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Société Publié le vendredi 8 avril 2016 | L’intelligent d’Abidjan

Entretien avec le Professeur Lath Yédoh Sébastien, directeur du LECAP : Un Etat ne peut pas sans droit

Je suis Maître de Conférences en Droit Public, agrégé des facultés de Droit, enseignant-chercheur à l’UFR des Sciences Juridique, Administrative et Politique (UFR-SJAP) de l’Université Félix Houphouët Boigny d’Abidjan et le Professeur Lath Yédoh dirige le LECAP.

Pouvez-vous nous présenter le LECAP ?
Le LECAP est un institut universitaire qui appartient à l’Université d’Etat Félix Houphouët-Boigny. Comme sa dénomination l’indique, les champs d’étude et de recherche du LECAP sont : le Droit constitutionnel, le Droit Administratif, le Droit international et la Science Politique. Les activités du LECAP traduisent la volonté des responsables de l’UFR de valoriser les activités de recherche, de production scientifique et d’assurer par ailleurs un encadrement efficient des doctorants (une cinquantaine). Inscrit dans une politique de dynamisation, le LECAP entend intensifier ses activités scientifiques par l’organisation des ateliers, des séminaires, des tables-rondes, des journées d’étude et des colloques.

Comment définiriez-vous, de la manière la plus simple, le droit ? Quels sont les domaines du droit sur lesquels travaille le LECAP ?
De la manière la plus simple, le droit peut se définir comme l’ensemble des règles et des normes qui permettent de vivre en société. Le droit étant une matière complexe, il s’organise en plusieurs divisions : droit public, droit privé, droit international, etc. Chaque division s’organise en sous-divisions. Le droit public comprend le droit constitutionnel et le droit administratif. Le droit administratif désigne l'ensemble des règles particulières applicables aux organismes publics et à l'administration, ainsi qu'à leurs relations avec les personnes privées. Le droit constitutionnel rassemble les règles relatives à la forme de l'État, à la constitution du gouvernement et des pouvoirs publics et à la participation des citoyens à l'exercice de ces pouvoirs. Le droit a pour vocation de soustraire l’individu à l’arbitraire de toutes les formes de pouvoir. Un Etat ne peut pas exister sans droit, un individu ne peut être libre sans le droit qui le protège, avec la nécessité pour toutes les normes juridiques de réaliser le parfait équilibre entre l’intérêt général et l’intérêt particulier. Quant à la science politique, qui se définit comme l’étude du pouvoir, elle est divisée en sous-disciplines qui ont, comme point commun, l’étude des processus politiques qui mettant en jeu les rapports de pouvoir entre l’Etat et les citoyens, mais aussi entre les individus, les groupes et au sein de l'État. Le LECAP s’intéresse à l’ensemble de la science politique, depuis la théorie et à la sociologie politiques, jusqu’aux relations internationales. Depuis Machiavel, qui, en quelque sorte « populariser » la science politique, - mais Machiavel ne s’intéressait, d’une manière pratique, qu’à la conservation du pouvoir -, c’est un domaine qui va véritablement se développer au XIXè siècle. La science politique va alors s’intéresser à l'organisation des sociétés et des gouvernements. Il est évident que sous des régimes autoritaires la science politique stagne. Comment débattre du pouvoir, si le pouvoir refuse que l’on s’interroge sur sa légitimité ? Or, depuis les indépendances, les régimes autoritaires n’ont pas manqué en Afrique.

Le LECAP est un institut universitaire, ce qui lui confère un certain prestige. Mais le reproche que l’on fait aux enseignants-chercheurs, c’est d’être dans la théorie, c’est-à-dire loin des réalités, et, souvent, engagés dans des querelles de « chapelles », comme pour ou contre Max Weber, pour ou contre Émile Durkheim, pour ou contre Maurice Duverger, qui veut réduire la science politique à la sociologie politique. Le LECAP est-il dans la théorie pure ou au plus près des réalités ?
Une science sociale, pour exister, a besoin d’un objet d’étude et de concepts opératoires, c’est-à-dire d’un langage théorique, souvent hermétique pour le commun des mortels. Les sciences humaines et sociales ont pu connaître par le passé des dérives. Le LECAP tient à rester dans le concret comme en témoigne le colloque international que nous organisons en novembre 2016 et qui est consacré à 50 ans de justice administrative dans l’espace africain francophone. Les résultats attendus de ce colloque concernent tous les individus dans l’espace francophone africain. Il s’agit de faire des propositions de réformes tant sur le plan des structures que des procédures pour une efficacité renforcée de la justice administrative et d’apprécier la contribution de la justice administrative dans la protection des droits des administrés. Il est question de la vraie vie : « efficacité renforcée de la justice administrative » et « contribution de la justice administrative dans la protection des droits des administrés ». Le droit n’est pas une affaire de spécialistes qui tiennent des propos « hors-sol », car il contribue au plein épanouissement de la démocratie et des libertés.

Pourquoi s’intéresser à toute l’Afrique francophone et pas simplement à la Côte d’Ivoire ? Notre pays ne connaît-il pas actuellement une profonde évolution qui renforce l’Etat de droit ?
Un thème comme l’évolution de la justice administrative en Côte d’Ivoire ces 50 dernières années constitue à lui seul un thème de colloque. Mais, nous avons voulu embrasser un espace commun pour un avenir commun, car nous pensons que l’espace francophone possède cette taille mondiale qui lui permet d’être l’un des moteurs d’une mondialisation régulée, maîtrisée. Pour cela, l’Afrique francophone doit produire ses propres contenus scientifiques, sociologiques et culturels. Aucun pays de l’espace africain francophone ne peut agir seul. Le débat doit donc s’ouvrir sur ce que, nous, les pays africains francophones nous pouvons porter en commun. Qu’entendons-nous porter au XXIè siècle ? Les forums économiques de l’Afrique francophone se multiplient. Il est important aussi que se développe, à côté de l’économie, une réflexion dans tous les domaines qui pourront faire de l’espace francophone africain un espace attractif, parce que coordonné et cohérent.
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