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La Martinique en bref

Fort de France, le 11 mai 2002 - La Martinique est l'un des quatre départements d'outre-mer, créés par la loi du 19 mars 1946. La loi du 2 mars 1982 érigeant la région en collectivité territoriale de plein exercice, a fait de la Martinique l’une des vingt-six régions françaises.


HISTOIRE

Il est reconnu que les Antilles actuelles sont envahies à deux reprises par des tribus venues du Vénézuéla, les Saladoïdes au 4ème avant J.-C., puis un siècle plus tard, les Arawaks. On ne sait rien d'eux jusque vers l'an mil, sinon qu'ils sont paisibles et inventifs. Les Caraïbes débarquent alors de l'Amazonie; guerriers sauvages et cannibales, ils massacrent et dévorent les hommes et réservent les femmes à leur usage; cependant la langue et la tradition arawak, transmises par celles-ci, finit par un métissage qui adoucit les mœurs des Caraïbes; ceux-ci continuent à envahir progressivement l'archipel à qui ils donnent leur nom. En 1502, Christophe Colomb découvre la Martinique; son nom Madinina était alors connu, mais les archéologues ne s'accordent pas au sujet de son étymologie. Pendant plus d'un siècle, malgré son attrait reconnu par tous, l'île ne trouve pas preneur parmi les puissances européennes, mais reste un terrain ouvert aux aventuriers et navigateurs de tout poil.

La France met la main sur elle vers 1630. C'est d'abord un condottiere régional, Belain d'Esnambuc, qui fédère les nouveaux venus avec une sorte de contrat, ébauche de colonisation, aidé en cela par Richelieu. Mais c'est Jacques Duparquet, dans la tradition des grands intendants de la monarchie, qui remplace Belain d'Esnambuc en 1637 : il structure l'administration, installe une colonisation rationnelle, étend l'influence de la France à l'ensemble des Caraïbes.

Le café, le cacao, puis le tabac, sont introduits. Mais cette organisation exige une importante main-d'œuvre ; or les Caraïbes ont été poussés dehors et parfois massacrés par les premiers Européens. On fait donc appel à l'esclavage noir, livré aux marchands de bois d'ébène nantais ou bordelais dans le Golfe de Guinée par les trafiquants-collecteurs arabes et même noirs : jusqu'à 70 000 esclaves sont arrachés à leur famille, transportés dans des conditions abominables jusqu'aux Antilles et astreints à un travail souvent harassant dans les plantations; Colbert codifie ensuite leur statut (le Code Noir), après avoir créé la Compagnie des Indes Occidentales qui inaugure la culture de la canne à sucre; celle-ci fait la véritable richesse de la Martinique.

Dans le même temps Anglais et Hollandais, de la fin du 17ème à la Révolution, essaient de rattraper le temps perdu et tentent de s'introduire dans les Caraïbes. Mais le traité de Paris de 1763 (abandon du Canada) confirme définitivement la propriété de la Martinique à la France. A la Révolution, sur 100 000 habitants, 90 % sont noirs. L'abolition de l'esclavage reste un vœu pieux de la Révolution. En Martinique, l'occupation anglaise consentie par les Blancs, les békés, évite la guillotine; les Anglais se retirent en 1802 et Napoléon rétablit l'esclavage. Son abolition définitive, après quelques avancées coupées de répressions, ne se fera qu'en 1848 avec Victor Schoelcher; mais les esclaves se soulèvent spontanément avant l'application du décret : les noirs martiniquais tiennent à préciser toujours qu'ils se sont libérés eux-mêmes.

Des révoltes secouèrent l'île jusqu'à l'abolition de l'esclavage. Celle-ci ne bouleversa pas la structure économique de l'île. En 1902, l'éruption de la montagne Pelée détruisit Saint-Pierre. En 1943, la Martinique se rallia à la France libre. Cependant la sombre période de l'esclavage imprègne depuis les rapports entre les deux communautés : soulèvements périodiques jusqu'en 1935, souvent réprimés sévèrement, troubles dus au Parti Indépendantiste malgré le statut de plein droit de département en 1946.

Le déséquilibre économique est à la base des mouvements politiques et sociaux : fonctionnaires pléthoriques, chômage double de celui de la métropole, produits soutenus par subvention, parce que d'un coût plus élevé que celui du marché... L'indépendance, bien que tenue pour utopique par la majorité des Martiniquais, tient solidement la place : rien n'est réglé en Martinique. La Martinique comprend 3 arrondissements -34 cantons et 34 communes.

GEOGRAPHIE

Séparée de la Guadeloupe, au nord, par la Dominique, elle est au centre de l'arc des Petites Antilles. Étirée sur 60 km, elle présente un relief volcanique, plus marqué au nord et au nord-ouest (montagne Pelée, 1 397 m, pitons du Carbet, 1 196 m) qu'au sud (collines ou mornes). La plaine du Lamentin, au centre, sépare l'île en deux parties.

DÉMOGRAPHIE

La population recensée en 1999 est de 381 427 habitants avec une densité de 338 habitants/km². Le taux d'augmentation de la population pour la période de 1990 à 1999 est de 0,66 % en moyenne annuelle. Les principales villes sont : Fort-de-France, le chef-lieu (94 049 habitants), Le Lamentin (35 460 habitants), Schoelcher (20 845 habitants). (Résultats du recensement de la population de mars 1999). La société martiniquaise témoigne de l'histoire du long métissage de divers groupes humains : Noirs d'Afrique, descendants des immigrés indiens appelés " coolies ", Syriens, Chinois. La population d'origine européenne se partage entre les békés- descendants des premiers colons - et les métropolitains.

STATUT

La Martinique est un département d'outre-mer depuis la loi du 19 mars 1946. Le département est découpé en quatre arrondissements (Fort-de-France, Trinité, Le Marin et Saint-Pierre), subdivisés en 45 cantons et 34 communes. Tous les textes législatifs nationaux y sont applicables mais peuvent faire l'objet de mesures d'adaptation " nécessitées par leur situation particulière " (Art. 73 de la Constitution).

La Martinique est dotée d'un Conseil régional et d'un Conseil général. Elle est représentée au niveau national par 4 députés, 2 sénateurs et un conseiller économique et social.

L'état est représenté par le préfet établi à Fort-de-France et trois sous-préfets à Trinité, au Marin et à Saint-Pierre. En tant que département français, la Martinique fait partie de l'Union Européenne au sein de laquelle elle constitue une région ultra-périphérique ; à ce titre elle bénéficie de " mesures spécifiques " qui adaptent le droit communautaire en tenant compte des caractéristiques et contraintes particulières de ces régions.

Les départements d'outre-mer observent les mêmes règles que les départements et régions de métropole ; les territoires d'outre-mer disposent de statuts différenciés. Ainsi, la Polynésie française est dotée d'un statut de large autonomie. Saint-Pierre-et-Miquelon ainsi que Mayotte bénéficient du statut intermédiaire de collectivité territoriale. La Nouvelle-Calédonie se distingue par un statut unique dans la République Française.

ÉCONOMIE

Le PIB est de 24,5 milliards de francs en 1994, soit 64 300 F/hab. contre 127 600 F/hab. en métropole. C’est le PIB par habitant le plus élevé des quatre DOM.
Le secteur tertiaire est prédominant (75 % des emplois), avec notamment un poids important du commerce, du secteur non-marchand, ainsi que du tourisme.

L'agriculture, avec la banane, la canne à sucre, le rhum, le melon et l'ananas, fournit les principales exportations de la Martinique. Par contre, la pêche et l'aquaculture, ainsi que l'industrie et l'artisanat sont des activités tournées essentiellement vers la satisfaction des marchés locaux.

Seule la moitié du territoire porte des cultures, la forêt couvrant le reste. Le département doit importer massivement pour se nourrir, malgré ses ressources (manioc, tubercules, fruits; pêche), les terres étant en priorité aux mains de grands propriétaires ou de sociétés produisant pour l'exportation (canne à sucre, bananes, ananas en progrès).

Les activités tertiaires sont devenus prédominantes (48 % des emplois). L'aide massive de la métropole n'empêche pas le chômage (28,8 %) [1997], l'exode rural et l'émigration vers l'Europe. C'est également un des facteurs de la forte inflation constatée. Le tourisme (parc régional, plages), qui attire plus de 477 000 visiteurs par an, a été développé grâce à une politique de promotion active, en France (82 % de la clientèle) [1996] et aux États-Unis (7 % de la clientèle) [1996].

Les limites du secteur productif, conjuguées à une pression démographique forte, pèsent sur le marché de l'emploi.

Il existe un déséquilibre important entre les importations, qui s’élèvent à 10,45 milliards de francs en 1997 (matières premières, produits alimentaires, automobiles) et les exportations, d’un montant de 1,18 milliard de francs en 1997 (bananes, rhums, et produits pétroliers).

La Martinique bénéficie toutefois d'atouts pour continuer à se développer : le marché européen qui lui est ouvert, la jeunesse de sa population et un cadre naturel enchanteur propre à satisfaire un nombre croissant de touristes attirés par la pratique d'activités sportives variées et par des sites naturels exceptionnels.

LITTÉRATURE

Les premiers poètes martiniquais apparurent après l'abolition de l'esclavage (1848). Lors de l'Exposition coloniale de 1900 à Paris, une anthologie présenta les œuvres traditionalistes d'un Parnasse noir. Plus radicale que la Revue du monde noir, publiée à Paris dans les années 1920, et que le mouvement Lucioles, animé par le poète Gilbert Gratiant (dont une partie de l'œuvre est écrite en langue créole), la revue surréaliste Légitime Défense (un seul numéro, 1932) fut animée notamment par René Ménil (né en 1907) qui, après avoir créé la revue Tropiques pendant la Seconde Guerre mondiale, «n'a eu de cesse de remettre en perspective la littérature antillaise et de combattre les élucubrations et autres idées reçues qui couraient au sujet des écrivains de la Caraïbe» (Antilles, déjà jadis, 1963).

En 1939, le poète Aimé Césaire créa le terme négritude dans la revue parisienne l'Étudiant noir et publia (confidentiellement) son chef-d'œuvre, Cahiers d'un retour au pays natal. Franz Fanon contesta cette notion de négritude (Peau noire, masques blancs, 1952).

Auteur de romans (la Lézarde, 1958), Édouard Glissant semble préférer la notion d'antillanité à celle de négritude, tandis que Patrick Chamoiseau (Solitude mulâtresse, 1977; Texaco, prix Goncourt 1994) évoque le métissage culturel, et que Raphaël Confiant, parallèlement à ses œuvres écrites en français (le Nègre et l'amiral, 1988), démontre la «souveraineté scripturale» et la dignité littéraire de la langue créole (Éloge de la créolité, en collaboration avec P. Chamoiseau et J. Barnabé, 1989; Bitako-a, 1985).

Après ces défricheurs, une nouvelle génération d'écrivains témoigne de la grande vitalité de la littérature francophone et créole : Georges Castera (né à Port-au-Prince en 1936) publie des recueils de poésie et des textes en créole ; Jean-Claude Charles (né à Port-au-Prince en 1949), est l'auteur de romans, d'essais et de poésies.

Peintre et musicien, Roland Brival est également l'auteur d'une abondante œuvre romanesque. Poète en langue créole, Daniel Boukman, né en 1936 à Fort-de-France, est l'auteur de plusieurs pièces de théâtre en français. Xavier Orville a publié des romans et des nouvelles.

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 Simone Gbagbo

Le parcours d'une femme en politique

Madame Simone Gbagbo, Première Dame de la République de Côte d’Ivoire

Une bio-express de la Première Dame de Côte d’Ivoire publiée par le journal indépendant Afrique-Matin, largement diffusée à l’occasion de sa visite, suscite l’intérêt des habitants et des responsables politiques de ce département français d’Amérique. Et pour cause…

L’année 1990. La Côte d’Ivoire, pays d’une quinzaine de millions d’habitants, s’ouvre au multipartisme. Le Front populaire ivoirien (FPI), né dans la clandestinité en 1982 et dirigé pendant l’exil français de son leader Laurent Gbagbo par Simone Ehivet jusqu’en 1987, établit sa base à Yopougon – faubourg d'Abidjan devenu très vite le symbole de la revendication sociale et politique.

L’ouverture démocratique, qui autorise enfin la « liberté de parole », permet ainsi aux ivoiriens de découvrir une femme nommée Simone Ehivet Gbagbo, chercheur en linguistique, dont le destin croisa celui de Laurent Gbagbo, un soir de 1969, à la faveur de l’une de ces nombreuses réunions clandestines, qui jetèrent les bases de ce qui deviendra plus tard le FPI.

Ces opposants n’étaient alors qu’une petite poignée de personnes à se réunir. Laurent Gbagbo confiera plus tard avoir été subjugué par
l’intelligence et la force de caractère de Simone, en qui il trouvera l’alliée et la confidente qu’il ne quittera plus jamais.

Fille de gendarme, ancienne championne scolaire de saut en hauteur, Simone Ehivet a su préparer son corps à toutes les pressions, toutes les épreuves. Et ce ne sont pas les exactions subies pendant les années d’exil de Laurent Gbagbo - période durant laquelle elle sera emmenée à s’occuper de la famille et du parti - encore moins les bastonnades, les intimidations et la prison qui la feront reculer.

En dépit de la police et des services de renseignements qui veillaient sur ses faits et gestes, Simone Gbagbo réussit à préparer le terrain à un parti dont le discours allait rapidement séduire de nombreux laissés pour compte de la société ivoirienne, faisant du FPI la seule formation capable de constituer un contrepoids de taille au tout puissant Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), alors présidé par feu Félix Houphouët-Boigny.

Mais survint le 18 février 1992. Un jour qui reste de triste mémoire pour l’opposition : nombre de ses dirigeants, dont des militants des droits humains, sont matés, humiliés et emprisonnés à la suite d’une marche qui se voulait pacifique pour réclamer la libération des étudiants incarcérés. Le bilan est accablant : plusieurs manifestants battus à sang par des forces de l’ordre, des édifices publics saccagés, des opposants embastillés… La Côte d’Ivoire retient son souffle.

Simone Gbagbo est maltraitée. Elle perdra même connaissance avant d’être déférée, avec ses camarades de lutte, à la tristement célèbre Maison d’arrêt et de correction d'Abidjan. Le FPI est décapité. Ses cadres, son chef historique Laurent GBAGBO en tête, incarcérés six mois durant. Ce séjour en prison fut mis à profit par le parti pour peaufiner sa stratégie de conquête du pouvoir.

En effet, Sur le terrain, le FPI organise avec minutie sa base. En 1995, face au parti au pouvoir PDCI, Simone Gbagbo, chargée de la formation politique, est élue députée d’Abobo, une banlieue populaire d’Abidjan, sous la bannière du Front Républicain – en réalité, une coalition FPI-RDR (Rassemblement des républicains). Elle sera la seule représentante du FPI, dans l’agglomération d’Abidjan, à entrer dans le très convoité hémicycle dominé par le PDCI. Le contexte politique est agité en raison d'une élection présidentielle boudée par l’opposition. Ses électeurs, des « oubliés » du système pour la plupart, espèrent par son combat un mieux-vivre.

Car Simone sait ce qu'est la souffrance. Orpheline de mère dès sa naissance, et de père quelques années plus tard, elle a dû batailler pour atteindre le niveau qui est le sien aujourd’hui. Simone Gbagbo n’est pas la femme des paillettes. Cette belle africaine au cou strié, grande de taille, à la forme généreuse et au sourire franc, sait être sensible à la souffrance de son peuple. Elle a fait de la lutte contre l’injustice son cheval de bataille, pour l’avènement d’une société plus juste en Côte d'Ivoire.

Ce double engagement politique et humain sera récompensé par l’accession du FPI au pouvoir en octobre 2000, après un scrutin très controversé. Dans son pays, la Première Dame est comparée à Hillary Clinton, Sénateur de New York et ex-Première Dame des Etats-Unis. Elles ont en commun d’avoir suivi de hautes études et d’être passionnées de politique. Elles jouent un très grand rôle auprès de leurs époux respectifs et ne lésinent sur aucun moyen pour faire triompher leurs idées.

Député d’Abobo pour un deuxième mandat consécutif, Simone GBAGBO est une « professionnelle » de la politique qui sait souffler le chaud et le froid, une habituée des pugilats politiques.

La tradition veut que, sous les tropiques, les épouses de chefs d'Etat africains créent des associations caritatives. Simone Gbagbo n’y sacrifiera pas. Présidente du groupe parlementaire FPI à l'Assemblée nationale, la Première Dame de Côte d’Ivoire est une militante active de le combat contre le Sida, action qu’elle mène en bonne intelligence avec le Ministère délégué chargé de la lutte contre le fléau.

Une telle philosophie ne peut que défier la misogynie qui n’accepte pas qu’une femme soit brillante, capable d’entreprendre, d’élever le débat et de défendre ses opinions. Simone n’entend laisser personne lui ravir le fruit de son engagement.

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