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Kouassi n’Dri, président de l’union des bouchers Ivoiriens(UPOBROVI ): « La viande est transportée dans de très mauvaises conditions »
Publié le vendredi 5 mai 2017  |  Transport Hebdo
Ravitaillement
© Transport Hebdo par DR
Ravitaillement des marchés en viande de boucherie :Le transport dans de mauvaises conditions
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Les mauvaises conditions de transport de la viande préoccupent tant les autorités, les bouchers que les consommateurs de viande. Koaussi N’dri, président de l’Union des bouchers ivoiriens (UPOBROVI) qui exerce depuis 25 ans dans le secteur nous parle de l’abattoir de Port Bouet construit en 1959. Il invite les autorités à se pencher sur l’hygiène afin de préserver les populations de maladie animales.

Vous qui êtes un boucher professionnel, pouvez- vous nous parler de l’Abattoir de Port- Bouet ?
L’abattoir de Port-Bouet est un endroit vieillissant. Il a été construit en 1959 pour abattre 60 bœufs par jour pour une population de 5.000 habitants. Aujourd’hui en tenant compte du dernier recensement de la population, nous sommes à prés de 6 millions d’habitants. On abat 600 à 700 bœufs par jour. Un abattoir qui devait accueillir 120 personnes en reçoit aujourd’hui 2500. Le gros problème c’est que l’hygiène n’est pas observée. L’abattoir fonctionne en surcapacité et est transformé en marché de bétail. Il est ouvert aux non professionnels. Nous avons entrepris des démarches auprès de l’administration ivoirienne mais jusque là, rien n’a été fait. L’abattoir de Port- Bouet baigne dans la saleté totale. Anne Ouloto y a effectuée un passage. Il a été clairement dit que l’abattoir devrait être démoli. Les abattoirs d’Abobo ,Yopougon , Bingerville, représentent le même désastre. Il faut dire qu’il n’existe pas d’Abattoir digne en Côte d’Ivoire. Mais la seule chose qu’il faut retenir depuis l’indépendance, le mot abattoir veut dire le lieu où on abat les animaux pour nourrir un département. Cela veut dire qu’en 1960, Abidjan était un département. Aujourd’hui, la ville a grandi .Et donc si le district veut aller vers la professionnalisation, il doit trouver des partenaires pour que l’abattoir respecte les normes nationales. Cet abattoir n’est pas celui qu’il faut pour le district. Il faut le déplacer et construire un plus vaste et digne. Pour la santé publique, il faut le fermer.

Mais comment se fait le transport de la viande ?
Le transport de la viande vers les marchés communaux se fait dans de très mauvaises conditions. Il n’y a pas de véhicules adaptés. Nous voulons des opérateurs économiques qui vont nous aider à transporter la viande dans de bonnes conditions. Aujourd’hui la viande est transportée à dos d’hommes du champ d’abatage aux taxis compteurs, dans les « pousse-pousses », les woro-woros, et des brouettes. C’est un véritable problème. Les consommateurs sont exposés à des maladies. Il faut voir comment nous pouvons nous mettre ensemble pour trouver des solutions. Que les autorités compétentes fassent des efforts pour faciliter la tâche aux opérateurs économiques pour investir dans le secteur afin d’améliorer le transport de la viande vers les marchés.
Il n’y pas que les mauvais conditions de transport de la viande. On parle également de l’existence des abatages clandestins ?
Un comité a vu le jour et fonctionne au sein du district d’Abidjan. Ce comité a pour mission de faire la ronde dans les différents quartiers pour voir s’il existe des abatages clandestins. Mais jusque-là, les contrôle se font tel que souhaité mais cette pratique existe toujours. Pour moi, le district doit renforcer son comité pour qu’on ne parle plus de cette pratique dans la ville d’Abidjan et ses environs. Il faut sensibiliser, informer afin que tous, nous puissions lutter contre l’abattage clandestin.

Le secteur regorge- t-il de plusieurs nationaux ?
Ici, le gros problème qu’il faut souligner dans l’inorganisation de la filière viande, relève du surnombre de nos frères de l’hinterland. Ils ne sont pas prêts pour qu’il y ait une bonne organisation dans le secteur. Si la filière bétail et viande est organisée, nos frères croient que cela va leur échapper. Toutes les formes d’organisation que nous mettons en place, ils passent par tous les moyens pour nous diviser. Nos frères étrangers ne veulent pas que la boucherie soit organisée .Je ne suis pas en train de parler en tant qu’un débutant ou un arriviste. J’ai 25 ans dans ce secteur. Ce sont les étrangers qui s’opposent à l’organisation. Avant le collectif, il y avait deux syndicats. Le collectif existe. Cela fait pratiquement 10 ans que nous ne sommes jamais allés en assemblée générale élective pour élire le nouveau président. Nous avons connu quatre vice-présidents intérimaires. Trois sont morts, un se trouve là pour poursuivre. L’organisation ne fonctionne pas. On nous utilise quand, il y a des grands événements pour aller faire des déclarations à la télévision. Quand le ministère prend des mesures pour organiser une cérémonie, les frères étrangers le boycott.

Vous avez pourtant une structure dirigée par Issiaka Sawadogo ?
Oui, mais…La boucherie n’existe que de nom en Côte d’Ivoire. La seule chose que je félicite, c’est l’arrivée du code sur l’artisanat qui définit clairement que la boucherie ne dépend plus du ministère des Ressources Animales. Lui, est un ministère technique qui doit travailler en collaboration avec le ministère de l’artisanat. Les bouchers sont des collaborateurs des vétérinaires. Un vétérinaire n’est pas un patron d’un boucher. Nous sommes en train de voir avec le nouveau ministre pour mettre une nouvelle forme d’organisation afin que les bouchers soient plus informés et formés. La confédération que dirige Issiaka n’a jamais mis en place un seul projet qui prend en compte des bouchers. Elle se contente de séminaires sous régionaux et attend chaque année pour organiser la vente des bœufs, moutons et cabris lors de la fête de Tabaski. Une fois terminé, il faut attendre l’année prochaine.

Vous qui êtes un professionnel, que préconisez vous ?
Un seul arbre ne constitue pas une forêt. C’est l’ensemble des arbres, liane et autres qui constituent une forêt. C’est vrai, que nous sommes des professionnels. Mais c’est la main dans la main qu’ensemble nous réussissons. Il ne faut pas confondre professionnalisme et modernisation. Quelqu’un qui est professionnel dans un corps de métier, c’est celui qui fait le métier au quotidien et vit de ce métier. Nous sommes en train de nous organiser. Nous avons le projet de la mise en place du patronat des bouchers de Côte d’Ivoire. Je crois que cela va mettre fin à beaucoup de choses dans le secteur.

Avez-vous approché le ministre pour vous orienter ?
Nous avons saisi officiellement le ministère par rapport à la loi sur le code de l’artisanat. Car le retard de la boucherie est dû à un manque d’information concernant le ministère des Ressources animales qui, en réalité n’a pas un programme pour les bouchers. Nous disons bonne arrivée au nouveau ministre du Commerce, de l’Artisanat et des PME , Dirrassouba Souleymane. Nous osons croire qu’avec lui, beaucoup de choses peuvent changer. Nous sommes prêts à travailler avec lui. Mais comme on le dit, c’est les deux mains qui se lavent.
Mais que fait le ministère que dirige Adjoumani kobenan pour vous ?
Pendant tout son temps passé dans ce département, il n’a jamais fait un projet pour le compte de la boucherie. Les bouchers sont associés dans les séminaires portant sur la sensibilisation des maladies des animaux. Nous n’avons jamais eu, ni formation, ni appui financier du ministère. Pour preuve, vous allez dans ce département ministériel, il y a une direction de la production animale, des vétérinaires, des organisations professionnelles, des éleveurs. Mais la boucherie n’a pas de direction ni de service au ministère. C’est pourquoi quand nous envoyons nos préoccupations, on nous fait balader pendant des mois sans suite favorable.
Et pourtant son directeur de cabinet, Meité Zoumana a été directeur de l’Abattoir pendant plusieurs années ?

Monsieur Meité a utilisé la boucherie pour faire sa promotion. C’est lui même qui a tué la boucherie en Côte d’Ivoire. Il a transformé l’abattoir où l’on vend de la viande. Il a permis au non professionnels d’exercer. Il existe un comité d’attribution d’agrément. Aujourd’hui, l’agrément est distribué aux non professionnels. Si tu es un fonctionnaire d’Etat, quand tu donne de l’argent, on te remet l’agrément et du coup tu deviens opérateur dans le secteur. Ce n’est pas normal. Nos autorités doivent jeter un regard sur la situation. Que les fonctionnaires restent là où ils sont.
Avez-vous approché le Dr vétérinaire inspecteur, Ouattara Issa, directeur de l’hygiène alimentaire et des abattoirs depuis avril 2012 pour vous entendre sur l’essentiel ?
Nous avons eu des séances de travail. Cela n’a pas pu continuer car chaque fois qu’on va voir docteur Issa Ouattara, on n’arrive pas. On nous tourne en rond. On se demande ce qu’il cache ?
La côte d’Ivoire consomme assez de viande. Selon vous, que peut faire l’Etat pour que la majorité des bœufs n’arrive pas des pays de l’hinterland ?
La Côte d’Ivoire a une capacité de 35% de nos consommations. Je crois que 56 ans après son indépendance, la Côte d’Ivoire ne devrait plus se mettre dans la position de la main tendue. Parce le pays regorge des ingénieurs agricoles, la terre et autres. Si les politiques prennent le problème au sérieux, les choses vont changer positivement. Où se trouve la Sodepra ?
*Votre mot de fin ?

La majorité des bouchers n’ont encore pas pris connaissance de la loi sur le code de l’artisanat. Chacun doit s’informer suffisamment. Unissons- nous pour valoriser le métier de boucher. Nous jouons un rôle capital dans la société. Sans nous, les différentes sauces des Ivoiriens ne peuvent pas être ce qu’elles sont. Nous apportons également dans l’économie du pays. Qu’on s’occupe aussi de nous.

Interview réalisée par Gustave Bolla BI
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