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Simone Gbagbo scelle le rapprochement avec ses « cousins » à la fin de sa
visite en Martinique
Fort de France, le 18 mai 2002 – Au terme de sa
visite de travail en Martinique, la Première Dame de Côte d’Ivoire Simone Gbagbo
s’est rendue vendredi dans la ville de Saint-Pierre. Durant son périple de sept
jours dans ce département français d’outre-mer, l’épouse du président ivoirien a
assuré à ses interlocuteurs que les Africains et les Martiniquais partageaient
un passé commun, une histoire commune.
Il est 10h 15 locales (14h 15 GMT) lorsque Simone Gbagbo est accueillie au pied
de l’hôtel de ville par Raphaël Martine, maire de Saint-Pierre. La Première Dame
a ensuite été conviée à une cérémonie dans l’un des salons de la mairie.
Devant un auditoire composé de conseillers municipaux et de membres de la
délégation ivoirienne, dont l’ambassadeur de Côte d’Ivoire en France, Koudou
Kessié Raymond, le maire de Saint-Pierre Raphaël Martine a mis en exergue ce
passé chargé d’histoire de sa cité, théâtre de l’éruption volcanique de la
Montagne Pelée qui fit plus de 30 000 morts le 8 mai 1902.
S’adressant à la Première Dame, le premier magistrat de Saint-Pierre s’est
déclaré « heureux de cette rencontre entre deux peuples, deux cultures tellement
liées par l’histoire ». « Je voudrais vous dire ma volonté de rapprochement, et
notre désir de consolider les liens d’amitié, de fraternité et de solidarité qui
unissent nos deux communautés », a avancé Raphaël Martine.
Le maire de Saint-Pierre a affirmé être attentif au « combat que mène depuis
plusieurs décennies le peuple Africain, et singulièrement le peuple Ivoirien,
pour la démocratie, le développement économique et le progrès social ».
Jugeant la situation politique en Côte d’Ivoire « extrêmement positive » ,
Raphaël Martine a estimé que ce pays disposait de tous les atouts pour redevenir
« le pilier et la locomotive » de toute la région de l’Afrique de l’Ouest. Il a
ensuite salué « Simone Gbagbo, « la militante politique, l’humaniste,
l’intellectuelle » qui « met tout son savoir, son engagement au service de ses
compatriotes ».
En réponse au maire de Saint-Pierre, la Première Dame de Côte d’Ivoire a dit
être sensible à la volonté des autorités administratives et politiques
martiniquaises de consolider leurs liens séculaires avec l’Afrique. Elle a
souhaité des échanges profitables entre les Ivoiriens et ce « peuple frère ». «
Nous devons jeter d’autres ponts avec eux pour des relations pérennes, profondes
», a plaidé Simone Gabgbo.
La ville de Saint-Pierre constituait la dernière étape au programme relativement
chargé de Simone Gbagbo en Martinique. Arrivée le samedi 11 mai dernier,
l’épouse du chef de l’Etat ivoirien a multiplié les rencontres, axées
essentiellement sur les questions politiques, économiques et culturelles avec ce
département français d’Amérique. La Première Dame a quitté Fort de France
vendredi soir. Elle est attendue samedi soir à Abidjan.
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Retour sur le reportage
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Le parcours d'une femme en politique |
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Une bio-express de la
Première Dame de Côte d’Ivoire publiée par le journal indépendant
Afrique-Matin, largement diffusée à l’occasion de sa visite, suscite
l’intérêt des habitants et des responsables politiques de ce département
français d’Amérique. Et pour cause…
L’année 1990. La Côte d’Ivoire, pays d’une quinzaine de millions
d’habitants, s’ouvre au multipartisme. Le Front populaire ivoirien (FPI), né
dans la clandestinité en 1982 et dirigé pendant l’exil français de son
leader Laurent Gbagbo par Simone Ehivet jusqu’en 1987, établit sa base à
Yopougon – faubourg d'Abidjan devenu très vite le symbole de la
revendication sociale et politique.
L’ouverture démocratique, qui autorise enfin la « liberté de parole »,
permet ainsi aux ivoiriens de découvrir une femme nommée Simone Ehivet
Gbagbo, chercheur en linguistique, dont le destin croisa celui de Laurent
Gbagbo, un soir de 1969, à la faveur de l’une de ces nombreuses réunions
clandestines, qui jetèrent les bases de ce qui deviendra plus tard le FPI.
Ces opposants n’étaient alors qu’une petite poignée de personnes à se
réunir. Laurent Gbagbo confiera plus tard avoir été subjugué par
l’intelligence et la force de caractère de Simone, en qui il trouvera
l’alliée et la confidente qu’il ne quittera plus jamais.
Fille de gendarme, ancienne championne scolaire de saut en hauteur, Simone
Ehivet a su préparer son corps à toutes les pressions, toutes les épreuves.
Et ce ne sont pas les exactions subies pendant les années d’exil de Laurent
Gbagbo - période durant laquelle elle sera emmenée à s’occuper de la famille
et du parti - encore moins les bastonnades, les intimidations et la prison
qui la feront reculer.
En dépit de la police et des services de renseignements qui veillaient sur
ses faits et gestes, Simone Gbagbo réussit à préparer le terrain à un parti
dont le discours allait rapidement séduire de nombreux laissés pour compte
de la société ivoirienne, faisant du FPI la seule formation capable de
constituer un contrepoids de taille au tout puissant Parti démocratique de
Côte d'Ivoire (PDCI), alors présidé par feu Félix Houphouët-Boigny.
Mais survint le 18 février 1992. Un jour qui reste de triste mémoire pour
l’opposition : nombre de ses dirigeants, dont des militants des droits
humains, sont matés, humiliés et emprisonnés à la suite d’une marche qui se
voulait pacifique pour réclamer la libération des étudiants incarcérés. Le
bilan est accablant : plusieurs manifestants battus à sang par des forces de
l’ordre, des édifices publics saccagés, des opposants embastillés… La Côte
d’Ivoire retient son souffle.
Simone Gbagbo est maltraitée. Elle perdra même connaissance avant d’être
déférée, avec ses camarades de lutte, à la tristement célèbre Maison d’arrêt
et de correction d'Abidjan. Le FPI est décapité. Ses cadres, son chef
historique Laurent GBAGBO en tête, incarcérés six mois durant. Ce séjour en
prison fut mis à profit par le parti pour peaufiner sa stratégie de conquête
du pouvoir.
En effet, Sur le terrain, le FPI organise avec minutie sa base. En 1995,
face au parti au pouvoir PDCI, Simone Gbagbo, chargée de la formation
politique, est élue députée d’Abobo, une banlieue populaire d’Abidjan, sous
la bannière du Front Républicain – en réalité, une coalition FPI-RDR
(Rassemblement des républicains). Elle sera la seule représentante du FPI,
dans l’agglomération d’Abidjan, à entrer dans le très convoité hémicycle
dominé par le PDCI. Le contexte politique est agité en raison d'une élection
présidentielle boudée par l’opposition. Ses électeurs, des « oubliés » du
système pour la plupart, espèrent par son combat un mieux-vivre.
Car Simone sait ce qu'est la souffrance. Orpheline de mère dès sa naissance,
et de père quelques années plus tard, elle a dû batailler pour atteindre le
niveau qui est le sien aujourd’hui. Simone Gbagbo n’est pas la femme des
paillettes. Cette belle africaine au cou strié, grande de taille, à la forme
généreuse et au sourire franc, sait être sensible à la souffrance de son
peuple. Elle a fait de la lutte contre l’injustice son cheval de bataille,
pour l’avènement d’une société plus juste en Côte d'Ivoire.
Ce double engagement politique et humain sera récompensé par l’accession du
FPI au pouvoir en octobre 2000, après un scrutin très controversé. Dans son
pays, la Première Dame est comparée à Hillary Clinton, Sénateur de New York
et ex-Première Dame des Etats-Unis. Elles ont en commun d’avoir suivi de
hautes études et d’être passionnées de politique. Elles jouent un très grand
rôle auprès de leurs époux respectifs et ne lésinent sur aucun moyen pour
faire triompher leurs idées.
Député d’Abobo pour un deuxième mandat consécutif, Simone GBAGBO est une «
professionnelle » de la politique qui sait souffler le chaud et le froid,
une habituée des pugilats politiques.
La tradition veut que, sous les tropiques, les épouses de chefs d'Etat
africains créent des associations caritatives. Simone Gbagbo n’y sacrifiera
pas. Présidente du groupe parlementaire FPI à l'Assemblée nationale, la
Première Dame de Côte d’Ivoire est une militante active de le combat contre
le Sida, action qu’elle mène en bonne intelligence avec le Ministère délégué
chargé de la lutte contre le fléau.
Une telle philosophie ne peut que défier la misogynie qui n’accepte pas
qu’une femme soit brillante, capable d’entreprendre, d’élever le débat et de
défendre ses opinions. Simone n’entend laisser personne lui ravir le fruit
de son engagement. |
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