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Simone Gbagbo achève son séjour en Martinique
sur fond de célébration de la mémoire des esclaves
Fort de France, le 17 mai 2002 – Simone Gbagbo,
l’épouse du chef de l’Etat ivoirien, a participé jeudi soir à une émouvante
cérémonie à la mémoire des victimes africaines du naufrage d’un bateau négrier
en avril 1830 sur les côtes de la commune martiniquaise du Diamant. Chants et
danses sur le thème du « cercle familial brisé » ont rythmé cette commémoration.
Au cours de son périple de sept jours sur la terre d’Aimé Césaire, le chantre de
la négritude, la Première Dame de Côte d’Ivoire a multiplié les déclarations
pour assurer à ses « cousins » que Martiniquais et Africains partagaient un
passé commun, une histoire commune.
Le Diamant est l’une des villes de Martinique qui a opéré le choix politique
d’accorder dans ses réalisations une grande importance à l’Histoire du peuple
martiniquais et de ce peuple avec l’Afrique. Cette localité d’environ 4000
habitants est située à trois-quart d’heure de Fort de France. Elle tire son nom
de la roche qui s’élève en pleine mer en face du bourg.
C’est à quelques encablures de là qu’un navire négrier convoyant des Africains
vers les Amériques échoua le 8 avril 1830. Le bateau fut entièrement détruit,
son nom et sa nationalité n’ont jamais été établis. Six cadavres furent
repêchés. Les corps des marins esclavagistes furent inhumés au cimetière du
Diamant. Tandis que les noyés Africains furent enterrés à quelques mètres du
rivage.
86 captifs, dont 26 hommes et 60 femmes, eurent la vie sauve et transférés vers
Fort de France. Aujourd’hui se dresse sur la côte du Diamant un mémorial rendant
hommage aux victimes de cette tragédie. Il est orienté vers le Golfe de Guinée,
c’est-à-dire au cap 110° direction Afrique.
Arrivée le samedi 11 mai dernier, l’épouse du chef de l’Etat ivoirien Laurent
Gbagbo a multiplié les rencontres, axées essentiellement sur les questions
politiques, économiques et culturelles avec ce département français d’Amérique.
Simone Gbagbo devait quitter Fort de France vendredi pour Paris. La Première
Dame de Côte d’Ivoire est attendue samedi à Abidjan.
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Retour sur le reportage
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Le parcours d'une femme en politique |
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Une bio-express de la
Première Dame de Côte d’Ivoire publiée par le journal indépendant
Afrique-Matin, largement diffusée à l’occasion de sa visite, suscite
l’intérêt des habitants et des responsables politiques de ce département
français d’Amérique. Et pour cause…
L’année 1990. La Côte d’Ivoire, pays d’une quinzaine de millions
d’habitants, s’ouvre au multipartisme. Le Front populaire ivoirien (FPI), né
dans la clandestinité en 1982 et dirigé pendant l’exil français de son
leader Laurent Gbagbo par Simone Ehivet jusqu’en 1987, établit sa base à
Yopougon – faubourg d'Abidjan devenu très vite le symbole de la
revendication sociale et politique.
L’ouverture démocratique, qui autorise enfin la « liberté de parole »,
permet ainsi aux ivoiriens de découvrir une femme nommée Simone Ehivet
Gbagbo, chercheur en linguistique, dont le destin croisa celui de Laurent
Gbagbo, un soir de 1969, à la faveur de l’une de ces nombreuses réunions
clandestines, qui jetèrent les bases de ce qui deviendra plus tard le FPI.
Ces opposants n’étaient alors qu’une petite poignée de personnes à se
réunir. Laurent Gbagbo confiera plus tard avoir été subjugué par
l’intelligence et la force de caractère de Simone, en qui il trouvera
l’alliée et la confidente qu’il ne quittera plus jamais.
Fille de gendarme, ancienne championne scolaire de saut en hauteur, Simone
Ehivet a su préparer son corps à toutes les pressions, toutes les épreuves.
Et ce ne sont pas les exactions subies pendant les années d’exil de Laurent
Gbagbo - période durant laquelle elle sera emmenée à s’occuper de la famille
et du parti - encore moins les bastonnades, les intimidations et la prison
qui la feront reculer.
En dépit de la police et des services de renseignements qui veillaient sur
ses faits et gestes, Simone Gbagbo réussit à préparer le terrain à un parti
dont le discours allait rapidement séduire de nombreux laissés pour compte
de la société ivoirienne, faisant du FPI la seule formation capable de
constituer un contrepoids de taille au tout puissant Parti démocratique de
Côte d'Ivoire (PDCI), alors présidé par feu Félix Houphouët-Boigny.
Mais survint le 18 février 1992. Un jour qui reste de triste mémoire pour
l’opposition : nombre de ses dirigeants, dont des militants des droits
humains, sont matés, humiliés et emprisonnés à la suite d’une marche qui se
voulait pacifique pour réclamer la libération des étudiants incarcérés. Le
bilan est accablant : plusieurs manifestants battus à sang par des forces de
l’ordre, des édifices publics saccagés, des opposants embastillés… La Côte
d’Ivoire retient son souffle.
Simone Gbagbo est maltraitée. Elle perdra même connaissance avant d’être
déférée, avec ses camarades de lutte, à la tristement célèbre Maison d’arrêt
et de correction d'Abidjan. Le FPI est décapité. Ses cadres, son chef
historique Laurent GBAGBO en tête, incarcérés six mois durant. Ce séjour en
prison fut mis à profit par le parti pour peaufiner sa stratégie de conquête
du pouvoir.
En effet, Sur le terrain, le FPI organise avec minutie sa base. En 1995,
face au parti au pouvoir PDCI, Simone Gbagbo, chargée de la formation
politique, est élue députée d’Abobo, une banlieue populaire d’Abidjan, sous
la bannière du Front Républicain – en réalité, une coalition FPI-RDR
(Rassemblement des républicains). Elle sera la seule représentante du FPI,
dans l’agglomération d’Abidjan, à entrer dans le très convoité hémicycle
dominé par le PDCI. Le contexte politique est agité en raison d'une élection
présidentielle boudée par l’opposition. Ses électeurs, des « oubliés » du
système pour la plupart, espèrent par son combat un mieux-vivre.
Car Simone sait ce qu'est la souffrance. Orpheline de mère dès sa naissance,
et de père quelques années plus tard, elle a dû batailler pour atteindre le
niveau qui est le sien aujourd’hui. Simone Gbagbo n’est pas la femme des
paillettes. Cette belle africaine au cou strié, grande de taille, à la forme
généreuse et au sourire franc, sait être sensible à la souffrance de son
peuple. Elle a fait de la lutte contre l’injustice son cheval de bataille,
pour l’avènement d’une société plus juste en Côte d'Ivoire.
Ce double engagement politique et humain sera récompensé par l’accession du
FPI au pouvoir en octobre 2000, après un scrutin très controversé. Dans son
pays, la Première Dame est comparée à Hillary Clinton, Sénateur de New York
et ex-Première Dame des Etats-Unis. Elles ont en commun d’avoir suivi de
hautes études et d’être passionnées de politique. Elles jouent un très grand
rôle auprès de leurs époux respectifs et ne lésinent sur aucun moyen pour
faire triompher leurs idées.
Député d’Abobo pour un deuxième mandat consécutif, Simone GBAGBO est une «
professionnelle » de la politique qui sait souffler le chaud et le froid,
une habituée des pugilats politiques.
La tradition veut que, sous les tropiques, les épouses de chefs d'Etat
africains créent des associations caritatives. Simone Gbagbo n’y sacrifiera
pas. Présidente du groupe parlementaire FPI à l'Assemblée nationale, la
Première Dame de Côte d’Ivoire est une militante active de le combat contre
le Sida, action qu’elle mène en bonne intelligence avec le Ministère délégué
chargé de la lutte contre le fléau.
Une telle philosophie ne peut que défier la misogynie qui n’accepte pas
qu’une femme soit brillante, capable d’entreprendre, d’élever le débat et de
défendre ses opinions. Simone n’entend laisser personne lui ravir le fruit
de son engagement. |
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