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Attentats en Afrique de l’Ouest: le recrutement jihadiste s’enracine de plus en plus localement
Publié le mercredi 16 mars 2016  |  AFP
Des
© Autre presse par DR
Des membres de la cellule terroriste AQMI
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Dakar - Après Bamako en novembre, Ouagadougou en janvier, le scénario s’est répété dimanche sur la plage ivoirienne de Grand-Bassam, ensanglantée par des assaillants jeunes, difficilement discernables du reste de la population, preuve de l’extension du recrutement jihadiste en Afrique de l’Ouest.

Comme à chaque fois, Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), revendiquant l’attaque qui a fait 19 morts près d’Abidjan, la capitale économique, n’a révélé mardi que les prénoms de leurs auteurs, en majorité de couleur noire, auquel était accolé un adjectif renvoyant à leur origine.

"Al-Fulani", c’est-à-dire peul, une ethnie disséminée dans toute la bande sahélo-saharienne, pour deux d’entre eux. Et "al-Ansari" pour le troisième,
afin de désigner un jihadiste autochtone, par opposition à "al-moujaher",
venant de l’extérieur, un qualificatif de plus en plus rare dans la sphère
jihadiste en Afrique de l’Ouest.

Les assaillants de Ouagadougou, la capitale burkinabè, le 15 janvier,
étaient ainsi tous trois des "Ansari" - dont un "Fulani" - de même que ceux
d’un grand hôtel de Bamako le 20 novembre, visiblement très jeunes.
Au Mali, dont le nord du territoire avait été transformé en sanctuaire par
les groupes liés à Al-Qaïda jusqu’au lancement d’une intervention militaire à
l’initiative de la France en janvier 2013, l’avancement de ce processus a
conduit un influent chef tribal touareg à recommander l’ouverture de
"discussions avec les jihadistes maliens".

"En retour, ils vont aider le Mali à se débarrasser des jihadistes venus
d’ailleurs", qui sont devenus minoritaires dans le pays par rapport aux
recrues locales, a prévenu l’Amenokal (chef élu par les sages) des Ifoghas,
Mohamed Ag Intalla, dans un entretien avec l’AFP dimanche.
Dans une interview au site mauritanien Al-Akhbar publiée quelques jours
avant l’attentat de Ouagadougou, un chef d’Aqmi, Yahya Abou El Hamame, se
félicitait du "franchissement d’un cap important", sur le plan à la fois
géographique et ethnique.
"Il y a toujours eu un obstacle pour accéder au centre et au sud du Mali au
début de la guerre, c’est le fleuve Niger, qui sépare le Nord et le Sud",
soulignait-il.
"Aujourd’hui, les moujahidine ont constitué des brigades et bataillons
composés de fils de la région, de nos frères noirs, Peuls, Bambaras et
Songhaï. Et ce sont ces brigades qui effectuent des opérations là-bas, de
sorte que nous n’avons plus besoin d’envoyer des frères au sud", expliquait-il.

- Utilisation de femmes et d’enfants -

Selon Yvan Guichaoua, spécialiste du Sahel, "les +graines+ des mouvements
autochtones actuels" ont été semées bien avant la création d’un sanctuaire
jihadiste au Mali en mars-avril 2012. "Aqmi et ce qui est devenu le Mujao
(Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest) avaient déjà des
ancrages locaux: en Mauritanie, vers Tombouctou ou Gao".
"La base de recrutement a cependant été élargie pendant l’occupation, via
l’enrôlement et l’entraînement de très jeunes recrues - camp de formation à
Gao - ou en capitalisant sur l’hostilité envers le MNLA (Mouvement national de
libération de l’Azawad, rébellion touareg): Arabes de Gao, Peuls de
Menaka/Ansongo", précise-t-il.

L’opération française "Serval s’est trouvée face à de très très jeunes
combattants locaux", souligne Yvan Guichaoua, qui se dit néanmoins "pas
certain que le vivier soit inépuisable, tout dépend de la manière dont les
réseaux de clientèle fonctionnent et dont les leaders +tiennent+ leurs
communautés et leurs jeunes".

Dans la région, c’est le groupe islamiste nigérian Boko Haram qui a "changé
le profil des auteurs d’attentats suicide, masculins et adultes", selon Victor
Lloyd, agent spécial du FBI, la police fédérale américaine, et attaché
juridique à l’ambassade des Etats-Unis à Dakar, d’où il couvre 11 pays.
Outre les femmes, "Boko Haram a utilisé des enfants, parfois de seulement
neuf ans", a déclaré à l’AFP lors d’une simulation d’attentat au Sénégal il y
a trois semaines M. Lloyd, précédemment en poste au Nigeria.
Lors du lancement en février de l’exercice militaire Flintlock, organisé
annuellement par les Etats-Unis en Afrique, le commandant des opérations
spéciales américaines sur le continent, le général Donald Bolduc, affirmait
qu’une de ses missions était de contrecarrer les "outils de recrutement" des
jihadistes.

"Quand vous n’avez ni travail ni éducation, vous n’avez pas d’espoir. Et si
quelqu’un vous offre un entraînement, une arme, une femme, faute de bonne
gouvernance, c’est tentant", reconnaissait-il, estimant que la clé est de
"légitimer le gouvernement" aux yeux de la population: "C’est elle qui voit
qui contrôle la zone et avec qui elle doit traiter pour vivre".

sst/sba
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