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Société Publié le lundi 31 août 2015 | Treichville Notre Cité

Loyers chers, dépeuplement : Affres et conséquences des difficultés de logements

De la cherté mensuelle des loyers aux cautions et avances exorbitantes en passant par des agents immobiliers peu recommandables, Treichville n’est pas épargnée par les difficultés de logements, à l’instar des autres communes d’Abidjan. Une triste réalité devant laquelle le nouveau projet de loi du Gouvernement sur le logement suscite, un véritable espoir.
Des nouvelles décisions du Gouvernement : Finies les cautions démesurées
En attendant le vote de l’Assemblée nationale dans les prochains mois, le Gouvernement a donné ces derniers temps des précisions relatives au nouveau projet de loi sur l’habitat. Il s’agit de sensibiliser les bailleurs (propriétaires ou locataires) et les investisseurs du secteur de l’immobilier pour baliser le bail à l’usage de l’habitation. Des différents aspects auxquels s’intéressera ce projet deloi, se trouve posée l’épineuse question de la caution et de l’avance. « L’objectif est de permettre à nos compatriotes de signer des contrats de bail à leurs bailleurs, sans que cela ne leur coûte plus de deux (2) mois de caution » a confié à un confrère, Célestin Koala (Directeur du logement au ministère de la Construction, du logement, de l’assainissement et de l’urbanisme). En d’autres termes, seulement deux (2) mois de caution doivent être payés désormais à tout locataire par celui, qui voudra louer une habitation. Ce qui veut dire, que sont révolues ces périodes inadmissibles de cautions allant même jusqu’à un (1) an. En effet, il fût des moments où la retenue de garantie ou ce qui est communément appelé la caution était fixée selon l’humeur du propriétaire ou d’après le faciès du client. Si bien que des sommes exorbitantes étaient exigées par les propriétaires des habitations au grand désespoir de nombre d’ivoiriens.
Les raisons historiques
Les Abidjanais ont, dans le passé, bénéficié de cadres d’habitations modernes. Avec les Sociétés d’Etat telles Sicogi, Sogefiha, des habitations étaient disponibles dans la plupart des communes de la capitale. A cela s’ajoutaient les baux administratifs pour des fonctionnaires et les cités universitaires pour ce qui est des étudiants. Cette situation d’abondance a perduré jusqu’en 1990. Il y a, certes, eu le surpeuplement d’Abidjan, qui a occasionné, depuis un certaintemps la rareté des habitations et conséquemment l’envolée de prix, que nous connaissons aujourd’hui. Cependant, sans vouloir crier haro sur le baudet tant certaines stigmatisations sont parfois très mal interprétées, cette boîte de Pandore, en tant que triste réalité, qui a fait son chemin, a été ouverte par des gens venus d’ailleurs. Elle est à lier à deux faits majeurs. Le premier est relatif à la crise du Congo (Brazzaville). La guerre civile de l’année 1985 a provoqué une ruée vers la lagune ébrié. Le second reste la venue massive des étudiants de la sous région dans la seule université de l’époque. Ces présences ont suscité de grandes demandes devant des offres insuffisantes en logement. Poussée par l’extrême besoin d’abri loin de leurs terres d’origine, et pour garantir leur séjour, la majorité d’entre ces personnes n’a pas hésité à proposer et à payer plusieurs mois de caution. Et même à innover en la matière, en payant, ce qui n’était pas connu en Côte d’Ivoire, des mois d’avance par certains ou une année chez d’autres. L’occasion faisant le larron, de nombreux propriétaires en ont fait leur fond de commerce au point de l’ériger en conditions préalables. Ainsi depuis plus de vingt (20) ans cette situation est-elle devenue la norme. Avec la forte urbanisation et les différentes crises, qui ont entraîné le surpeuplement d’Abidjan, les coûts des loyers sont devenus une véritable foire. Le plus triste est la montée des enchères par les propriétaires et agents immobiliers. Il y a des studios dits américains, qui coûtent plus 60 mille francs dans certains quartiers. Devant la forte demande, le ridicule est poussé jusqu’à la mise en location des maisons en chantier, voire inachevées, Une anarchie à nulle autre pareille à laquelle n’échappe aucune commune de la capitale économique ; voilà ce qui prévaut, en attendant la transformation du projet de loi du Gouvernement en loi et son application effective sur le terrain comme l’Espérance (au fond de la boîte de Pandore).
La situation à Treichville
La situation de la commune de Treichville nous interpelle outre mesure. Son peuplement est d’abord ethnique. Ainsi, les habitations s’inscrivent-elles dans cette logique. Les avenues 1 et 2 étaient le quartier des intellectuels, des agents de l’administration. Un peu plus loin, aux avenues 3 et 4, de la rue 5 à 12, c’était le quartier Sénégalais. Quant aux avenues 9 à 12, de la rue 9 à 11 se trouve un quartier que certains appellent Dongon, d’autres Haoussa. Puis, il y a les quartiers N’zima, Dioula au-delà de la rue 12 entre les avenues 4 et 8, de la rue 12 à 25. Vous savez, c’est aussi une des particularités de Treichville, à savoir, qu’on saute de la rue 25 à la rue 38. La zone des avenues 16 et 17 est, en général, habitée par les Bété et les Krou. D’ailleurs, c’est là que vous trouvez le marché Wobè. Un peu plus loin à gauche, vous avez les cités Ran, Police, Douane. Et finalement, les quartiers modernes, que sont les Habitats où toutes les ethnies se rencontrent, se mêlent. Treichville, c’est aussi une zonation familiale. En commençant à parcourir les avenues 1 à 5, on a le domicile de Me Diop, un des premiers huissiers de justice de la commune et peut être de la Côte-d’Ivoire. En remontant l’avenue 2 aux rues 6 et 7, c’est la famille Yapobi, qui a donné au pays, à la fois des avocats et des magistrats. Puis, il y a, juste à côté, la famille Pama. A l’avenue 4, rue 7, c’est chez les Gabriel Dadié, qui occupaient une superficie d’environ 1600m carré divisée en deux portions. L’une pour le cinéma Abc, qui a été aussi un haut lieu de débats et de réunions politiques, et l’autre pour l’habitation familiale. Entre les avenues 3 et 4, à la rue 8, se trouve le domicile de Jean Porquet. C’était un mulâtre, un métis, qui, après avoir servi l’administration coloniale, l’a quittée pour s’installer à son propre compte. Pour ceux, qui ont vu les photos du Président Houphouët des années 50-55, on le voit au balcon d’un immeuble d’où il haranguait les militants. Après les avenues 3 et 4, il y avait le domicile d’Antonin Dioulo. Les familles M’Bahia Blé Kouadio, Adou Assalé, Zirimba Aka Marcel ne sont pas oubliées. Pareil pour celle des Zinsou à l’avenue 5, rue 11 où se trouvent, aujourd’hui des boutiques. A l’époque, là où se trouve en ce moment, la Maison du Congrès du Pdci-Rda, c’était le quartier Cfao où les agents subalternes des maisons de commerce, les agents africains étaient logés. Il y avait aussi le domicile de la chefferie Sanwi. Dans cette zone, habitait dans un entre-carré très particulier Ellingand Etché, pharmacien et ancien Maire d’Aboisso, qui y logeait avec les enfants du Conseiller du Roi du Sanwi. En remontant pour atteindre notre mairie actuelle, juste à la rue 13, se trouvait la maison des Jacques Aka. Un peu plus haut, vers la rue 25, on arrive chez les Laubhouet, Madame Yacé et Me Ouégnin (le 2ème grand homme de la justice ivoirienne). Ce bref aperçu, nous le tenons du Pr Tierno Sall (Cf. le Numéro 12 de votre Mensuel). Il montre bien, que l’histoire des habitations de Treichville est avant tout une affaire de famille et de cours communes. De ce fait, ces logis ne sont pas, a priori, à mettre en location. Cependant, aujourd’hui, ces habitations sont désertées par leurs propriétaires, qui sont pour, la plupart, installés à Cocody et ses ramifications (II Plateaux, Angré, Riviera…). En ce moment, ce ne sont que des héritiers, qui en disposent comme bon leur semble devant les demandes pressantes liées à la situation géographique de la commune.

Agents immobiliers ? Que nenni !
A cet effet, les mises en location ne relèvent d’aucun critère véritable. Il s’agit parfois de sous-location, colocation, cohabitation A cet aspect s’ajoutent les mésententes entre les héritiers, quant à la gérance. En fait, il n’y a plus de responsable véritable auquel s’adresser en cas de besoin, d’autant plus que, dans certaines cours, nombreux sont, ceux qui se clament propriétaires. A preuve, au quartier France-Amérique (excusez-nous du peu si nous ne précisons pas l’avenue et la rue, mais nous sommes tenus parfois par certains droits de réserve), l’un de nos collègues de la Rédaction s’est retrouvé dans une situation, pour le moins, curieuse, dans sa tentative d’y habiter une deux (2) pièces. A son premier passage, ses échanges ont eu lieu avec une Dame. Tous les contours relatifs à la location ont été abordés avec à la clé un accord. Au second passage, notre collègue est abordé par un voisin de la propriété, qui lui déconseille de poursuivre ses démarches. Le voisin lui a tout simplement signifié, qu’un conflit de paternité des locaux fait rage entre les héritiers. Et, que le confrère s’exposerait à des surprises de tailles et de dernières minutes, s’il payait la caution avec une tiers personne. En fait, selon lui, un autre héritier pourra lui dire dans les prochains jours, qu’il a eu tort de payer avec d’autres personnes, que lui. Face à cet imbroglio, il perdra et son argent et le logement. Et pire, il ne sera aucunement remboursé, parce que cela demandera beaucoup de dispute inutiles et de temps. Il n’y a aucun doute que ces conseils ont sorti notre confrère d’une voie dont les suites seraient sans issue. Un autre point, et non des moindres, qui est aussi à relever est le coût trop élevé des logements dans la commune. En dehors des colocations et/ou sous locations des chambres, il est fort difficile, voire impossible de trouver un logement à moins de 150 mille francs. Les studios sont à 70 ou 80 mille francs. A ces prix, la caution et les mois d’avance cumulés, le demandeur n’est pas loin de débourser plus d’un (1) million avant de recevoir les clés. Les cas rares sont ceux, qu’on trouve dans des cours communes. Il s’agit des constructions ajoutées aux anciennes ou faites sur des espaces libres faisant, jusque-là, offices d’aires de jeux ou place de repos. Ce qui ne va pas sans dire, que celui qui loue, a en partage avec les autres une porte de sortie. En pareilles circonstances, la sécurité fait défaut, en ce sens, que cette porte commune n’est jamais fermée suite aux divergences relatives aux heures de sortie et d’entrée. Tout ce calvaire est conforté par des personnes, qui se présentent ou agissent très souvent comme des agents immobiliers. A ce niveau, disons-le tout net : la situation à Treichville n’est pas, du tout, reluisante. Il est fort possible, qu’on vous indique un endroit où ils se trouvent. Mais que nenni (que non), il n’en est rien. Ce ne que sont des gens de fortune, qui profitent, à n’en point douter, de la demande croissante des logements. Jusqu’à preuve du contraire, nous n’avons pu trouver un treichvillois à même de nous indiquer un bureau d’agents immobiliers dans la commune. Dans nos investigations, il nous a, certes, été indiqués une adresse ( avenue 16, rue 17) comme là où il y a des agents immobiliers, et d’autres endroits, où des personnes ont bien voulu se considérer comme incontournables en cas de besoin d’un logement. Ils en ont pour tous les goûts à la mesure de ce que peut offrir, bien sûr, Treichville. Toutefois, dans le premier cas, c’est un banc qu’occupent des personnes au bord de cette rue. Incapables de décliner leurs identités, ce sont de jeunes, qui ne sont pas compétents en la matière. Simples intermédiaires, parfois dubitatifs sur les locaux à mettre en location, ils ont tout, pour convaincre, soulager et même arnaquer un client désespéré. Avec eux, la caution est d’au moins cinq (5) mois et l’avance de trois (3), dont une mensualité à leur payer séance tenante par le demandeur après obtention de l’accord du propriétaire. Dans le second, les choses sont toutes autres. Dans un local, qui est en réalité une agence de voyages et de location de véhicules, un Monsieur s’est présenté à nous, comme l’expérimenté des lieux pour les logements. Notre vœu d’avoir en face de nous, après plus de deux semaines de recherche, allait-il être, enfin, exaucé ? Si nos échanges du premier jour (c’était une fin d’après-midi) ont laissé poindre l’espoir de nous revoir le lendemain, ce fut la désillusion. Nous avons déchanté jusqu’à ce jour après moult passages. Au final, nous avons compris, qu’il ne s’agissait que d’un non professionnel, dont l’enthousiasme s’est estompé après notre départ. Entre autres questions, il s’est, sans doute, demandé : Que répondre à des journalistes lorsqu’on mène une activité dans l’illégalité et que l’Etat vient de prendre des dispositions pour sévir contre ces agissements ? La parade est vite trouvée : ne pas respecter le rendez-vous, qui peut avoir un double tranchant. Faire connaître ses activités et s’étaler, ainsi, sur la place publique, pour s’attirer conséquemment, soit la clientèle, soit les foudres du Gouvernement dans les jours futurs. Notre ‘’expert’’ n’a pas voulu courir le moindre risque. Et toute propension considérée, il ne pouvait, d’aucune façon technique, nous permettre d’avoir des réponses crédibles à nos questions. A savoir, les différents tarifs des locations ? Le niveau de la demande ? Les difficultés et avantages rencontrés avec les demandeurs et les propriétaires ? Quelle analyse objective fait-il de la future loi du Gouvernement sur le logement ?
L’évolution actuelle : avantages et revers.


Cette difficulté à trouver un agent immobilier ne traduit nullement, que Treichville n’offre pas d’opportunités de location. Une nouvelle donne nous amène à le dire, aisément. Selon les premiers plans, qui datent de la période coloniale, les dimensions des concessions de la commune n’excèdent pas, en général, 400m carré. Ce sont des habitations de plein pied, c’est-à-dire, généralement, des cours communes. Mais, avec l’évolution, nous assistons à un changement du tissu urbain. La transformation résulte de ce que des cours communes détruites voient émerger des immeubles. Ce phénomène est en train de se propager dans la commune. En son temps, il était concentré sur l’avenue 8, à la rue 38, mais l’intérieur connait des changements aujourd’hui : comme à l’avenue 4 rue, 21, aux abords du Boulevard Giscard d’Estaing, les anciens locaux du Docteur Aka Félix, aux quartiers France-Amérique et Apollo, à l’avenue 13, la rue 8, l’avenue 4, l’avenue 16, rue 28, l’avenue 21, rue 15 et d’autres cours communes de la commune. Ces changements donnent un nouveau visage à Treichville. Des sources bien indiquées soutiennent que le Maire François Albert Amichia, Ministre des Sports et des Loisirs et le Conseil Municipal envisagent d’approcher l’Ordre des Architectes pour une harmonisation de ces constructions et celle du paysage de la Cité cosmopolite. Ces changements suscitent, déjà, de nouveaux arrivants. Dans l’ensemble, ils viennent avec un certain style de vie, un nouveau standing (rang) et une autre mentalité.

La plupart de ces personnes sont, pour l’instant, des occupants de bureaux, de magasins, qui sont là pour quelques heures. Cela permet, donc, de croire, qu’il y a certaines attitudes qu’elles n’adopteront pas. Par exemple, préparer aux abords des rues, mettre leurs ordures dehors et hors des poubelles, boucher les regards avaloirs d’ordures ménagères, jeter les eaux usées, des restes d’aliments sur les trottoirs etc. On peut, en somme, espérer, qu’elles n’encombreront pas les voies. Ce soupçon d’espoir vient, en réalité, de ce que ces bureaux sont situés dans des immeubles nouvellement construits et munis de leviers, qui conduisent directement dans les égouts. Toutefois, cette métamorphose des habitations a ses revers. Ces bureaux et magasins, qui envahissent la commune, attireront de nombreux clients, sans doute véhiculés. En outre, les nouveaux occupants peuvent aussi avoir des voitures. Il se posera, alors, inéluctablement une question d’espace et conséquemment de circulation. Pour prévenir tout désagrément, il serait important que les propriétaires des différents immeubles envisagent des parkings internes. La nappe phréatique étant très proche du terrain naturel de construction, on trouve vite de l’eau en creusant. Il serait, donc, très difficile et inopportun de faire des parkings souterrains. Les arrière-cours peuvent, alors, servir à cette fin, comme c’est le cas à l’avenue 5, rue 15. C’est dire que les propriétaires ont l’obligation de ne pas dépasser le coefficient d’occupation de sol. Ils ne doivent, donc, pas construire sur l’espace entier. Dans tous les cas, après l’autorisation du Ministère de la Construction, la Mairie et ses Services Technique dirigés par Kouadio Médard veillent au grain pour le respect des normes. C’est à ce juste égard, que ceux qui observent bien peuvent constater, que la construction des actuelles bâtisses, des reculs, des alentours sont respectés par rapport aux anciennes. A côté de cette évolution et ses exigences, il y a la hausse du coût de ces nouveaux loyers. Si les maisons coûtaient 25 à 50 mille francs cfa, ce n’est pas le cas des appartements des immeubles. Ces changements poussent une forte population ayant longtemps vécu à Treichville à trouver refuge à Yopougon, Port-bouêt, Abobo... Cette situation peut engendrer d’autres conséquences négatives. Si ces locaux sont majoritairement des bureaux, des magasins, leurs occupants ne seront absolument pas tous de Treichville, mais viendront d’ailleurs. Il va sans dire, que ces immeubles seront déserts dans la soirée, la nuit, les dimanches et jours fériés. Le risque même d’un dépeuplement de la commune, à l’image de Plateau, se profile, inexorablement à l’horizon n’zassa. D’où le souhait que ces appartements soient en majorité des habitations dont la caution et l’avance se conformeront au nouveau projet de loi, pour le bonheur des ivoiriens, qui n’ont que trop souffert de véreux agents. C’est pourquoi, plus qu’une une bouffée d’oxygène, ce projet de loi, qui doit être matérialisé par les Députés le plus vite possible, constitue un espoir.

ALLBERT ABALE
Photos : JB AHOUTY
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