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Simone Gbagbo est arrivée samedi soir en Martinique

Fort de France, le 11 mai 2002 – Madame Simone Ehivet-Gbagbo, Première Dame de la République de Côte d’Ivoire est arrivée samedi soir à l’aéroport du Lamentin-Fort de France, en Martinique, où elle entame une visite de sept jours.

L’avion qui transportait l’épouse du président ivoirien Laurent Gbagbo a atterri à 19 h 35 locales (23 h 35 GMT). Simone Gbagbo a été accueillie au pied de l’échelle découpée par Michel Cadot, préfet de la Région de Martinique, Raymond Koudou Kessié, l’ambassadeur de Côte d’Ivoire en France, Claude Lise, président du Conseil général de la Martinique, Pierre Samot, Maire du Lamentin et Louis Laouchez, consul honoraire de Côte d’Ivoire en Martinique.

Lors d’un point de presse dans un salon de l’aéroport, la Première Dame de Côte d’Ivoire a exprimé « sa joie d’être en Martinique ce soir ». « Je vais rester une semaine avec vous sur cette belle île », a déclaré Simone Gbagbo, visiblement touchée par la mobilisation des autorités politiques et administratives de ce département français d’Amérique. «Je suis venue pour découvrir l’île, discuter avec la population », a encore précisé la députée à l’assemblée nationale.

Interrogée sur ce qu’elle attendait de sa visite, la Première Dame a indiqué que « nous souhaitons tous pouvoir renforcer les liens entre la Martinique et la Côte d’Ivoire, pouvoir passer même des accords de jumelage ou au moins entamer les discussions qui pourront aboutir à des accords de jumelage ». Le voyage de Madame Simone Gbagbo en Martinique s’inscrit dans le cadre de la coopération décentralisée.

Abondant dans le sens des déclarations de la Première Dame, Claude Lise, président du Conseil général de la Martinique, a expliqué aux journalistes que « la Côte d’Ivoire est en pleine période de décentralisation. Il y a une loi qui a été votée, qui est mise en application. En matière de décentralisation, nous avons une expérience aussi. Il y a une évolution qui est en cours et ça les intéresse beaucoup ». Claude Lise dirigera, mardi, une séance plénière du Conseil général consacrée à l’évolution institutionnelle de la Martinique.

Après avoir salué les ressortissants ivoiriens de Martinique et de Guadeloupe, ainsi que les représentants de l’organisation non gouvernementale Suds International, initiatrice des échanges culturels entre la Côte d’Ivoire et la Martinique, Simone Gbagbo a gagné la Résidence départementale de la Villa Chante Clerc, à Fort de France, réservée aux hôtes de marque.

Le programme de la Première Dame s’annonce particulièrement chargé. Dimanche, après un office religieux méthodiste, elle sera l’hôte de la communauté ivoirienne de Martinique et de Guadeloupe lors d’une réception organisée en son honneur. En début de soirée, elle sera l’invitée du journal télévisé de la chaîne publique RFO, avant de donner le coup d’envoi d’un concert humanitaire au profit de la lutte contre le Sida en Côte d’Ivoire.

Lundi débutera une série d’entretiens institutionnels, notamment avec le préfet de la région de Martinique, le président du conseil régional, le président du conseil général, et des acteurs des milieux économiques et culturels. La rencontre entre l’écrivain poète Aimé Césaire et la Première Dame, mercredi 15 mai, devrait constituer l’un des temps forts de ce voyage.

Deux ministres du gouvernement et des maires de villes ivoiriennes pressenties pour des opérations de jumelage avec des communes martiniquaises font partie de la délégation de la première Dame. La visite de Madame Simone Gabgbo en Martinique s’achèvera le 17 mai.

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 Simone Gbagbo

Le parcours d'une femme en politique

Madame Simone Gbagbo, Première Dame de la République de Côte d’Ivoire

Une bio-express de la Première Dame de Côte d’Ivoire publiée par le journal indépendant Afrique-Matin, largement diffusée à l’occasion de sa visite, suscite l’intérêt des habitants et des responsables politiques de ce département français d’Amérique. Et pour cause…

L’année 1990. La Côte d’Ivoire, pays d’une quinzaine de millions d’habitants, s’ouvre au multipartisme. Le Front populaire ivoirien (FPI), né dans la clandestinité en 1982 et dirigé pendant l’exil français de son leader Laurent Gbagbo par Simone Ehivet jusqu’en 1987, établit sa base à Yopougon – faubourg d'Abidjan devenu très vite le symbole de la revendication sociale et politique.

L’ouverture démocratique, qui autorise enfin la « liberté de parole », permet ainsi aux ivoiriens de découvrir une femme nommée Simone Ehivet Gbagbo, chercheur en linguistique, dont le destin croisa celui de Laurent Gbagbo, un soir de 1969, à la faveur de l’une de ces nombreuses réunions clandestines, qui jetèrent les bases de ce qui deviendra plus tard le FPI.

Ces opposants n’étaient alors qu’une petite poignée de personnes à se réunir. Laurent Gbagbo confiera plus tard avoir été subjugué par
l’intelligence et la force de caractère de Simone, en qui il trouvera l’alliée et la confidente qu’il ne quittera plus jamais.

Fille de gendarme, ancienne championne scolaire de saut en hauteur, Simone Ehivet a su préparer son corps à toutes les pressions, toutes les épreuves. Et ce ne sont pas les exactions subies pendant les années d’exil de Laurent Gbagbo - période durant laquelle elle sera emmenée à s’occuper de la famille et du parti - encore moins les bastonnades, les intimidations et la prison qui la feront reculer.

En dépit de la police et des services de renseignements qui veillaient sur ses faits et gestes, Simone Gbagbo réussit à préparer le terrain à un parti dont le discours allait rapidement séduire de nombreux laissés pour compte de la société ivoirienne, faisant du FPI la seule formation capable de constituer un contrepoids de taille au tout puissant Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), alors présidé par feu Félix Houphouët-Boigny.

Mais survint le 18 février 1992. Un jour qui reste de triste mémoire pour l’opposition : nombre de ses dirigeants, dont des militants des droits humains, sont matés, humiliés et emprisonnés à la suite d’une marche qui se voulait pacifique pour réclamer la libération des étudiants incarcérés. Le bilan est accablant : plusieurs manifestants battus à sang par des forces de l’ordre, des édifices publics saccagés, des opposants embastillés… La Côte d’Ivoire retient son souffle.

Simone Gbagbo est maltraitée. Elle perdra même connaissance avant d’être déférée, avec ses camarades de lutte, à la tristement célèbre Maison d’arrêt et de correction d'Abidjan. Le FPI est décapité. Ses cadres, son chef historique Laurent GBAGBO en tête, incarcérés six mois durant. Ce séjour en prison fut mis à profit par le parti pour peaufiner sa stratégie de conquête du pouvoir.

En effet, Sur le terrain, le FPI organise avec minutie sa base. En 1995, face au parti au pouvoir PDCI, Simone Gbagbo, chargée de la formation politique, est élue députée d’Abobo, une banlieue populaire d’Abidjan, sous la bannière du Front Républicain – en réalité, une coalition FPI-RDR (Rassemblement des républicains). Elle sera la seule représentante du FPI, dans l’agglomération d’Abidjan, à entrer dans le très convoité hémicycle dominé par le PDCI. Le contexte politique est agité en raison d'une élection présidentielle boudée par l’opposition. Ses électeurs, des « oubliés » du système pour la plupart, espèrent par son combat un mieux-vivre.

Car Simone sait ce qu'est la souffrance. Orpheline de mère dès sa naissance, et de père quelques années plus tard, elle a dû batailler pour atteindre le niveau qui est le sien aujourd’hui. Simone Gbagbo n’est pas la femme des paillettes. Cette belle africaine au cou strié, grande de taille, à la forme généreuse et au sourire franc, sait être sensible à la souffrance de son peuple. Elle a fait de la lutte contre l’injustice son cheval de bataille, pour l’avènement d’une société plus juste en Côte d'Ivoire.

Ce double engagement politique et humain sera récompensé par l’accession du FPI au pouvoir en octobre 2000, après un scrutin très controversé. Dans son pays, la Première Dame est comparée à Hillary Clinton, Sénateur de New York et ex-Première Dame des Etats-Unis. Elles ont en commun d’avoir suivi de hautes études et d’être passionnées de politique. Elles jouent un très grand rôle auprès de leurs époux respectifs et ne lésinent sur aucun moyen pour faire triompher leurs idées.

Député d’Abobo pour un deuxième mandat consécutif, Simone GBAGBO est une « professionnelle » de la politique qui sait souffler le chaud et le froid, une habituée des pugilats politiques.

La tradition veut que, sous les tropiques, les épouses de chefs d'Etat africains créent des associations caritatives. Simone Gbagbo n’y sacrifiera pas. Présidente du groupe parlementaire FPI à l'Assemblée nationale, la Première Dame de Côte d’Ivoire est une militante active de le combat contre le Sida, action qu’elle mène en bonne intelligence avec le Ministère délégué chargé de la lutte contre le fléau.

Une telle philosophie ne peut que défier la misogynie qui n’accepte pas qu’une femme soit brillante, capable d’entreprendre, d’élever le débat et de défendre ses opinions. Simone n’entend laisser personne lui ravir le fruit de son engagement.

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