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Editorial Publié le lundi 1 février 2016 | L’intelligent d’Abidjan

Bon vent à celui qui a encore envie de tuer et qui est prêt à prendre la place de Gbagbo et de Blé à La Haye

Reconnaître que Gbagbo est le vainqueur de l’élection présidentielle de 2010 peut-t-il le mettre à l’abri de sa responsabilité dans les exactions imputées à ceux qui répondaient de lui ?
Sur la base des résultats de la Cei endossés par la communauté internationale et validés plus tard par Yao Ndré, après l’intermède de la crise marqué par un premier arrêt du même Yao Ndré proclamant Laurent Gbagbo vainqueur, Alassane Ouattara exerce depuis le 11 avril 2011 le pouvoir d’État et est considéré comme le vainqueur.
Malgré cet état de fait, des crimes et des exactions sont imputés à son camp. Des adversaires du pouvoir actuel estiment même qu’à défaut de Ouattara lui-même, Guillaume Soro et des chefs militaires Frci devraient répondre de crimes devant la Cpi.
Selon les tenants de cette option, le vainqueur reconnu de l’élection de 2010 et ses proches peuvent donc bien être conduits devant la Cpi. Ce sera assurément l’un des axes de la défense de Laurent Gbagbo.
Alors question : si un vainqueur, fût-il le faux vainqueur de l’élection présidentielle de 2010 selon les pro-Gbagbo, peut être jugé à la Cpi , en quoi le fait de déterminer finalement que Laurent Gbagbo était le vrai vainqueur de l’élection, pourra-t-il le mettre à l’abri des crimes et des exactions imputés aux siens, et pour lesquels selon le procureur sa responsabilité individuelle et pénale, ainsi que celle de Blé Goudé est engagée, au titre des articles 25, 27 et 28 du statut de Rome ?
Supposons qu’Altit et son équipe parviennent à faire accepter le fait que Laurent Gbagbo a gagné l’élection, et qu’il n’a pas concocté de plan prémédité pour se maintenir au pouvoir, parce qu’il savait à l’avance qu’il perdrait, l’accusation ne pourrait-elle pas le reprendre en ces termes : « Vous avez voulu vous maintenir coûte que coûte au pouvoir, y compris par la violence et les exactions, non pas parce que vous avez perdu les élections et que vous le saviez longtemps à l’avance, et que vous vous y êtes préparé, que vous avez prémédité cela, mais vous l’avez fait parce que avez souhaité demeurer au pouvoir sur la base d’un arrêt du Conseil constitutionnel, qui a été considéré comme un permis de tuer, le droit de résister, et de commettre des abus, au nom de la défense de la loi. L’arrêt du Conseil constitutionnel a servi à la mise en place d’une stratégie, et d’un véritable plan commun pour vous maintenir au pouvoir. Les exactions supposées de votre adversaire et le fait que ce soit lui le vaincu, ne vous exonèrent pas de vos responsabilités dans les abus et les crimes de vos proches et de votre entourage, dans les exactions des individus répondant de vous, dont vous auriez pu arrêter ou sanctionner les agissements».
N’est-ce pas fort de cela que l’accusation avait estimé que le débat sur qui a gagné l’élection n’était pas essentiel, car même s’il était établi que le vainqueur était Laurent Gbagbo, cela ne changerait rien au fond de l’accusation, ni au principe de responsabilité au titre des articles 27 et 28 du statut de Rome.
Le vainqueur présumé de l’élection présidentielle que serait alors Laurent Gbagbo, ne peut pas prendre prétexte des provocations du vaincu présumé pour justifier l’inexistence des exactions imputées au Fds, qui ne sauraient convaincre de légitime défense.
Nous notons la grande colère et l’indignation des partisans de l’ancien président ivoirien, au sujet des charges de l’accusation. Ils dénoncent un clivage Nord-Sud, une menace de division des Ivoiriens sur la base de l’ethnie et de la religion. Mais est-ce que l’accusation a inventé vraiment les choses ? Elle ne fait que restituer l’environnement dans lequel le pays a vécu et surfé pendant plusieurs années et notamment, lors de la crise post-électorale.
Il suffit de rappeler que les mêmes sentiments de colère, cette même indignation ressentis aujourd’hui par les partisans de l’ex-pouvoir ivoirien, ainsi qu’une grosse peur, avaient été également ressentis lors de la crise postélectorale par les adversaires du camp Gbagbo, qui étaient les victimes d’hier.
Même si selon le camp Gbagbo, les victimes d’hier sont devenues des bourreaux d’aujourd’hui, il ne faut du tout occulter que les vainqueurs d’hier, ne sont pas du tout les mêmes que ceux d’aujourd’hui. Hier les vainqueurs, c’était le camp Gbagbo. Hier les victimes et les vaincus c’était le camp Ouattara !
Et le camp Gbagbo a écrit son histoire de vainqueur. Une histoire de vainqueur qu’il veut encore imposer, alors qu’il n’est plus le vainqueur. La vision que Bensouda décrit aujourd’hui, et qui est contestée par la défense n’est pas la vision des vainqueurs d’aujourd’hui, mais bien celle des victimes et des bourreaux d’hier.
Le camp Gbagbo a écrit l’histoire selon sa façon de voir, selon ses intérêts. Et ce qui est constant et quelquefois inquiétant, c’est ce déni permanent de la réalité (on n’a rien fait, on n’a aucun tort, nous ne sommes que des victimes, nous sommes blanc comme neige). Même passé dans le camp des vaincus, les vainqueurs d’hier ne renoncent pas à leur posture d’hier, à leur position d’hier. Ils assument tout mais refusent d’assumer les conséquences de leur position de fermeté face à la certitude, et au caractère non négociable et sans recours de leur victoire, proclamée dans des conditions douteuses, arbitraires et abusives et au mépris des dispositions de la loi par le Conseil constitutionnel. Les vainqueurs et les bourreaux d’hier devenus les victimes et vaincus de maintenant (alors que les victimes et vaincus d’hier ont changé de posture pour jouer les vainqueurs et les bourreaux à leur tour), auront-ils les moyens de faire admettre leur vérité loin des moyens du pouvoir, et dans un tribunal ?
Hier alors que les événements se passaient, et au moment où Laurent Gbagbo et les siens revendiquaient déjà la victoire, ils avaient été mis en garde, des conséquences encourues. La Cpi avait prévenu que ce qui était en train de se dérouler, était susceptible de conduire à des enquêtes et à des inculpations.
Laurent Gbagbo se considérait déjà comme le vainqueur, et malgré cela il était prévenu des risques qu’il encourait face aux exactions naissantes.
Quand des observateurs et des citoyens nous disent que le procès en cours, ne nous met pas à l’abri de nouvelles crises, et nient le rôle pédagogique de la Cpi, de la peur du gendarme Cpi dans la limitation du nombre des victimes au Burkina, dans la chute du président Compaoré, dans la "sagesse" du Rsp et de Diendéré, qui ont juste pris en otage Zida et Kafando, au lieu de les abattre ou assassiner, alors on a envie de dire bon vent à celui qui a encore envie de tuer les Ivoiriennes et les Ivoiriens, et qui est prêt à prendre la place de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé à La Haye.
Moi je parie des milliards de dollars que s’ils étaient vraiment sûrs qu’un jour, ils auraient pu être à La Haye, ou dans un autre tribunal, les deux leaders auraient fait attention, comme Blaise Compaoré et le Rsp ont fait attention à ne pas faire verser le sang de centaines ou de milliers de burkinabè, en septembre 2014. Le temps de l’impunité est finit pour ceux qui tuent pour arriver, ou pour se maintenir au pouvoir.

Par Charles Kouassi
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