Dans un contexte de tensions croissantes au Moyen-Orient et d’inquiétudes pour l’approvisionnement énergétique mondial, l’expert international en industries pétrolières et énergies, Serge Dioman Parfait, décrypte les mécanismes des marchés pétroliers et les conséquences potentielles d’une guerre impliquant l’Iran.
Dans un entretien accordé à Abidjan.net, il explique pourquoi les crises géopolitiques provoquent des réactions immédiates sur les marchés du pétrole et quels pourraient être les effets économiques d’une perturbation du trafic dans le Détroit d’Ormuz.
Selon l’expert, les places de marché pétrolières jouent un rôle central dans l’économie mondiale. « Une place de marché pétrolière est un espace où se définissent les prix de référence du pétrole brut et de ses produits dérivés », explique-t-il. Ces plateformes permettent de confronter l’offre et la demande à l’échelle internationale et de centraliser les transactions afin de garantir la transparence et la fiabilité des échanges.
Elles sont également le baromètre des tensions internationales. « Dès qu’un événement menace la production ou le transport du pétrole, les marchés réagissent immédiatement. Les prix intègrent ce que l’on appelle la prime de risque », souligne Serge Dioman Parfait.
Pour mieux comprendre cette dynamique, l’expert distingue deux segments majeurs du marché pétrolier. Le premier concerne les marchés du pétrole brut, directement issu des puits de production et destiné aux raffineries. Le second porte sur les marchés des produits finis, tels que l’essence, le gasoil, le fioul ou le gaz butane.
« En période de crise, c’est généralement le marché du brut qui réagit en premier. Les prix augmentent en raison de l’incertitude sur la disponibilité des hydrocarbures. Ensuite, cette hausse se répercute progressivement sur les produits finis », précise-t-il.
Dans le cas d’une escalade militaire impliquant l’Iran, les marchés pourraient connaître une forte volatilité. L’une des principales inquiétudes concerne la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique du commerce énergétique mondial.
« Près d’un quart de la production mondiale de pétrole et de gaz destinée au reste du monde transite par ce passage. Sa fermeture ou même une simple perturbation de la navigation aurait des conséquences immédiates sur les capacités de transport », avertit l’expert.
Selon lui, une telle situation provoquerait une hausse des coûts du transport maritime et des assurances. « Lorsque les risques augmentent dans une zone stratégique, les compagnies maritimes et les assureurs revoient leurs tarifs à la hausse. Cette augmentation finit toujours par se répercuter sur le prix final de l’énergie », explique-t-il.
Les acteurs des marchés pétroliers, notamment les traders et les producteurs, ajustent alors rapidement leurs stratégies. « Les spéculateurs se couvrent en augmentant les primes de risque sur les cours du brut. C’est ce qui peut faire bondir le prix du baril en très peu de temps », indique Serge Dioman Parfait, rappelant qu’une récente flambée a vu le baril passer d’environ 80 à près de 120 dollars avant de redescendre légèrement.
Les conséquences d’une crise prolongée ne se limiteraient pas aux marchés énergétiques. Plusieurs régions du monde pourraient être directement touchées. Des économies asiatiques comme la Chine, l’Inde ou le Japon dépendant fortement des importations de gaz du Qatar pourraient être confrontées à des difficultés d’approvisionnement.
En Europe, une nouvelle hausse des prix de l’énergie pourrait raviver les tensions sur les marchés énergétiques, ajoute-t-il.
Quant à l’Afrique, elle subirait surtout les effets indirects de la crise. « L’augmentation du coût de l’énergie renchérit automatiquement le prix des biens importés et du transport. Pour les économies africaines, cela signifie une pression supplémentaire sur les prix et sur le pouvoir d’achat », explique l’expert.
Concernant les carburants, Serge Dioman Parfait estime qu’une hausse à la pompe est probable dans de nombreux pays. « Dans certains États, la répercussion sur les produits finis est immédiate. Dans d’autres, les autorités préfèrent procéder à des ajustements progressifs pour limiter l’impact sur les consommateurs », précise-t-il.
Au final, l’expert rappelle que les premiers affectés par une guerre seraient les pays du Golfe eux-mêmes. « Les économies de la région reposent largement sur les activités pétrolières, portuaires et touristiques. Une guerre perturbe l’ensemble de ces secteurs et peut ralentir fortement leur croissance », affirme-t-il.
Au-delà des enjeux énergétiques et économiques, Serge Dioman Parfait conclut en insistant également sur les conséquences humaines et matérielles des conflits.
R-SEKONGO

