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Société Publié le lundi 16 mars 2026 | AFP

"Attrape ton coeur": le divorce, un tabou ivoirien

© AFP Par DR
Tribunal première instance

Car si la loi autorise le divorce, il reste encore tabou et de nombreux obstacles découragent les femmes de quitter leurs maris.La vie de Josy a basculé il y a trois ans, quand un coup de téléphone de la banque lui apprend que sa voiture a été hypothéquée par son mari, épousé sous la communauté de biens: elle découvre alors qu'il a des millions de francs CFA de dette, soit des milliers d'euros, et qu'il la trompe. Depuis, cette professionnelle de santé, qui gagne 500.000 francs CFA par mois (760 euros) - un salaire correct en Côte d'Ivoire -, vit "en colocation" avec son mari et subit "de fortes tensions à la maison ».


Elle n'a pas encore pu se résoudre à divorcer. "Honnêtement, je n'ai pas encore le courage d'affronter la société, la famille et l'Eglise", souffle-t-elle. Avec seulement 1.835 demandes de divorce pour 30.912 mariages en 2024, selon des chiffres officiels, - quatre fois moins qu'en France - cette procédure est une réalité marginale dans le pays, comme dans beaucoup d'endroits sur le continent."En Afrique, la femme divorcée, on la pointe du doigt", confie Josy. "Les mamans africaines disent toujours +il n'y a rien qu'on ne peut pas supporter" et "chez nous les chrétiens, c'est interdit de divorcer". "Parfois, il y a des femmes qui préfèrent fuir (...) dans d'autres pays", explique-t-elle. Une option qu'elle dit considérer. - "Fermer la bouche »


-En Côte d'Ivoire, les femmes ne recourent généralement au divorce que "dans des situations assez extrêmes", dit à l'AFP Anne Bera-Dassé, avocate spécialisée dans le droit de la famille depuis plus de 30 ans.

Pour elle, la lourdeur de la procédure - surtout quand elle n'est pas par consentement mutuel - qui peut prendre des années, "dissuade" et entraîne aussi des coûts financiers importants. "Il faut payer les frais d'enrôlement, un commissaire de justice, il faut se déplacer, essuyer les renvois...", égrène maître Bera-Dassé.


D'autant que les femmes abandonnent souvent leur travail quand elles se marient, ou occupent des emplois précaires. "Je veux vraiment divorcer mais je n'ai pas les moyens", soupire Nina*, 40 ans, qui travaille à son compte et dont le mari a abandonné le domicile il y a 5 ans avec 3 des 4 enfants du couple. "Chacun est dans son coin, je lutte" pour voir les enfants, poursuit-elle. "Tout est fait pour toujours essayer de concilier les couples", constate Corine Moussa Vanie, directrice du conseil d'administration de l'association d'aide aux femmes victimes de violences, Akwaba Mousso.


Elle incrimine "la conception de la société ivoirienne": pour une femme, "le sommet de la réussite, c'est le mariage", et "un bon mari" est quelqu'un "qui a de l'argent". "Récemment mon mari m'a acheté un véhicule, donc quand mes parents l'ont appris, ils disaient que quoi qu'il se passe dans ton foyer, il ne faut rien dire, il faut fermer la bouche", témoigne-t-elle, précisant que ses parents sont des "intellectuels". "Dans notre culture, on nous apprend que le foyer signifie +difficulté+", se désole cette féministe revendiquée, contribuant à "banaliser" les violences dans le couple. D'expérience, elle constate que tant que la "vie n'est pas en danger", les femmes "préfèrent rester (...) juste pour sauver les apparences.


Chacun de son côté, chacun vit sa vie. Mais l'essentiel : ils sont mariés."- "Vivre pour moi-même" -Une situation que Yacine*, 42 ans, a refusé. Divorcée au terme de deux ans de procédure, elle dit avoir retrouvé "(s)a santé, la tranquillité" et être finalement en "bons termes" avec son ex-mari."Aujourd'hui mes enfants sont contents (...) de me voir heureuse." Mais au moment d'entamer la procédure, cette caissière qui gagne environ 200.000 francs par mois (300 euros) n'en a parlé qu'à un avocat avec qui elle a affronté seule le procès. "Ça a été éprouvant" de "toujours aller au tribunal", relate-t-elle.


"Tout le monde est là, on te pose des questions gênantes". "En Afrique, on vit pour les autres" et "les femmes n'ont pas confiance en elles (...) c'est ce manque de confiance qui fait que les gens ont peur de divorcer", analyse-t-elle.


"Moi, je veux vivre pour moi-même, explique celle qui a d'ailleurs un nouveau prétendant, dont elle assure calmer les velléités de mariage, "par expérience". *Tous les prénoms des femmes qui témoignent ont été modifiés.


cgc/bam/bdi/pid/cls

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