinué du temps de la grossesse. Ceux là étaient reconnaissables à leur façon d’observer ses cheveux, sa peau, ses doigts. ».
La chute du récit est riche d’enseignement et elle met en relief l’épigraphe que l’auteur cite à la page 10 : « Quand les hommes refusent d’écouter le langage des hommes, Dieu envoie des bêtes leur parler ». Cette citation pourrait justifier le choix de développer son récit autour d’une « folle ». et emmène à se poser une question : « la raison » ne se trouve t-elle pas chez ceux qu’on juge « sans raison » ? Si les hommes dits « rationnels » ont dans la pratique de leur vie quotidienne des actes qui font douter de la crédibilité de leur « raison » ?
Yahn AKA
Ecrivain –éditeur
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