La salle Chandelier du Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire a servi de cadre, ce mardi 31 mars 2026, à une table ronde de haut niveau consacrée à la domiciliation des fonds d’investissement.
Une rencontre stratégique qui a réuni régulateurs, investisseurs institutionnels, experts et partenaires techniques autour d’un enjeu majeur : faire de la Côte d’Ivoire une plateforme incontournable de structuration des capitaux en Afrique de l’Ouest.
Organisée avec l’appui du programme MEDA et de ses partenaires, notamment Samawati Capital Partners et Stafford Law, cette rencontre s’inscrit dans une dynamique de réflexion régionale sur la mobilisation des capitaux et le développement du capital-investissement en Afrique.
Dès l’ouverture, le ton a été donné avec une approche participative, marquée par des sondages interactifs invitant les participants à se prononcer sur les enjeux de la domiciliation des fonds. Objectif : mieux cerner les perceptions, identifier les freins et orienter les discussions vers des solutions concrètes.
Au cœur des échanges, un constat partagé : malgré l’intérêt croissant des investisseurs pour le continent, la majorité des fonds dédiés à l’Afrique reste domiciliée hors du continent, notamment à l’île Maurice, au Luxembourg ou encore aux Pays-Bas. Une situation qui limite la captation de valeur par les économies africaines.
« Il ne suffit plus d’investir en Afrique, il faut structurer les investissements depuis l’Afrique », a martelé Cheikh Souleymane Diallo, président de l’Association ivoirienne des investisseurs en capital (A2IC), appelant à un changement de paradigme.
Dans un contexte marqué par un déficit de financement des petites et moyennes entreprises (PME), le capital-investissement s’impose comme une alternative crédible aux circuits bancaires classiques. « Les PME soutiennent la croissance économique mais restent confrontées à des contraintes d’accès au financement. Les fonds d’investissement peuvent combler ce gap », a souligné Dramane Diarra, représentant de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA).
Représentant l’Autorité des marchés financiers de l’UMOA, Mahama Di Baliman a, pour sa part, rappelé les efforts engagés pour structurer ce segment. L’instruction 66, qui encadre les fonds communs de placement à risque (FCPR), constitue une avancée notable. Mais elle demeure insuffisante pour attirer les grands fonds internationaux. « Il faut aller vers un cadre plus adapté, aligné sur les standards internationaux », a-t-il indiqué.
Selon le rapport de Momentus Global présenté lors des travaux, la Côte d’Ivoire dispose de solides fondamentaux pour devenir une place de domiciliation de fonds. Première économie de l’UEMOA, avec environ 40 % du PIB régional, le pays bénéficie d’un environnement économique dynamique, d’un cadre juridique structuré autour du droit OHADA et d’une position stratégique dans la sous-région.
La présence à Abidjan de la Cour commune de justice et d’arbitrage (CCJA), ainsi que celle de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), renforce cette crédibilité. À cela s’ajoute un écosystème en pleine mutation, porté par des professionnels qualifiés et une adoption croissante des technologies financières.
Cependant, plusieurs défis subsistent. Le rapport pointe notamment l’absence d’un cadre juridique spécifique à la domiciliation des fonds, un régime fiscal jugé peu incitatif, ainsi que des lourdeurs administratives persistantes. L’inscription du pays sur la liste grise du GAFI depuis octobre 2024 constitue également un signal à corriger pour rassurer les investisseurs.
Les investisseurs institutionnels, notamment les caisses de prévoyance sociale, ont également partagé leur expérience. « Nos fonds investissent en Afrique, mais sont domiciliés hors du continent. C’est toute la problématique que nous devons résoudre », a confié Nomel Guillaume Diby, représentant de la CNPS, plaidant pour la mise en place de mécanismes locaux plus attractifs.
Dans cette perspective, la mobilisation de l’épargne nationale apparaît comme un levier stratégique. Plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité de canaliser ces ressources vers des instruments d’investissement structurés localement, capables de soutenir durablement les entreprises.
Face aux enjeux identifiés, les pistes de solutions convergent , simplification du cadre réglementaire, mise en place d’incitations fiscales, développement de véhicules d’investissement adaptés, renforcement des compétences locales et amélioration de la gouvernance.
Au niveau régional, une harmonisation des cadres au sein de l’UEMOA est également préconisée, afin de créer un environnement plus lisible et compétitif face aux juridictions internationales. « La régulation ne doit pas seulement contrôler, elle doit aussi faciliter et accompagner le développement », a insisté Mahama Di Baliman.
Au terme des échanges, une conviction s’impose : la Côte d’Ivoire dispose des atouts pour devenir un hub financier régional. Encore faut-il transformer ces avantages en réformes concrètes.
« L’heure est venue d’être plus audacieux », a lancé Cheikh Souleymane Diallo, appelant à une mobilisation collective des acteurs publics et privés.
Au-delà des enjeux techniques, c’est une vision qui se dessine celle d’une Afrique capable de structurer ses propres capitaux, de financer son développement et de renforcer sa souveraineté économique.
JB

