Le ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, en collaboration avec le Mouvement Femmes et Paroles (MFP), a animé une conférence de presse ce mercredi 11 mars 2026, au Plateau afin d’apporter des éclaircissements sur la campagne de sensibilisation contre l’excision menée récemment dans la ville d’Abidjan à l’aide d’un van portant l’inscription ''Centre mobile d’excision ''.
Depuis plusieurs jours, la présence de ce véhicule dans certaines communes d’Abidjan avait suscité de vives réactions au sein de l’opinion publique. De nombreux citoyens, des acteurs de la presse ainsi que des influenceurs sur les réseaux sociaux avaient exprimé leur indignation face à ce qu’ils percevaient comme une promotion de cette pratique interdite. Des images du van avaient largement circulé en ligne, accompagnées d’appels à l’intervention des autorités.
Face à ces incompréhensions et aux nombreuses interpellations, le ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant a jugé nécessaire d’apporter des explications publiques sur cette initiative.
Selon les organisateurs, l’opération s’inscrit en réalité dans une campagne de sensibilisation visant à attirer l’attention sur la persistance des mutilations génitales féminines en Côte d’Ivoire.
Prenant la parole au nom du Mouvement Femmes et Paroles, cette association a la base de cette initiative, Raïssa Kouamé a expliqué que l’objectif de cette action était de provoquer un débat public et de susciter une prise de conscience collective.
'' Lorsque nous étions sur le terrain, nos bénévoles portaient des tee-shirts comportant des messages de sensibilisation. Nous distribuions également des flyers contenant des informations sur les mutilations génitales féminines ainsi que des numéros de téléphone permettant de signaler ces cas '', a-t-elle indiqué.
Elle a précisé que le MFP est une organisation engagée dans la sensibilisation sur les violences basées sur le genre (VBG), l’hygiène menstruelle et l’éducation des jeunes filles. Selon elle, la campagne avait pour but de créer ce qu’elle a qualifié de '' miroir social ''.
''À travers cette campagne, nous voulions montrer que ce fléau existe toujours, même si beaucoup pensent qu’il n’est plus d’actualité. Nous avons sensibilisé 333 personnes lors de nos actions de terrain, grâce aux échanges directs avec les populations et à la distribution de supports d’information '', a-t-elle expliqué.
Raïssa Kouamé a également reconnu que l’initiative avait suscité des réactions diverses au sein de l’opinion publique.
''Nous avons reçu des appels de colère et d’indignation, mais aussi des messages de soutien. Le plus inquiétant est que certaines personnes nous ont contactés pour prendre rendez-vous afin de faire exciser leurs enfants. Cela démontre qu’il existe encore une demande et donc une réelle urgence de renforcer la sensibilisation et d’adapter les stratégies de lutte '', a-t-elle fait savoir.
Intervenant à son tour, la représentante du ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, Dr Kouamé Honorée Ghislaine, directrice et coordinatrice nationale des violences basées sur le genre (CNVBG), a rappelé l’engagement de l’État ivoirien dans la lutte contre les mutilations génitales féminines.
Elle a souligné que cette campagne s’inscrit dans l’initiative nationale de sensibilisation intitulée ''On ne coupe pas une fleur pour l’honorer '', destinée à mobiliser l’opinion contre cette pratique.
'' Le ministère accorde une place importante à la lutte contre les violences basées sur le genre. L’État a pris des engagements fermes à travers le Code pénal. Les mutilations génitales féminines constituent une violation grave des droits humains et notre responsabilité est d’agir avec fermeté'', a-t-elle déclaré.
La responsable a également insisté sur la nécessité de transformer l’indignation exprimée par les populations en actions concrètes.
'' La société ivoirienne refuse de fermer les yeux sur les mutilations génitales féminines. Protéger nos filles est une responsabilité collective '', a-t-elle affirmé.
Dr Kouamé Honorée Ghislaine a par ailleurs rappelé l’existence du numéro vert 1308, mis à la disposition des populations pour signaler tout cas d’excision ou toute situation à risque.
'' Si vous êtes témoin d’un cas d’excision ou d’une tentative, n’hésitez pas à appeler ce numéro. Le ministère reste engagé dans l’accompagnement des victimes et dans la prévention'', a-t-elle indiqué.
Elle a enfin précisé que les bénévoles ayant participé à la campagne avaient été préalablement formés et que le ministère travaille régulièrement avec des organisations de la société civile engagées dans la lutte contre cette pratique.
Fn

